04/10/2015

Paris 18 : La rue Myrha dans le Monde Magazine



A Paris, la mue de la rue Myrha



Le Monde.fr |  | Par 
Prières de rue, crack, pauvreté… Au cœur de la Goutte-d’Or, dans le 18e arrondissement parisien, cette artère – endeuillée en septembre par un incendie criminel – est souvent stigmatisée. Entre construction de logements sociaux et poussée bobo, elle est pourtant en pleine mutation. Visite guidée.


 Sur le trottoir, les bouquets sont encore là, fanés. La pluie a délavé les messages accrochés à la gouttière par des amis et des voisins. Sur la porte, l’affichette de La Poste rappelle plus raidement ce qu’il s’est passé ici il y a un mois. « La distribution du courrier est impossible ce jour pour le motif suivant : incendie. » Dans la nuit du 1er au 2 septembre, six adultes et deux enfants sont morts au 4, rue Myrha, dans le 18e arrondissement de Paris. Cet incendie criminel, le feu le plus meurtrier dans la capitale depuis dix ans, a replacé dans l’actualité la rue et son quartier, la Goutte-d’Or, à l’est de la butte Montmartre. Il n’a pas amélioré leur réputation auprès de ceux qui n’y ont jamais mis les pieds, celle d’une des dernières poches de pauvreté et d’insécurité de ce côté-ci du périphérique.
Inutile de remonter jusqu’à Zola, qui en avait fait le décor de L’Assommoir, son roman sur la misère et l’alcoolisme ouvriers. Depuis les années 1990, ce n’est plus à l’alcool qu’on associe le quartier, mais à la drogue. A la même époque, Jacques Chirac s’est illustré avec son célèbre discours sur la cohabitation entre « le travailleur français qui habite à la Goutte-d’Or » et ses voisins de palier : « Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur… » (voir un extrait de ce discours, diffusé au JT d’Antenne 2 le 20 juin 1991). Puis, en 2010, Marine Le Pen a transformé en symboles la rue Myrha et sa petite mosquée, comparant les prières débordant sur la chaussée à l’occupation allemande (ces propos lui valent de comparaître en correctionnelle le 20 octobre prochain pour incitation à la haine raciale).




Photo ancienne du croisement des rues Myrha et Stéphenson.
Photo ancienne du croisement des rues Myrha et Stéphenson. 
PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE


Le quartier inquiète jusqu’aux conservateurs ­américains : après les attentats de janvier, un pseudo-expert en a fait sur Fox News une des huit « no-go zones » parisiennes, des quartiers où les non-musulmans ne se promèneraient, selon lui, qu’à leurs risques et périls. Les habitants ont préféré en sourire (voir le tumblr portraits.de.no.go.zones, où des Parisiens « rectifient le tir » de Fox News et une vidéo de « circuits touristiques » organisés dans ces quartiers). Eux s’interrogent plutôt sur la brasserie branchée ouverte au printemps au carrefour ­Barbès, à l’entrée de la Goutte-d’Or. Les uns y voient la preuve bienvenue de la « normalisation » du quartier. Les autres, une menace plus réelle que celles qu’ont pu imaginer Chirac, Le Pen ou Fox News, celle de la « boboïsation ».
Pour en avoir le cœur net, il faut prendre le temps de remonter cette rue Myrha dominée au loin par le Sacré-Cœur, et s’arrêter devant ces immeubles qui racontent chacun la mue d’un des derniers quartiers populaires de Paris.

Au numéro 4, l’immeuble incendié




Au n° 4, l'immeuble incendié dans la nuit du 1er au 2 septembre 2015. Ici, des fleurs, une icône et un message déposés au rez-de-chaussée en mémoire des huit victimes, dont deux enfants.


C’était jusqu’à début septembre un immeuble sans histoire, abritant au rez-de-chaussée un des nombreux taxiphones du quartier, ces boutiques permettant d’appeler à l’étranger à prix réduit. C’était aussi un témoignage discret de la transformation de cette rue où, depuis le début des années 2000, la Mairie de Paris a déjà fait pousser dix-neuf immeubles neufs, en usant de son droit de ­préemption auprès des vendeurs privés ou des arrêtés de péril de la Préfecture de police pour démolir et reconstruire. En 2001, au début du premier mandat de Bertrand Delanoë, le numéro 4 figurait sur la liste des immeubles insalubres de la capitale, comme une dizaine d’autres dans cette rue. Mais il est sorti de la liste après les travaux engagés par la copropriété. Rien à signaler, ont confirmé les services municipaux lors de leur dernière visite, au printemps.

