06/04/2014

Ban Ki-moon en Centrafrique


A peine de retour à Bangui, et le secrétaire général de l'ONU nous rend une petite visite...

Après avoir visité des camps de déplacés et rencontré les autorités, M. Ban Ki-moon est venu saluer ses équipes des différentes agences des Nations Unies et a meme entonné quelques mots en songo à l'attention des employés centrafricains de l'ONU, sous les applaudissements généraux. Il s'est rendu au Bureau Intégré des Nations Unies pour la Centrafrique, où nous l'avons rencontré après une longue discussions avec les représentants de la mission française Sangaris et de la MISCA.

Il a ensuite donné une courte conférence de presse.

L'essentiel de son propos a été d'appeler à éviter un nouveau massacre et une situation déjà qualifiée par beaucoup d'ONG de défense des droits de l'homme d' "épuration ethnique", à l'heure où le monde entier a les yeux tournés vers le Rwanda pour les commémorations des 20 ans du génocide.

--

Pour en savoir plus, le site de RFI :

http://www.rfi.fr/afrique/20140405-centrafrique-ban-ki-moon-appelle-centrafricains-empecher-nouveau-genocide/


mediaLa présidente centrafricaine de la transition Catherine Samba-Panza accueille le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon à l'aéroport de Bangui, le 5 avril 2014.PHOTO/MIGUEL MEDINA



Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, en route pour Kigali où il doit participer aux célébrations du 20e anniversaire du génocide rwandais, a effectué ce samedi une visite surprise à Bangui. Une visite destinée à afficher la détermination des Nations unies à déployer une force de maintien de la paix en Centrafrique. Devant le Parlement provisoire à Bangui, Ban-Ki-moon a lancé un appel aux leaders centrafricains pour qu'ils empêchent un nouveau génocide en Afrique.
 
Dans un discours à la tribune du Conseil national de transition (CNT), le Parlement provisoire à Bangui, Ban Ki-moon a déclaré : « D'ici je vais directement à Kigali pour commémorer le 20e anniversaire du génocide rwandais », tout en ajoutant « C'est votre responsabilité à tous - en tant que leaders - d'assurer que nous n'aurons jamais à commémorer un tel anniversaire en Centrafrique. Ne répétez pas les erreurs du passé, n'oubliez pas d'en tirer les leçons ». 

« Une épuration ethnico-religieuse est une réalité » en Centrafrique, a souligné Ban Ki-moon. «De nombreux membres de la minorité musulmane ont fui. Musulmans et chrétiens sont exposés à un danger mortel du simple fait de leur appartenance à une communauté ou de leur croyance », a précisé le secrétaire général des Nations unies. 
« La communauté internationale a fait défaut aux Rwandais il y a 20 ans. Et nous risquons de ne pas en faire assez pour les Centrafricains aujourd'hui », a poursuivi Ban Ki-moon devant les parlementaires centrafricains, tout en soulignant que « des crimes atroces sont commis » en Centrafrique.

« La sécurité de l'État a cédé la place à un état d'anarchie », a déclaré le secrétaire général des Nations unies, qui a félicité les forces de l'Union africaine et les forces françaises dont « l'action rapide a pu empêcher à ce jour le pire », mais dont les moyens sont « insuffisants ». Ces forces sont « submergées par l'ampleur des besoins », a également précisé Ban Ki-moon.

Remplacer les soldats tchadiens

Ban Ki-moon s’est aussi exprimé au sujet du désengagement des forces tchadiennes de la Misca, annoncé jeudi par Ndjamena et qui s’est concrétisé dès vendredi par le départ de 200 militaires de Bangui. 

« Effectivement, cela pourrait causer un vide, compte tenu du nombre de contingents présents dans le pays », a affirmé le secrétaire général des Nations unies, qui s’est entretenu à ce propos avec le président tchadien Idriss Deby. « Je lui ai dit qu’il fallait qu’il travaille en coopération avec l’Union africaine et les Nations unies, afin de mettre en place une procédure de retrait, qui permettrait de causer le moins de difficultés possibles sur le terrain », a précisé le secrétaire général de l’Onu.

