Journalist at RFI (ex-DW, BBC, CBC, F24...), writer (on art, music, culture...), I work in radio, podcasting, online, on films.
As a writer, I also contributed to the New Arab, Art UK, Byline Times, the i Paper...
Born in Paris, I was based in Prague, Miami, London, Nairobi (covering East Africa), Bangui, and in Bristol, UK. I also reported from Italy, Germany, Haiti, Tunisia, Liberia, Senegal, India, Mexico, Iraq, South Africa...
This blog is to share my work, news and cultural discoveries.
C’est à Paris, rue Volta et devant une fresque d’Inkie que Toute La Culture et l’Eicaront rencontré la journaliste Melissa Chemam, auteure passionnée et passionnante de En dehors de la zone de confort (publié en octobre 2016 chez Anne Carrière).Un livre passionnant, riche, sur la scène artistique, musicale, culturelle, street art de la ville de Bristol en Angleterre depuis plus de trente ans. Bonjour Mélissa Chemam !
A noter : La prochaine Rencontre avec Melissa Chemam a lieu le 26 novembre au Walrus, dans le 10e. Evènement Facebook.
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Nous sommes à Paris, mais devant une œuvre qui parle un petit peu de l’impact international de la scène de Bristol des trente dernières années. Est-ce que vous pouvez nous parler de cette fresque de Inkie ? On est dans une rue où beaucoup de street artists de Bristol se sont produit en effet, rue Volta. Alors cette œuvre d’Inkie : Inkie c’est l’un des pionniers à Bristol, il a commencé en même temps que 3D, il était tout petit il avait 15 ans. En 1985 la grande galerie d’art de Bristol organise une exposition sur ce qu’elle appelle le street art. À l’époque on utilisait assez peu le terme puisque le graffiti était interdit. C’était un des grands moments de l’histoire du graffiti britannique parce que ça devient reconnu pour la première fois par les curators, par les spécialistes de l’art. Inkie à l’époque, il était tout petit, il se faufile, comme Geoff Barrow, le leader de Portishead, il voit cette expo et c’est le coup de foudre : ils veulent tous soit faire du hip-hop, soit faire du graff. Inkie, comme il a tout de suite fait partie de cette scène bouillonnante, s’est rendu dans beaucoup d’autres villes britanniques, à Birmingham, à Londres. Très vite c’est devenu un jeu pour les street artists de s’exprimer dans d’autres villes européennes. Paris, pour les artistes de Bristol a vraiment un rôle particulier parce que ce qu’ils aiment à Paris c’est son idée révolutionnaire, le souvenir de la Commune… Des choses qui paraissent peut-être un peu loin aujourd’hui pour beaucoup de parisiens mais qui ont vraiment marqué l’histoire culturelle des rapports entre la Grande-Bretagne et la France. Ce graffiti par exemple, c’est la signature d’Inkie : c’est un personnage de femme qui a été inspiré par sa jeunesse et qui en fait est le profil d’une femme amérindienne. C’est un petit peu le symbole à la fois de l’amour universel à la fois de la femme qui pourrait être de partout dans le monde, d’une sorte d’unicité de tous les peuples, etc. C’est assez symboliste et en même temps il y a toujours un peu une note d’humour ou un rappel sur certains codes culturels. Ça c’est fait à la main, c’est assez beau de le regarder travailler. Il y en a eu d’autres dans Paris et comme Nick Walker, qui est souvent exposé ici dans cette rue, c’est une ville dans laquelle ils se sont beaucoup exprimés notamment lors de championnats entre graffiti artists ou invités par d’autres artistes français.