« C’était un immeuble black-blanc-beur, comme le quartier », résume Thomas, un voisin qui a immédiatement organisé avec sa compagne une collecte sur le site de financement participatif Ulule pour venir en aide aux rescapés. Ils sont une trentaine, employés, petits cadres, étudiants. Parmi les ­victimes, une famille d’origine sénégalaise en attente d’un logement social, vivant à quatre dans un studio d’une quinzaine de mètres carrés. Choqué, le quartier s’est souvenu de l’incendie, criminel lui aussi, qui avait déjà tué trois personnes en 2011 dans le même pâté de maisons, rue Stephenson. A l’époque, l’incendiaire n’avait pas été retrouvé. Cette fois, un suspect a vite été interpellé, un sans domicile fixe connu dans le quartier, souffrant de troubles psychiatriques : une caméra de vidéosurveillance l’a filmé passant pas loin de l’immeuble peu avant l’incendie, on a trouvé une bougie et un briquet dans ses poches. « Pour une fois qu’ils regardent la vidéosurveillance… », ironise un riverain

Au numéro 28, la mosquée saturée




Au n° 28, la mosquée la plus fréquentée du nord-est parisien, coincée entre une librairie religieuse et une laverie.


On pourrait passer sans la remarquer devant une des mosquées les plus célèbres de France, coincée depuis les années 1980 au rez-de-chaussée d’un hôtel modeste, entre une librairie religieuse et une laverie. Célèbre, elle le devient une première fois en juillet 1995 : cofondateur du Front islamique du salut (FIS) en Algérie mais considéré comme modéré, son imam, Abdelbaki Sahraoui, est abattu d’une balle dans la tête, un assassinat annonçant la vague d’attentats qui marquera cet été-là.

Une décennie plus tard, la petite mosquée de la rue Myrha devient malgré elle un des arguments du débat sur l’islam en France. La fermeture, en 2006, de la mosquée de la rue Tanger, dans le 19e arrondissement, a fait converger ici les fidèles du nord-est parisien. Le lieu de culte sature. Le vendredi, les fidèles en sont réduits à prier dans la rue, bloquant de fait la circulation. En 2010, l’extrême droite s’en empare. Les militants de Riposte Laïque proposent d’organiser rue Myrha un « apéro saucisson-pinard » : un repérage préalable des lieux leur aurait permis de constater que les bars et les rayons charcuterie ne manquaient pas autour de la mosquée. Marine Le Pen attaque à son tour, lors d’un meeting à Lyon : « Pour ceux qui aiment beaucoup parler de la seconde guerre ­mondiale, s’il s’agit de parler d’Occupation, on pourrait en parler pour le coup, parce que ça, c’est une occupation du territoire. » La présidente du FN déclinera l’invitation de l’imam à venir visiter la mosquée.

« Quand je suis arrivé dans le quartier, c’était une menuiserie », se souvient le patron de la « librairie-bazar » installée quelques mètres plus bas, un fourre-tout proposant des livres religieux, des tapis de prière (10 euros, 20 pour un tapis « deux places »), des ustensiles, des dattes ou des feuilles de goyave. Comme les autres habitués de la mosquée, il n’est pas entièrement convaincu par la solution provisoire trouvée par l’Etat en 2011 et qui a mis fin aux prières de rue : la mise à disposition d’une caserne de pompiers désaffectée, près du périphérique : « C’est loin, il faut prendre le bus et, avec cinq prières par jour, il faut prendre cinq fois le bus. » La solution définitive se fait attendre. Le dossier reste piégé.



Au n° 17, une « librairie-bazar » proposant des livres religieux, des tapis de prière, des ustensiles, des dattes, des feuilles de goyave…


« Avec des instrumentalisations politiques, on court le risque de la prédiction auto-réalisatrice et de créer du communautarisme là où il n’y en a pas », estime Jamel Oubechou, président de l’Institut des cultures d’islam. Installé à un pâté de maisons et inauguré sous Bertrand Delanoë, ce centre culturel propose des concerts et des expositions (celle en cours aborde le kitsch vu par les artistes du Moyen-Orient). Originalité du projet, l’Institut partage le bâtiment avec une association religieuse, propriétaire d’une salle de prière à l’étage. Un deuxième site devait ouvrir sur le même modèle, mi-culturel, mi-cultuel, quelques centaines de mètres plus loin, et offrir une alternative supplémentaire à la mosquée exiguë de la rue Myrha. Mais entre restrictions budgétaires et hésitations sur les subtilités de la loi de 1905 sur la laïcité, la nouvelle maire, Anne Hidalgo, a pour l’instant gelé le projet. Ouverture au « deuxième trimestre 2015 », annonce encore le panneau de la Ville de Paris qui domine le terrain vague.