Les 850 soldats tchadiens de la Misca sont déployés dans des villes du nord du pays, où ils assurent la sécurité de plusieurs milliers de musulmans encore présents. Leur départ brutal, sans solution préalable pour les remplacer, pourrait avoir de graves conséquences sur ces populations, toujours menacées par les anti-Balaka.

Ban Ki-moon a par ailleurs annoncé que le Conseil de sécurité des Nations unies était sur le point d’autoriser une nouvelle opération de maintien de la paix en Centrafrique, qui serait composée d’environ 12 000 hommes. Une nécessité qui passera, selon le numéro un des Nations unies par une détermination sans faille des Centrafricains.

01/04/2014

Sur les Docks - France Culture - Rendez-vous le 16 avril




Sur les docks

Sur les docks

Syndiquer le contenupar Irène Omélianenko
Emission Sur les docks
du lundi au jeudi de 17h à 17h55 Durée moyenne : 53 minutes

--

Mon projet de ce semestre - l'un des projets, le plus personnel, est ce documentaire à diffuser sur France Culture le 16 avril prochain, dans l'émission SUR LES DOCKS. Il est consacré à la notion de citoyenneté chez les enfants français de parents étrangers.

Pour écouter:

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/sur-les-docks-14-15/votants-premiere-generation-5106869


En filigrane, quelques questions : qu'est-ce que la chose publique? qu'est-ce qu'être citoyen ou le devenir? Est-on forcément différent parce qu'on est d'ailleurs? Comment s'implique-t-on en politique quand on est enfants de non-citoyens? Les étrangers sont-ils concdamnés à etre exclus du processus de sélection de leur représentants meme à l'échelon local?

--
« Première Génération » 

Un documentaire d’Anna Szmuc et Melissa Chemam. 
Prise de son : Yves Lehors et Alexandre James.



Il y a les noms et les couleurs. Les noms qui font que vos voisins pensent automatiquement que vous n’êtes pas d’ici. Les couleurs, de cheveux, de peaux, de regards, qui attirent la curiosité voire parfois l’hostilité, dans une France dont on dit de plus en plus qu’elle exclut ceux qui sont arrivés les derniers... Nés en France, ces « enfants d’étrangers » sont français, citoyens, et donc en théorie électeurs. Ils sont des ‘primo-votants’ un peu spéciaux, la « première génération » de leur famille à participer aux scrutins français. Alors que les partis politiques débattent encore du droit de vote des étrangers aux élections locales, les élections municipales de 2014 se sont organisées une fois de plus sans le droit de vote aux élections locales pour les étrangers, pourtant promis depuis les années 1980 par le Parti socialiste. Et cette première génération a dû dans ce contexte se prépare à voter.

Comment forme-t-on ses opinions politiques quand il n’y a pas de tradition dans la famille, que l’on a obtenu le droit de voter en France que n’ont pas nos parents? Le rôle de l’école devient-il primordial, des journaux, de l’expérience sociale et professionnelle ? D’où viennent les influences politiques ? Vote-t-on de la même façon que les citoyens de plusieurs générations ? Et s’implique-t-on autant dans la vie civique ? Tel est le questionnement de ce documentaire qui va à la rencontre de différent acteur de notre vie politique, nés de parents étrangers, mais aussi de citoyens ordinaires de la banlieue parisienne.


Colombes, quartier des Fossés-Jean



Avec :

Fazia, Sonia et sa fille Elsa
Moussa Sylla, éducateur du Centre socio-culturel d’Asnières, et les enfants Amine, Manal, Séphora
Maxime Verner, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2012
Abdel-Malik Djermoune, fondateur du Parti de la Banlieue à Aubervilliers, et Sadia Djerroud, responsable au sein du parti
Nourdine Mohamed, directeur du Centre social et culturel des Fossés-Jean à Colombes, avec Sarah, Ouria et Nicolas
Octave Nitkowski, auteur de « Le Front National des villes et le Front National des champs. La France perd le nord », éditions Jacob-Duvernet, 184 p., 17,90 euros
Samira Brahmia, chanteuse



Octave Nitkowski a intégré Sciences Po Paris à 17 ans après avoir travaillé sur la présence du FN dans sa ville pendant deux ans sur son blog puis à travers cet essai. Les tomes II et III paraîtront bientôt.