Ce syncrétisme de plusieurs cultures de la scène de Bristol, aussi bien au point de vue musical qu’au point de vue artistique, on le retrouve à Paris mais est-ce qu’on le retrouve aussi ailleurs? C’est devenu très flagrant avec Massive Attack qui quant ils sortent leur deuxième album, Protection, changent complètement de collaborateurs. Leur premier album les a fait remarqués pour la voix reggae de Horace Andy et la voix soul de Shara Nelson. Et Shara Nelson décide de partir en carrière solo donc le groupe change totalement de direction en travaillant avec Tracey Thorn, qui est la chanteuse de Everything but the girl – qui pour le coup est un groupe très britannique, très londonien – et ça ça devient leur marque de fabrique à chaque nouveau single, à chaque nouvel album : changer de style avec une nouvelle façon de s’exprimer vocalement, soit une nouvelle collaboration, soit un artiste en featuring. Ça a beaucoup influencé les autres musiciens de Bristol, c’est évident. Ça se fait encore beaucoup aujourd’hui, il y a des groupes qui font de la musique électronique qui ne travaillent que comme ça. Quasiment sur chaque morceau d’un même album ils ont une voix différente parce qu’ils ont impulsé cette envie de ne pas être un groupe, de vraiment être dans la disparition de l’image de l’artiste et recréer son image par l’art, par les pochettes de disques, par les voix et toujours pouvoir surprendre. Ça a une influence très forte dans la musique électronique, Bristol est vraiment reconnue par les pionniers comme étant une des plate-formes de la scène électronique avec par exemple Detroit ou Berlin à des moments où ils ont pu changer le son, soit en rapportant des influences un peu oubliées comme quand Massive Attack sort son troisième album, Mezzanine, où il réimporte des sons de guitare new wave et punk presque vingt ans après, ou d’autre méthodes comme a fait Portishead en ayant un son très cinématographique. Donc oui ce mélange des scènes c’est quelque chose qui a été très fort et qui l’est toujours aujourd’hui à Bristol.
Alors que vous avez grandi à Paris, comment avez-vous rencontré la ville et les artistes de Bristol ? Je pense qu’il y a eu plusieurs rencontres virtuelles. C’est-à-dire que j’ai toujours adoré la musique britannique et notamment j’avais une passion quand j’étais adolescente pour, à la fois la musique soul et la musique des Beatles, la grande musique anglaise des années 1960. Donc très rapidement Massive Attack a incarné pour moi cette rencontre entre les deux. Les voix soul tout en étant aussi dans la tradition d’un rock punk assez britannique. C’était au milieu des années 1990 au moment où commençaient à sortir les premiers clips vidéos de ce groupe qui était extrêmement créatif tout en étant beaucoup plus petit budget que d’autres grands groupes connus à l’époque. Ensuite je suis allée pour de vrai, vraiment, en Angleterre en 93. J’ai vécu à Londres 10 ou 15 ans plus tard et je suis allée pour la première fois à Bristol début 2015 avec déjà en tête l’idée d’écrire ce livre.
Pour ce livre vous avez fait de nombreuses rencontres, de nombreuses interviews de terrain. C’est vraiment un livre de recherche. Et dans ces interviews on trouve des gens prestigieux et qui parlent peu… Pour raconter cette histoire, ce qui m’intéressait c’était de faire parler les acteurs directement. J’ai pu facilement joindre des gens qui étaient à Bristol à la fin des années 1980, qui avaient créé des groupes de punk, qui avaient participé aux premières années des grands festivals comme Glastonbury. Mais ce que je voulais surtout c’était être sûre d’interviewer certains d’entre-eux et notamment le leader de Massive Attack. Robert Del Naja est un artiste graffiti, qui est un musicien, rappeur, auteur-compositeur.Il symbolise la rencontre de tous ces parcours et devait être au centre du livre. Une fois que lui a accepté, ça a été aussi une sorte de rencontre spontanée avec d’autres gens qui ont été ses collaborateurs en fonction des moments où j’ai pu me rendre à Bristol.