Au numéro 32, le terrain de pétanque improvisé


Autre terrain vague, autre panneau, promettant pour l’an prochain un immeuble hébergeant « un groupement d’entreprises culturelles ». Le projet prévoit des bureaux pour des labels de musique du monde et des résidences d’artistes. En attendant, le terrain a été confié aux associations locales. Comme La Table Ouverte, qui a transformé une bande de sable en terrain de pétanque. L’association, avec ses cinq salariés et vingt-cinq bénévoles, gère un restaurant associatif à deux pas de là et vient en aide aux précaires.



Au n°32, un terrain vague où un futur immeuble devrait héberger des labels de musiques du monde et des résidences d'artistes.

Au n°32, un terrain vague où un futur immeuble devrait héberger des labels de musiques du monde et des résidences d'artistes. PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE


Son fondateur, Rachid Arar, est une figure du quartier, dont la rénovation le laisse parfois dubitatif : « Avant, il y avait une âme dans chaque immeuble. Aujourd’hui, il y a des structures métalliques avec du béton. » Pour lui, l’urbanisme ne règle pas tout : « En rasant les immeubles, vous ne rasez pas les problèmes économiques. C’est bien de reconstruire, mais, en parallèle, il faut donner du boulot. » La Goutte-d’Or, 24 000 habitants, affiche un taux de chômage frôlant les 15 %, elle compte 13 % de foyers bénéficiaires du RSA, deux fois plus que la moyenne parisienne, et près de 17 % de ses jeunes sortent précocement du système scolaire.



Rachid Arar, fondateur de l'association La Table Ouverte, qui tient un restaurant associatif dans le quartier et a créé un terrain de pétanque provisoire au 32, rue Myrha.

Rachid Arar, fondateur de l'association La Table Ouverte, qui tient un restaurant associatif dans le quartier et a créé un terrain de pétanque provisoire au 32, rue Myrha. 
PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Au n° 33, la boulangerie ­Tembely, ouverte en 2011 par Swan Casenove.

Au n° 33, la boulangerie ­Tembely, ouverte en 2011 par Swan Casenove. PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE


Juste en face du terrain de pétanque, on fait la queue à la boulangerie Tembely, ouverte par Swan Casenove. Il s’est installé en 2011 au rez-de-chaussée de cet autre immeuble neuf, après avoir remporté un appel à candidatures lancé par la mairie pour relancer le commerce de proximité. Le trentenaire a dû convaincre « beaucoup de sceptiques ». Rue Myrha, cela ne marchera pas, lui disait-on. « C’est archifaux, rigole-t-il. Tout le monde mange du pain, il y a une vraie demande. »


Au numéro 40, l’ancien repaire du crack


Façade blanche et volets vert pomme, l’immeuble de trois étages a été construit en 2010. Côté rue, un cabinet d’architectes en rez-de-chaussée et six logements sociaux. De l’autre côté, à peine visible des passants, un patio agrémenté d’un peu de verdure et surplombé par un duplex, un logement social lui aussi. Difficile d’imaginer que se trouvait là un des principaux squats de fumeurs de crack de la capitale. « Il y a dix ans, quand on se promenait rue Myrha la nuit, on avait l’impression que des briquets s’allumaient et s’éteignaient partout dans le noir, se souvient Pierre Leyrit, directeur de l’association Coordination Toxicomanies. Les “crackers” déambulaient dans les rues, ils entraient dans les immeubles, c’était devenu une espèce de cliché du quartier, en partie vrai. »



Au n° 40, l’un des principaux squats de fumeurs de crack de Paris a laissé place en 2010 à un immeuble ­abritant un cabinet d’architectes, un patio et sept logements sociaux, dont un duplex.

Au n° 40, l’un des principaux squats de fumeurs de crack de Paris a laissé place en 2010 à un immeuble ­abritant un cabinet d’architectes, un patio et sept logements sociaux, dont un duplex. PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE


La rénovation urbaine a éparpillé dealers et consommateurs, les chassant plus à l’est, vers les hangars de la SNCF le long des voies ferrées, plus au sud, vers la gare du Nord ou, en sous-sol, sur les quais du métro« Les usagers n’ont jamais disparu du quartier, simplement on ne les a plus vus, souligne Pierre Leyrit. Ils sont plus en circulation qu’en stagnation, donc on les remarque moins. » Leur nombre aurait même augmenté avec l’arrivée de nouveaux ­consommateurs, comme des émigrants d’Europe de l’Est. Ou des jeunes du quartier déboussolés.



Au n° 40, l’un des principaux squats de fumeurs de crack de Paris a laissé place en 2010 à un immeuble ­abritant un cabinet d’architectes, un patio et sept logements sociaux, dont un duplex.

Au n° 40, l’un des principaux squats de fumeurs de crack de Paris a laissé place en 2010 à un immeuble ­abritant un cabinet d’architectes, un patio et sept logements sociaux, dont un duplex. 

PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Mais plus que la drogue ou la prostitution, c’est désormais la propreté des trottoirs et les vendeurs à la sauvette qui inquiètent les habitants, à en croire les réponses au questionnaire élaboré par la mairie et la Préfecture de police pour dresser le bilan de la « ZSP ». « ZSP » pour « zone de sécurité prioritaire » : en 2012, la Goutte-d’Or est devenu le premier quartier parisien à bénéficier de ce dispositif renforçant et coordonnant les efforts de la police, de la justice et de la mairie (qui a depuis été étendu à deux autres quartiers, dans les 19e et 20e arrondissements). La Préfecture de police ayant refusé notre demande d’entretien avec la commissaire de l’arrondissement, il faut se contenter d’un bilan ­officiel pauvre en chiffres précis, saluant la hausse du nombre des interpellations pour trafic de drogue, des dossiers de proxénétisme transmis au parquet, des saisies de contrefaçons vendues à la ­sauvette, mais admettant aussi la difficulté à réduire le nombre d’agressions. Y compris contre les policiers eux-mêmes.


Au numéro 70, l’immeuble en construction


Des ouvriers s’activent encore sur le dernier immeuble sorti de terre, qui doit accueillir treize autres logements sociaux, et, au rez-de-chaussée, un restaurant. C’est la dernière fierté de Ian Brossat, élu communiste de l’arrondissement et adjoint au logement d’Anne Hidalgo. « Je ne suis pas nostalgique de ces années où il y avait des incendies toutes les nuits à la Goutte-d’Or, explique-t-il. La difficulté est de rénover sans gentrifier. Le seul moyen de faire ça, c’est le logement social. C’est le privé qui boboïse. »
Dans ce coin de Paris, selon ­l’Observatoire des loyers de l’agglomération parisienne, le loyer médian tourne autour de 22 euros le mètre carré dans les immeubles anciens, et 25 dans le neuf. Contre 6 à 12 euros dans le logement social, selon les plafonds de ressources des candidats et les appartements proposés. D’après Ian Brossat, aucun risque que la Goutte-d’Or connaisse la même évolution que d’autres quartiers populaires, comme un peu plus à l’ouest dans l’arrondissement, au pied de ­Montmartre, ou plus au sud dans le 10e arrondissement, autour du canal Saint-Martin : « Vu la proportion de logements sociaux, le risque d’embourgeoisement général du quartier est faible, voire relève du fantasme. »



Au n°36, un vestige de l’église évangélique du Nazaréen, aujourd’hui fermée.

Au n°36, un vestige de l’église évangélique du Nazaréen, aujourd’hui fermée. 
PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE


Dans la rue Myrha elle-même, les indices d’un éventuel « embourgeoisement » sont effectivement rares. A quelques mètres de l’immeuble incendié il y a un mois, on peut croiser sur le trottoir quelques créateurs de sites Web ou designers, mais eux viennent travailler ici : derrière une façade anonyme et une cour intérieure se cache une ancienne manufacture de boutons du XIXe siècle, murs en briques et poutres métalliques, rachetée, rénovée et transformée en « espace de co-working » par Didaxis, un groupe spécialisé dans le portage salarial. Côté rue, on a conservé l’enseigne « Lalande & Collin », dernière trace visible du passé industriel et artisanal de la rue.



Au n° 8, une ancienne manufacture de boutons transformée en espace de co-working.