Vous expliquez que Bristol est une ville de carrefours d’influences. Notamment musicales avec un mélange des genres assez incroyable et ce dès les années 1970 en fait… L’histoire musicale de Bristol est assez intéressante parce que quand la musique anglaise s’impose sur le plan international, Bristol est complètement oubliée. Elle est beaucoup trop proche de Londres et trop petite, donc on ne s’y intéresse pas. Du coup c’est ce qui a pu lui donner son caractère très underground. C’est-à-dire que les gens qui ont commencé à faire des grandes choses musicalement les faisaient vraiment dans leur coin, dans un esprit assez familial. D’abord il y a eu une scène très jazz dans les années 1960 où évidemment les plus grands musiciens ont été obligés ensuite de se rendre à Londres pour percer. Et puis à la fin des années 70 ce qui a vraiment pris à Bristol c’est le mouvement punk et notamment le mouvement trans-punk parce que le mouvement punk britannique n’a duré que quelques années. Donc à partir de 1977 plusieurs groupes ce créent après la dissolution des Sex Pistols pour répondre à cette espèce d’urgence : « Oh mon Dieu le punk serait-il mort ? » et qui créent leur propre musique. Mais il y a aussi à Bristol une tendance très forte qui est la place du reggae. Parce que Bristol est une ville qui a été fortement marquée au XVIIIe siècle par les mouvements de population entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique, au moment où le Royaume-Uni construisait son empire. Il y a une communauté jamaïcaine notamment très forte dans l’Ouest de l’Angleterre, à Liverpool mais surtout à Bristol. Et donc à la même époque, à la fin des années 1970, vous avez des jeunes djs qui font des soirées en écoutant du reggae et du ska et d’autres qui montent leurs groupes de punk. Les plus grands groupes de punk anglais, comme The Clash, étaient eux-même très influencés par le reggae, la rencontre s’est faite très facilement à ce moment là. Un autre personnage important du livre, Mark Stewart, parle de Bristol comme une petite ville où tous ceux qui font de la musique et en général de l’art se connaissent. Est-ce que vous pouvez un peu nous raconter comment ça se passe au fameux club le Dog Out dans les années 1980 à Bristol ? Oui le Dog Out est un endroit spécial qui est devenu un peu mythique parce qu’il a fermé ensuite en 1986 ou 1987 de manière un peu inattendue. C’était un petit club avec plusieurs étages et un sous-sol au carrefour de plusieurs quartiers de la ville, ce qui aussi a donné cette position stratégique : au Nord il y a le quartier jamaïcain et plus à l’Ouest il y a un quartier plus musical où l’on trouvait effectivement tous les jazzmen. C’était un club qui a pris son essor à la fin des années 1970 et au début des années 1980, très peu cher, décrit souvent comme retapissé à la bière et pas forcément décoré mais où les influences se sont mélangées et où les jeunes pouvaient venir même si ils n’avaient pas beaucoup de moyens. Et où il y avait des jolies filles apparemment ! Voilà ! Ce qui attirait aussi c’est qu’on pouvait se rencontrer à tous les niveaux, les musiciens de styles différents mais aussi les genres et c’est là qu’on allait draguer quant on n’avait pas un centime pour impressionner les petites infirmières qui étudiaient à l’hôpital d’à-côté. Les groupes punk venaient faire des petits concerts et les plus jeunes, qui nous donneront Massive Attack, venaient pour écouter les choses, c’était des passionnés de musique, et aussi pour faire quelques graffitis et pour découvrir des vidéoclips. Il y avait notamment une salle avec une télévision qui diffusait MTV, ce que ces jeunes n’avaient évidemment pas à la maison. Ils ont pu faire ce mélange, ce syncrétisme, entre passion pour la musique, passion du sampling et passion pour la vidéo.
Il y avait aussi un cinéma à Bristol à ce moment là qui va avec cet univers visuel, musical et du vidéoclip ? Il y a quelques cinémas, oui, et ensuite il y a surtout des endroits qui vont ouvrir et donner la part belle au cinéma dans les années 90. Il y aura vraiment un creux culturel dans les années 80, c’est les années Thatcher, et donc là c’est plutôt les docks en perdition, il n’y a pas grand chose. La scène culturelle qui existe aujourd’hui est née après le grand mouvement et notamment le premier album de Massive Attack, Blue Lines.
On parle beaucoup de Massive Attack mais Bristol c’est aussi Portishead et vous parlez à un moment du livre du slow tempo comme signature de la musique à Bristol. Que voulez-vous dire par là ? La chose qui est vraiment caractéristique, c’est qu’à la fin des années 80 le collectif qui s’appelle le Wild Bunch, qui donnera ensuite Massive Attack, faisait du hip-hop. Ils mélangeaient des sons et rappaient par dessus. C’est une musique qui est assez rapide normalement, parce que pour rapper il faut aller à un certain tempo, donc elle plutôt au même tempo voir plus rapide que la musique pop de l’époque. À un moment donné l’un des djs invente justement le ralenti du son et ça c’est très présent sur certains morceaux de Blue Lines, le premier album de Massive Attack et c’est complètement flagrant chez Portishead – contrairement à Tricky par exemple, qui a écrit avec Massive Attack, qui lui est plus mêlé de guitare et de punk et qui retrouve une énergie plus rapide. Avec le premier album de Portishead, Dummy, on est vraiment à un tempo dont certains critiques disent que c’est plutôt pour quant on rentre de club à 5h du matin et qu’on ne peut plus bouger. C’est de la musique pour revenir au rythme du corps quant il se repose et ça c’est pratiquement nouveau, ça s’est rarement vu avant dans des mouvements qui ont ensuite pris leur essor.
Et alors comment nait le mythe Banksy, dont tout le monde parle tellement et que certaines rumeurs ont relié à Massive Attack dernièrement ? Banksy est évidemment de Bristol. Il a commencé assez jeune vers 14 ans à la fin des années 80, au début des années 90. Banksy, qui commence à taguer à la main, ce qu’on appelle free hand à ce moment là, est fasciné par les artistes qui l’ont précédé et c’est notamment le cas de 3D, la première légende du graffiti à Bristol, qui est le leader de Massive Attack. Il se souvient d’avoir vu ces premiers exemples de ce qu’on appelle des murals en anglais, des murs qui ont la taille de tout l’étage d’une maison, qui racontaient à la fois les aventures de son groupe, Massive Attack et les histoires de la ville de Bristol en images, des références au hip-hop, à la break dance, aux ghetto-blasters qui diffusent la musique, tout cet univers qui se mélange entre art et hip-hop. Lui fait partie d’une scène qui est moins liée au hip-hop et ensuite il a ses petits débuts. À ce moment là la police de Bristol mène une très grande opération anti-graffitis, notamment en 1989. Son véritable essor tel qu’on le connait aujourd’hui, avec cet anonymat qui paraît désormais difficile à croire, vient à la fin des années 90 à Londres. Donc là il n’est plus dans son petit milieu où tout le monde le connait, où tout le monde l’a vu grandir à 14 ans, fan de 3D. Il s’est réinventé une identité, toujours sous le même nom, Banksy, et grâce à son galeriste notamment, Steve Lazarides, qui a pu créer le marketing et créer la marque Banksy et la faire dépasser les frontières britanniques.