Au n° 8, une ancienne manufacture de boutons transformée en espace de co-working.
PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Pour mesurer la mue du quartier, il faut par exemple traverser le trottoir, tourner au coin d’un nouveau terrain vague, traverser la rue Cavé qui, elle, a pu conserver ses immeubles anciens, et faire une pause à l’ombre de l’église Saint-Bernard, célèbre pour avoir accueilli à l’été 1996 plus de 200 sans-papiers et subi en conséquence l’assaut des CRS. Autour du square, les terrasses de La Môme ou du Mistral Gagnant, un vieux rade du quartier récemment rénové, font le plein.


Même les touristes commencent à apprécier les charmes du quartier, grâce à Airbnb plus qu’aux prix attractifs des petits hôtels vieillissants du coin (de 25 à 40 euros la nuit dans les établissements de la rue Myrha). « Cet été, on a tout eu, des Allemands, des ­Colombiens… on est quand même à 500 mètres de Montmartre », raconte Saidi Malik, un des deux jeunes patrons du Mistral Gagnant. « Chaque semaine, il y a un nouveau couple qui s’installe, se réjouit Salem Yahmi, l’autre patron. Ils étaient locataires aux Abbesses [au pied du Sacré-Cœur, NDLR], ils sont descendus dans le quartier, c’est plus accessible. »
On peut même y faire de bonnes affaires : selon la Chambre des notaires parisienne, à l’achat, le mètre carré se négocie en moyenne à 7 880 euros dans la capitale, mais à seulement 6 200 euros à la Goutte-d’Or pour l’instant. Reste que, à Paris, le bobo, c’est toujours l’autre. Saidi Malik rigole encore des réactions de certains clients quand les deux enfants du quartier ont rénové le café : « Il y a des gens qui sont là depuis seulement trois ans et qui nous disent : “Vous faites un truc bobo !” »



Saidi Malik et Salem Yahmi, patrons du Mistral Gagnant, un café rénové face au square Saint-Bernard, près de la rue Myrha.


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En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2015/10/02/a-paris-la-mue-de-la-rue-myrha_4781325_4497186.html#Zy1dOx442KrgsgZt.99 


Opening in New York's Guggenheim Museum: Alberto Burri - 'The Trauma of Painting'




2015 has been for me an utterly fascinating journey through art discoveries, which started in Bristol, England, and does not seem to end.

Here is an insight into a wonderful artist's work, Alberto Burri, born a century ago, in 1915, in Italy.
His work is luckily soon to be celebrated in vibrant places.


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Alberto Burri: The Trauma of Painting



This major retrospective exhibition—the first in the United States in more than 35 years and the most comprehensive ever mounted—showcases the pioneering work of Italian artist Alberto Burri (1915–1995). Exploring the beauty and complexity of Burri’s process-based works, the exhibition positions the artist as a central and singular protagonist of post–World War II art. Burri is best known for his series of Sacchi (sacks) made of stitched and patched remnants of torn burlap bags, often combined with fragments of discarded clothing. Far less familiar to American audiences are his other series, which this exhibition represents in depth: 
Catrami (tars), Muffe (molds), Gobbi (hunchbacks), Bianchi(whites), Legni (woods), Ferri (irons), Combustioni plastiche (plastic combustions), Cretti, and Cellotex works.

Burri’s work both demolished and reconfigured the Western pictorial tradition, while reconceptualizing modernist collage. Using unconventional materials, he moved beyond the painted surfaces and mark making of American Abstract Expressionism and European Art Informel. Burri’s unprecedented approaches to manipulating humble substances—and his abject picture-objects—also profoundly influenced Arte PoveraNeo-Dada, and Process art.

Alberto Burri: The Trauma of Painting is organized by Emily Braun, Guest Curator, and Distinguished Professor, Hunter College and the Graduate Center, City University of New York, with Megan Fontanella, Associate Curator, Collections and Provenance, and Ylinka Barotto, Curatorial Assistant, Solomon R. Guggenheim Museum. An accompanying study was led by Carol Stringari, Deputy Director and Chief Conservator, Solomon R. Guggenheim Foundation. The Guggenheim Museum is also grateful for the collaboration of the Fondazione Palazzo Albizzini Collezione Burri, Città di Castello, Italy.

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Watch this video where the exhibition curator Emily Braun provides a brief introduction to Alberto Burri: The Trauma of Painting, on view at the Solomon R. Guggenheim October 9, 2015–January 6, 2016:

http://www.guggenheim.org/new-york/exhibitions/upcoming/alberto-burri-the-trauma-of-painting

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Alberto Burri was born March 12, 1915, in Città di Castello, a small town in the Umbria region of Italy. In 1940 he received a degree in medicine from the Università degli Studi di Perugia. He served in the Ethiopian campaign and in World War II, first as a frontline soldier and then as a physician. Following his unit’s May 1943 capture in Tunisia, Burri was sent to a prisoner-of-war camp in Hereford, Texas. Disaffected by war and by his internment, he took up painting in an autodidactic, figurative style and never practiced medicine again.
In February 1946, Burri was repatriated to Italy and set up a studio in Rome. After his first solo exhibition, at the Galleria La Margherita in 1947, he visited Paris and was influenced byJoan Miró’s collages and Jean Dubuffet’s thickly painted works incorporating tar. Burri exhibited with the Rome Art Club, which familiarized him with Futurist arte polimaterica(“multimaterial” art). Experimenting with unorthodox pigments and resins, he produced hisCatrami (tars) and Muffe (molds), as well as protruding, sculptural canvases that he calledGobbi (hunchbacks). By 1950 he was making assemblages out of burlap bags and household linens—Sacchi (sacks) and Bianchi (whites)—that garnered him international acclaim. His first solo exhibitions in the United States took place in 1953 at the Allan Frumkin Gallery, Chicago, and the Stable Gallery, New York; that same year his work appeared in Younger European Painters: A Selection (1953–54) at the Solomon R. Guggenheim Museum. The Carnegie Museum of Art in Pittsburgh organized his midcareer retrospective in 1957.
Burri developed a new material realism that stood apart from postwar gestural abstraction and its emotive and existentialist content. He blurred the boundaries between painting and relief sculpture and redefined the concept and the making of the monochrome. In the mid-1950s he turned to mass-produced industrial materials in prefabricated colors and developed a new technique of painting with combustion to make torched wood veneer works (Legni[woods]); welded reliefs of cold-rolled steel (Ferri [irons]); and compositions of melted and charred plastic (Combustioni plastiche [plastic combustions]).
Burri married the American dancer-choreographer Minsa Craig in 1955, and from 1963 until 1991 they wintered in Los Angeles, where the artist began a dialogue with Minimalism. HisCretti, monochromatic (black or white) fields of induced craquelure, date from the 1970s. The monumental Grande cretto (1985–89) that he built over the ruins of Gibellina, a Sicilian town destroyed by a 1968 earthquake, is one of the largest Land art works ever realized. As part of the foundation he established in 1978, Burri designed his own museum in Città di Castello’s Palazzo Albizzini, and it opened in 1981. In 1990 works from his last series, the Cellotex, painted on flayed fiberboard, went on permanent display in a nearby complex of former tobacco-drying sheds known as the Ex Seccatoi del Tabacco. The artist died February 15, 1995, in Nice. Burri has been the subject of numerous retrospectives in Europe and the United States, including Alberto Burri: The Trauma of Painting at the Solomon R. Guggenheim Museum (2015–16).


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Legno e bianco 1 (Wood and White 1)



While interned as a prisoner of war in Texas during World War II, Alberto Burri—then a doctor in the Italian army—took up painting and demonstrated an early predilection for cast-off, discarded materials. After his release, Burri fully dedicated himself to art making and embraced the inherent beauty of natural, ephemeral materials and unconventional mediums. From 1950 to 1960, Burri executed a series of textile constructions called sacchi(sacks), using paint and sewn or collaged pieces of burlap and fabric. Early commentators suggested that the patchwork surfaces of the sacchi signified living flesh violated during warfare. Burri subsequently became fascinated with burning materials and began to produce wood pieces, or legni, in 1955. As seen here, Burri scorched thin sheets of wood veneer until they had achieved the desired expressive impact and then glued the sheets to canvas. The surface textures of the fragile wood panels alternate between smooth and singed, matte and shiny.

ARTIST

Alberto Burrib. 1915, Città di Castello, Italy; d. 1995, Nice

TITLE

Legno e bianco 1 (Wood and White 1)

DATE

MEDIUM

Wood veneer, combustion, acrylic, and Vinavil on canvas

DIMENSIONS

87.7 x 159 cm

CREDIT LINE

Solomon R. Guggenheim Museum, New York

ACCESSION

57.1463

COPYRIGHT

Fondazione Palazzo Albizzini Collezione Burri, Città di Castello/2015 Artist Rights Society (ARS), New York/SIAE, Rome

ARTWORK TYPE

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Bianco B (White B)




ARTIST

Alberto Burrib. 1915, Città di Castello, Italy; d. 1995, Nice

TITLE

Bianco B (White B)