Dans le livre vous remettez bien en contexte le côté rebelle, voir révolutionnaire de Bristol. Est-ce que vous pouvez nous parler de cet aspect politique ? C’est très vrai que tous ces artistes sont très engagés. Même un groupe comme Portishead qui n’a jamais écrit de chansons militantes ou qui ne s’est pas impliqué de manière directe artistiquement, ce sont des gens qui sont profondément militants et qui sont pour les droits des déplacés, des réfugiés, qui se sont exprimé sur la question palestinienne par exemple, ou surtout pour plus de justice sociale dans leur pays. Tout ça vient évidemment du mouvement punk, c’est ce que dit Mark Stewart quant il parle aujourd’hui de Massive Attack, il dit : « Aujourd’hui, humainement, politiquement, c’est des punks, c’est des gens qui considèrent qu’on a toujours le droit de rêver de révolutionner la société et de donner la même place à tout le monde. » C’est l’influence qu’ils ont en commun, peu importe qu’ils soient street artists ou musiciens ou dans les tempos lents ou dans des voix très soul ou au contraire dans des choses plus rock. On retrouve cette dimension là qui est très très très forte déjà chez Banksy dans ses premiers graffitis qui sont tous illustrés avec des messages, souvent ironiques mais très clairement politique, et très fortement chez Massive Attack à partir du début des années 2000 où ils commencent à créer pour leur scène des spectacles qui ont un message politique, qui parlent de l’état du monde à chaque fois. Que ce soit en représentant des photographies, en citant des titres de journaux, ils ont créé une scène qui les appelait à une sorte de chaîne d’information où ils peuvent diffuser des émotions par la musique, mais aussi des messages par l’écran vidéo et des lumières multicolores.
Est-ce que vous pouvez nous parler du récent Dismaland, nous raconter ce que c’est ? Nous dire si c’est une épiphanie de la culture de Bristol qui serait aussi une espèce de chant du cygne ou si c’est la preuve au contraire que Bristol continue à créer, à cogiter et à produire du nouveau sur la scène internationale ? C’est sûr que Dismaland est un aboutissement pour Banksy dans cette tendance à s’investir politiquement. Il a déjà fait ce genre de choses, on ne sait jamais où il est, quant il est et puis il lance un graffiti et on essaie de savoir quel est son parcours, s’il est en Angleterre… Puisqu’à partir de 2006 il est devenu très populaire aux États-Unis. Il était revenu en 2009 dans une grand exposition au Musée de Bristol. Avec Dismaland il reproduit ça d’une manière qui a vraiment surpris tout le monde puisqu’il a donc réinvesti un parc d’attraction dans lequel il s’amusait quant il était enfant, qui était en totale déliquescence, qui était vraiment fermé depuis des années. Il a créé une sorte d’anti-parc d’attraction avec un univers sinistre – dismal veut dire sinistre en anglais – qui joue autour des champs lexicaux de la lumière et de l’obscurité et d’un monde très noir mais de l’humour. Tout ça c’est très mélangé. Tous les artistes qu’il a choisi d’impliquer ont une expression qui est très forte politiquement. Il y a beaucoup d’artistes du Proche-Orient dans la galerie et des choses beaucoup plus ludiques à l’extérieur du parc : il a créé lui-même un camion qu’il a jeté dans le bassin d’eau, un faux château de Cendrillon dans lequel la princesse est renversée, rappelant à tous les Britanniques évidemment le tragique accident de Lady Diana en 1997… Et le parc est resté ouvert six semaines avec plusieurs artistes et plusieurs musiciens qui se sont produit tous les vendredis soir de ces six semaines d’exposition avec encore une fois beaucoup de messages sur l’état du monde, sur les guerres actuelles, sur la Syrie, sur les questions d’immigration et de l’accueil des réfugiés en Europe.
Est-ce qu’on est dans un schéma nostalgique Detroit ou un schéma semi-nostalgique Berlin ou est-ce qu’il y a encore une création vraiment en train de se faire? Alors pour moi déjà il y a une très forte nouvelle génération à Bristol. C’est une ville dans laquelle il y a beaucoup de musique, il y a un bar par minute et il y a forcément une place pour un concert. Il y a beaucoup de concerts très peu chers donc les gens sont quasiment tous les soirs en train d’essayer de découvrir un nouveau genre musical. Il y a beaucoup de rockeurs, les gens ont laissé de côté le slow tempo. Le drum and bass qui est né ensuite après le trip hop est toujours très présent. Et il y a une nouvelle scène grime qui est très importante. Le grime c’est un mélange entre le rap et l’électro en résumé, pour faire vite, qui est très fort à Londres mais qui existe aussi assez particulièrement à Bristol. Là on est plus dans une musique de djs comme au début dans les années 80 : ressortir des disques, il n’y a pas forcément de leader, il n’y a pas forcément de chanteur… Et ça c’est très vivant et c’est vrai que ces artistes là, qui ont 25 ou 30 ans, ne se reconnaissent pas forcément dans la filiation des groupes qui se sont fait connaître et qui sont dans l’histoire que je raconte dans mon livre. Mais ce qui est certain c’est que ces groupes leur ont ouverte cette porte là. C’est-à-dire qu’on vient à Bristol en se disant que dans cette ville il y a forcément une énergie musicale, il y a forcément des endroits où l’on peut découvrir des gens. Maintenant certains artistes sont encore très prolifiques. Tricky par exemple sort un album quasiment chaque année, il revient souvent à Bristol mais très discrètement, et c’est toujours inspiré par les villes dans lesquelles il a déménagé. Il a vécu deux ans à Paris, il a été en résidence au Centquatre où il a créé plusieurs de ses albums, en ce moment il est basé à Berlin mais il va aussi beaucoup au Japon et beaucoup à New-York. Il a gardé ce sens de travailler et d’aller ailleurs et de revenir chez lui. Tous ses albums ont un nom qui est lié à sa ville d’origine, que ce soit son quartier Knowle West ou que ce soit une référence à sa mère qu’il a perdue très jeune et qui est née à Bristol. Et bien sûr il y a Massive Attack qui eux n’ont jamais quitté Bristol. Ils ont énormément voyagé, leur cinquième album, Heligoland, est travaillé avec des artistes de New-York, des artistes européens et des artistes de Londres dont Damon Albarn. Ils ont cette force de se renouveler en allant fouiller dans leur propre histoire, fouiller dans l’histoire de la ville, et ça permet de garder un endroit dynamique, c’est sûr.
Donc vous pouvez passer les trente prochaines années à observer ce qui se passe sur la scène de Bristol ! Tout à fait, j’ai pris une carte de résidente !
Massive Attack's impressive shows are a constant source of intelligence and wonder. And this year was a grandiose illustration of what they are capable of. The band's main heart and brain explained his intentions in the programme of the show, at their last gig, in Bristol, early September.
Cracks Magazine is now publishing the content on its website:
It’s been over three decades since Massive Attack was born, and Robert Del Naja is preoccupied by power. That’s not to say he’s hungry for it – quite the opposite. He is fascinated by exploring ways to distribute it; of handing over editorial control in order to produce a musical experience befitting the creative democracy of the internet.
The most recent output from the seminal trip-hop outfit (centred around Robert “3D” Del Naja and Grant “Daddy G” Marshall) was released via Fantom, their algorithmic sensory app that allowed users to remix material, from which Del Naja created February’s Ritual Spirit EP. More recently, Del Naja’s been touring and developing the visual elements of the live show. The show is the latest iteration of a longstanding collaboration with London-based art practice United Visual Artists (UVA), a collective founded by Matthew Clark who specialise in the manipulation of light.
Brought together by their shared attraction to minimal aesthetics, Del Naja and Clark have worked on the evolution of the show for several years. It has become an indispensable component of the Massive Attack experience. In essence, it involves the projection of data and headlines lifted from local and international media. Most of these statements are stark human truths regarding socio-political crises. These are occasionally juxtaposed against headlines taken from celebrity gossip rags, speaking to our culture of distraction. If you’ve been to see Massive Attack in the last few years, you’re as likely to have been made aware that the Japanese military is on alert to shoot down a North Korean rocket as you are that Tiffany from Celebrity Big Brother has eyed up her housemate Scotty’s manhood in the shower and described it as ‘luscious’.