DATE

MEDIUM

Plastic, acrylic, combustion, and Vinavil on Celotex

DIMENSIONS

159 x 159 cm

CREDIT LINE

Solomon R. Guggenheim Foundation Hannelore B. and Rudolph B. Schulhof Collection, bequest of Hannelore B. Schulhof, 2012

ACCESSION

2012.29

COPYRIGHT

Fondazione Palazzo Albizzini Collezione Burri, Città di Castello/2015 Artist Rights Society (ARS), New York/SIAE, Rome

ARTWORK TYPE


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Cellotex LA 86




ARTIST

Alberto Burrib. 1915, Città di Castello, Italy; d. 1995, Nice

TITLE

Cellotex LA 86

DATE

MEDIUM

Acrylic on fiberboard

DIMENSIONS

50 x 76 1/8 inches (93 x 127 cm)

CREDIT LINE

Solomon R. Guggenheim Museum, New York Gift, Minsa Craig, 1986

ACCESSION

86.3445

COPYRIGHT

Fondazione Palazzo Albizzini Collezione Burri, Città di Castello/2015 Artist Rights Society (ARS), New York/SIAE, Rome

ARTWORK TYPE


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Il Grande Cretto - Gibellina Vecchia





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Alberto Burri - Trailer



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More soon.


03/10/2015

'Lo Scrittore' - Giancarlo Neri (The Writer)



As I'm in the middle of a long writing process, a wonderful journey, source of many satisfactions, and snowballing discoveries, it is a pleasure to come across this piece of art from Italian artist Giancarlo Neri.




Lo Scrittore - Giancarlo Neri (The Writer)






"Giancarlo Neri is a sculptor born in Naples in 1955. At one time he played professional soccer for the New York Apollo of the American Soccer League. 

Perhaps his best-known work is The Writer, a 9-metre-high table and chair made from steel plated with wood, a piece about writer's block. It has been exhibited in Rome and on Hampstead Heath in London in 2005".


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Here is more about the piece from a BBC article:


A table and chair the size of a house have been captivating visitors to north London's Hampstead Heath.


The 30ft (9m) sculpture, The Writer, will be on Parliament Hill for four months before returning to Italy.
The tribute to the loneliness of writing is meant to inspire visitors to the heath, which has associations with writers Keats and Coleridge.

Leslie Mare, from the Corporation of London which runs the heath, said: "People seem to love it or hate it".
Giancarlo Neri, who used to play soccer for New York Apollos in the seventies, chose the heath, one of London's most popular parks, after hearing of its artistic heritage.

The Naples-born artist used six tons of steel and 1,000lb of wood to create the giant sculpture.

He said he wants people to interact with it, using it as a picnic spot or using the legs as goal posts.
When it was on display in Rome two homeless people were said to have lived underneath it.
Ms Mare told BBC News: "People talk about it, look at it, some people have even graffiti'd on it but it's really engaged people.

"It's almost a reminder of the heath's hidden heroes, and hopefully will encourage new young budding artists and writers."

The sculpture will be officially unveiled at a party on the heath on Wednesday, during the first week of Art Fortnight London.


 It's almost a reminder of the heath's hidden heroes 
Leslie Mare
Corporation of London


Read on the BBC website: 

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Here is an article in Italian too:

Quella volta che invase via Krupp, a Capri, con centinaia di lampadine accese. O quell’altra in cui piazzò un maxi cavallo galleggiante tra le acque del golfo di Napoli, di fronte Castel dell’Ovo. Oppure quando mise in mezzo al Parco di Villa Ada, a Roma, uno scrittoio e una seggiola alte quanto un palazzo. Giancarlo Neri, protagonista del terzo appuntamento napoletano dei Martedì Critici, è uno che ama confrontarsi con la natura degli spazi, sfruttandone caratteristiche, limiti, possibilità e condizioni. Una vocazione al confronto col reale che punta al coinvolgimento – spesso ironico – dello spettatore e che spinge verso la trasformazione radicale dei contesti.
Più che collocare un’opera in uno spazio, Neri la utilizza come generatore di alterazioni percettive, scegliendo principalmente la via dell’arte pubblica. In questa direzione vanno i suoi numerosi progetti in Italia e all’estero: da quello del Circo Massimo di Roma nel 2008, all’ultimo spettacolare intervento di Rio de Janeiro, nel gennaio 2012. Per chi non fosse a Napoli, martedì sera, c’è Artribune Television che documenta tutto. E nel frattempo guardatevi, sempre domani, il report dell’incontro con Betty Bee.
– Helga Marsala
28 febbraio 2012, ore 18Palazzo delle Arti Napoli, via dei Mille 60a cura di Alberto Dambruoso e Marco Tonelli