When I catch up with Del Naja ahead of Massive Attack’s first Bristol show in 13 years – an enormous outdoor concert which included Skepta, Savages and Primal Scream as support acts – he is in a measured mood. His well-known humility is audible from the moment he picks up the phone, but there’s also a clarity and drive; you can almost hear the furrowed brow. As Del Naja explains, the show harvests information from the news cycle of a local destination at any given moment, but the technical components are months in the making. “The actual writing of the piece will normally start six months before rehearsals at least,” he explains. “I’ll sit down with Matt and Icarus Wilson Wright and we’ll start to imagine it almost like a storyboard, and then there’s a period of programming. Ultimately you’re working with some seriously skilled code writers who are taking maybe a one-line concept on the back of a fag packet and turning it into a script that’s going to run a completely bespoke light show to suit a particular arrangement of LEDs for 90 minutes.”
“Each iteration of the show is slightly different,” he continues. “We started off with quite a monolithic, single screen, but what’s in front of it is almost like a search bar, like you’d find on any web browser.” The addition of the search bar blocks the visibility of other information. “The bar started to feel as if it was redacting information as well as displaying it. It became a negative space. We were using the idea of redacting information all the way back on Heligoland with the graphics on the sleeve, blocking out images and words and asking what would happen if you started to delete statements, say the opposite of statements, remove parts of statements. What would you then be left with that you understood?”
The Heligoland artwork is an apt comparison. Comprised of paintings by Del Naja himself, the series of works associated with the 2010 album were heavily influenced by his origins as a graffiti artist in early 1980s Bristol. He believes there’s a clear lineage between then and now. “There is the evolution between painting statements on walls to displaying statements with light. Both are transient. Back in the day when we were painting you were lucky if a piece stayed on a wall for more than a few days before it was painted over. Paintings would appear on the sides of trains that were travelling through cities and images would flash before people’s eyes and then disappear again, until they were captured by photographers. With the light show, it travels around, it appears for two hours in someone’s hemisphere and then it disappears again. We’ve never displayed it, we’ve never captured it on video, we’ve never released it. It just comes and goes. So it has that very transient nature and it’s only when other people see it, and they share it and capture it, that it becomes something else. The most basic description of it is that we’re a circus with fireworks passing through a town. There’s this eruption of sound, information and light and then ninety minutes later, it’s all gone.”
While many artists might balk at a sea of white screens at a show, for Del Naja the internet represents opportunity. His inspiration to work with LED came initially from a fascination with the work of Japanese artist Tatsuo Miyajima, but since its inception the show has taken on a lif e of its own. When I ask if it was designed to act primarily as a cynical critique of the modern media, he’s hesitant. “It started out as that, yeah. But when we started with this show the internet was relatively new, whereas now with everyone so absorbed and interconnected, the nature of it has changed. The danger is that it appears to the crowd as just another newsfeed or another blog. So we continually challenge the show’s relevance and update ourselves.”
Clark concurs. “UVA’s collaboration with Massive Attack spans 14 years now. The distribution of information in the digital age and its consequence has evolved in ways that no one could have imagined since we started working with them. Our work has really been an observational commentary of this phenomenon.”
“There is the evolution between painting statements on walls to displaying statements with light. Both are transient” - Robert '3D' Del Naja
Rather than simply mirroring the world back at the crowd according to a series of preset functions, the show is built to adapt. Translators for various regions feed in the issues which most concern them and the show is re-built for each local context. Eventually Del Naja would like to take this tailor-made approach further still. “The idea is to eventually try and get the show almost working as independent intelligence, using deep learning computation. We’re wondering if the light show could start to create itself not unlike Fantom as it starts to remodel music with its software: can the light show start to remodel itself from the inputs we give it, and if so what form will that take?”