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Giancarlo's website:



02/10/2015

More on Raoul Peck's 'The Young Karl Marx'


Very, very proud to bring y little contribution to this great project!!

http://blogs.indiewire.com/shadowandact/haitian-filmmaker-raoul-peck-is-currently-filming-the-young-karl-marx-20151001

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Revered Haitian Filmmaker Raoul Peck Is Currently Filming 'The Young Karl Marx'


Photo of Tambay A. ObensonBy Tambay A. Obenson | Shadow and Actoctobre 1, 2015 at 2:13PM


Raoul Peck
Raoul Peck
Haitian filmmaker Raoul Peck is currently filming "Le jeune Karl Marx" ("The Young Karl Marx"), a period drama on the shaky friendship between Karl Marx and Friedrich Engels - the German intellectual titans and fathers of Marxism - charting their completion of the Communist Manifesto, and the creation of a revolutionary movement out of which were born the theoretical tools for emancipating oppressed masses in Europe and all around the world.
In what is described as quite an ambitious project, the film stars German actors, August Diehl as Marx, and Stefan Konarske as Engels.
Produced by Agat Films and Peck's own Velvet Film, as well as Rohfilm in Germany and Artemis Prods. in Belgium, Peck is directing the international co-production from a script he co-wrote with Pascal Bonitzer.
Vicky Krieps, Olivier Gourmet, Hannah Steele and Alexander Scheer round out the starring cast.
"Avoiding the habitual caricature of the old bearded revolutionary icon, this film is the coming of age of two young and daring intellectuals who will have an extraordinary impact on the world of the 20th century and beyond," said Peck, whose latest film, "Murder in Pacot" (highlighted a number of times on this blog) continues to travel the international film festival circuit.
Filming is currently taking place in Belgium. 
I should note that the filmmaker is also working on a documentary on James Baldwin. Although details on that aren't yet available in full. What we do know is that it's actually a project he's been working on for at least 7 years, and it is being made with the full cooperation of the Baldwin estate, which is always a plus. 
He also describes it as "a very creative documentary." In short, the film will toy with the idea that Baldwin actually wrote what was to be an ambitious book - "a masterpiece" as Peck puts it - on Medgar Evers, Malcolm X and Martin Luther King Jr., whose lives all ended in assassinations. Baldwin knew it would be a challenge, and didn't believe it would sell, but he felt that he needed to write it. Baldwin never did write the book (Peck learned about it via letters Baldwin sent to his agent); but Peck's "creative documentary" will imagine that he did. As the filmmaker states: "So the starting point of the film is to say - yes, he wrote it. He just didn’t bind it together, but if you go through his work, the film is there."
All Peck has to build on are 30 pages of Baldwin’s notes for the project, and the rights to all of Baldwin’s writings, of course, since it's a project being made with Baldwin's estate's blessings.
Why a film on Baldwin? Peck's response: "Because Baldwin is my life... I started reading Baldwin when I was 14 or 15, and I realized as an adult a lot of the things I was saying came from him."
Has a definitive film/documentary on the life of James Baldwin ever been produced? I don't believe so, which is unbelievable, and which makes Peck's project all the more significant!
A fearless filmmaker and activist who, I would argue, deserves even more recognition than he's received over the years, within the international filmmaking community, as one of Haiti's few filmmakers, and a primary exporter of Haitian films to the rest of the world, Peck's complex body of work has been covered plentiful here on S&A, since the blog was launched in 2009, much of it still sadly underseen - "Lumumba," "Moloch Tropical," "Fatal Assistance," most recently "Murder in Pacot" and more


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'The Present Tense'



This dance, this dance
It's like a weapon, like a weapon
Of self defense, self defense
Against the present, against the present
The present tense

I won't get heavy, don't get heavy
keep it light, and keep it moving
I am doing, no harm
As my world, comes crashing down
I am dancing, freaking out
Deaf, dumb, and blind

In you I'm lost
In you I'm lost 

I won't turn around, while the penny drops
I won't stop now, I won't slack off
Or all this love will be in vain, o-ooh
Stop from falling down a mine
that's' nobody business but mine
Or all this love will be in vain
O-oooh

In you I'm lost 
In you I'm lost 

Radiohead - 'The Present Tense'