Del Naja sees this as a chance to open up a discussion about the editing of information and the destruction of history. “In a sense the question is, is that more legitimate or as legitimate as a human being doing it, and what’s the difference? We’ve seen that information and culture has been constantly destroyed, burned and edited throughout history. That will now continue digitally, but that could be a positive thing because the democratisation of the internet gives everybody the ability to edit.” He’s the first to acknowledge this new landscape also comes with a risk. “There’s that phrase, ‘the post-factual society’, where everything is shared peer-to-peer and you don’t necessarily have to hear the truth, you just have to hear something. The truth is rewritten as it’s shared. It’s an interesting but scary time we live in; we can see from the misinformation that was spread around the time of Brexit as a very recent example of how precarious that is. You read about Oculus Rift founder Palmer Lucky’s Pro-Trump ‘shitposting’ campaign and you recoil and fear for the information age. Ultimately, our aim is to question information, the sharing of information and our role in it.”
Focusing on modes of communication may feel like something of a step back from an artist world renowned for his activism, who has recently scored documentaries raising awareness about tax evasion, vocally raised awareness about the plight of refugees and stateless individuals, and gained copious attention for his vocal championing of the Occupy movement during its heyday in 2011. When we turn to the subject, a world-weary frustration is just about perceptible in his voice.
“Occupy has been described as a constructive failure, in that it taught us lessons about modern social activism, but it changed nothing. There was the argument when we were all protesting against the Iraq War in 2003, that if we’d gone back to Parliment Square week after week maybe it might have worked. The Occupy Movement was the answer to that, it was about staying in one place, to keep applying that pressure to affect change. But Occupy’s noble idea of a leaderless movement proved to be its downfall, as it became confused by its own lack of identity and lost its central cause. It became a stereotypical, incoherent lefty protest group and lost all power and support, playing into the hands of the conservatives and the banks. I guess you can argue that unless protest turns into something legitimate it’s hard to see where it can go, and if it does become something legitimate then it becomes conventional and then it has to abide by the rules it may be fighting against.”
“The truth is rewritten as it’s shared. We can see from the misinformation that was spread around Brexit as a very recent example of how precarious that is” - Robert '3D' Del Naja
Does he wonder about the impact of his own political messaging? “You do sometimes wonder about the aim – whether you’re simply preaching to the choir or trying to convert. I don’t want it to feel preachy.” Equally, he’s aware of the limits of sharing a message to galvanise change. “There’s a track during the show that uses all the flags of the factions fighting in Syria, and you see that these ideological struggles are being sponsored by foreign powers to create a perpetual state of civil war, and ever intensifying violence. In the light of that you understand why people would be fleeing for their lives, it’s not a matter of choice, it’s a matter of necessity and I think we often forget that. It’s editorialised and in a sense you lose touch with the fact that it’s actually life or death. It’s on a completely different level than how we’re actually thinking about it, we’ve lost touch with that idea.”
When it comes to presenting messaging for the show, Del Naja seems genuinely concerned by the idea of his own voice dominating the message, of becoming another editor in that process contributing yet another storyline. Perhaps this explains the urge to collate fragments of other people’s words from around the media to create a collage of other voices rather than penning them himself; trying to subvert the tendency for a singular interpretation.
Escaping this singularity forms a part of everything Del Naja does. It’s a fitting vision for a band borne of the sharing of ideas and music under the umbrella the early sound systems in 80s Bristol, the disruptive power of hip-hop at that time and the waning – but still powerful – influence of punk. For Del Naja, it’s simple that a desire for constructive mass participation on a political level should bleed into the artistic. These things are all connected. And yet still the humility comes out.
“Is there anything different in what I’m doing to sharing an article on social media or signing a petition?” The answer has to be yes, but the comparison shows a lot about the unease Del Naja feels about putting himself on a pedestal; of shouting louder than the rest. He wants their platform to be used to amplify the voice of the crowd as much as their own, and more than that he wants it to have a purpose. Occupy may not have brought power into the hands of the 99% all on its own, but the determination to make a difference is still audible in his voice, and any sense of frustration is due only to the scope of his ambition. Ultimately, when the show sets in and the messaging is underscored by a discography like Massive Attack’s, it’s impossible to see it as just another newsfeed. The data may be overwhelming, but there’s truth in there somewhere.