Le livre et les 89 propositions de Maxime Verner ont été consultés par plusieurs députés grace à son immense investissement et sa campagne pour l'éligibilité à 18 ans





"Springfield", le préfabriqué du Centre socio-culturel d'Asnières où Moussa est revenu travailler après y avoir été lui-meme aidé des années plus tot. Les enfants l'ont rebaptisé ainsi, du nom de la ville où vivent les personnages des "Simpsons", le fameux dessin animé américain...



Maxime Verner nous cite l'exemple du film "Mayrig" d'Henri Verneuil : "La France pour un étranger ou un fils d'étranger, ce sera toujours un peu au dessus", constate-t-il...


--

Rendez-vous le 16 avril sur France Culture dans l'émission Sur Les Docks :

http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-%C2%AB-votants-premiere-generation-%C2%BB-2014-04-16#comments



30/03/2014

DOULEUR EN CAPITALE

 Je relis Paul Eluard, une envie dans l'air du temps...


Capitale de la douleur


Poésie

"Ta chevelure d'orange dans le vide du monde
Dans le vide des vitres lourdes de silence
Et d'ombres où mes mains nues cherchent tous tes reflets.

La forme de ton coeur est chimérique
Et ton amour ressemble à mon désir perdu.
O soupirs d'ambre, rêves, regards.

Mais tu n'as pas toujours été avec moi. Ma mémoire 
Est encore obscurcie de t'avoir vu venir
Et partir. Le temps se sert de mots comme l'amour."





21/03/2014

FACES FROM BANGUI: IDPs FROM SAINT-JEAN DE GALABADJA


Beautiful encounters at Saint-Jean de Galabadja in Bangui, one day after the visit in Bangui of WFP's executive director, Mrs Ertharin Cousin. Distribution have started again yesterday at the church where is an IDP camp and a few location for school teaching with partner Unicef.

A few portraits of the people I met :



 Little Chris and his mum Charlie:



--



The "school" at the internally displaced people's camp, Bangui, 8th district:



Josephine just arrived at the camp from PK5, a troubled area where fightings are still ongoing, and must wait until she gets registred before she get more food... 


And WFP staff posing here with the kids from Saint-Jean de Galabadja:


--

20/03/2014

WFP PR: Forgotten Crisis In CAR Rapidly Deteriorating Into A Neglected Tragedy, WFP Head Warns



executive director meets local and international staff on her first visit to - photo:

--


BANGUI – United Nations World Food Programme (WFP) Executive Director Ertharin Cousin today witnessed alarming food insecurity and malnutrition in Central African Republic (CAR) amid a deadly combination of violence and insufficient funding for the humanitarian response.
“Today I heard harrowing stories from ordinary women and children of losing their families in the violence and traumatic attacks that forced them to flee,” Cousin said after a visit to the northwestern town of Bossangoa. “I am humbled by their strength in these desperate times. We simply cannot deny them the assistance they need, especially after all they have endured.”
“The entire population, not only the displaced, is affected and live in a precarious food situation. The people of CAR particularly women and children need us now. We must act before the rains exacerbate the tragic situation,” she said. “We must not wait until pictures of skeletal, severely underweight, children document our failure and neglect.”
Cousin took part in a joint seeds and food distribution programme, with the UN Food and Agriculture Organization. “If we miss the planting season, starting in April, the families will have no harvests because they have run out of food. We must provide food, so that families are not forced to eat the seeds to survive.”
“Donors are providing help to millions of Syrians entering a fourth year of conflict. Then, there are rising demands in South Sudan,” Cousin said. “But we simply cannot tell a child in Bossangoa that we can’t help because she isn’t as important as a child anywhere else.”
So far this year, despite immense logistical and security challenges, WFP has provided food to more than 250,000 people per month in CAR, including specialized nutritious foods to help prevent malnutrition among children.
But the scale of the disaster requires deeper engagement from the international community.  In the coming weeks most roads will become impassable with the rainy season. The rains will also increase the risk of diarrhoea and illness for tens of thousands of displaced people in unsanitary, makeshift camps.
“We must make sure this largely forgotten crisis doesn’t become a neglected tragedy,” Cousin said.            
With only 35 percent of funding secured for its CAR emergency operation through August, WFP has been unable to pre-position stocks required for life-saving assistance during the rains and the annual lean season when food from the last harvest runs out.
Insecurity along the road corridor from Cameroon to Bangui forced WFP to airlift 1,800 metric tons of rice. With the escort of the African-led peace-keeping mission, MISCA, the flow of food supplies by road has resumed but may be interrupted should security deteriorate.
“Security is the major concern. The international community must step up to help the government of CAR end violence. Humanitarian access is a priority,” said Cousin.
The disaster in CAR has hugely impacted neighbouring countries. More than 290,000 people have fled the country into Chad, the Democratic Republic of Congo (DRC), Cameroon and the Republic of Congo. WFP and other humanitarian agencies are short of funds and food assistance may be disrupted in Chad and in DRC if new contributions are not received.
#                              #                                 #
WFP is the world's largest humanitarian agency fighting hunger worldwide.  Each year, on average, WFP feeds more than 90 million people in more than 70 countries.
Follow us on Twitter @wfp_media and @wfp_WAfrica

19/03/2014

CAR crisis: calm and life back in the capital Bangui


Insight into Bangui's daylife and market business on my Twitter account:

--

: Food, including fruits and vegetables are back on central market, but in small quantities:

--

Sylvie sells fish at 's central market. She is back selling but hopes to see more buyers - photo:

CAR: Muslims Struggle In Northern Town - my article for WFP

English version


CAR: Displaced Muslims Struggle To Keep Going In Northern Town


Before the crisis, more than 8,000 Muslims lived in the town of Bossangoa, in the northwest of the Central African Republic. There are now less than a thousand. Since January they have been relying on humanitarian assistance to survive, counting the days between one distribution and the next.
By Melissa Chemam

Copyright : WFP/Melissa Chemam

BOSSANGOA, Central African Republic -- Scared and frequently traumatized by their experiences, most of Bossangoa's remaining Muslim community want to escape the violence in their own country and find refuge in Chad or Cameroon.
“Of my 15 family members, ten have managed to leave for Chad. They were evacuated in January,” says mother-of-three Aishatou, explaining that she had to stay behind with her three daughters and her grand-daughter Samzam as there was not enough room in the convoy.
Before the violence broke out, her family had its own house in a normal neighbourhood. But they have been living at a Bossangoa school, the Ecole Liberté, with many other Muslims since September. It is the only place in Bossangoa where Muslims have been able to take refuge since the beginning of the crisis.
Aishatou still hopes to take her daughters and granddaughter to Chad, or at least to CAR's northern border -- the only place in the country she thinks she would be safe. They hope to “come back some day” and live again in their own home in Bossangoa.

Surviving on food aid

Since their arrival at the school, the family has been able to survive with the support of the World Food Programme. “We have received a bag of rice, some maize flour, oil, sugar and even some soap,” says Aishatou’s daughter Habiba, looking at her own daughter playing with other kids in the school yard.
Before the crisis deteriorated, Bossangoa's Muslim community lived in peace with the rest of the population. Most of them were traders at the local markets. Originally from Chad, many were married with local women.
Abbot Dieudonne Yanfeibona, who works with WFP at the main food distribution site in Bossangoa, recalls how the violence started in September after the Muslim Seleka militia attacked the town.
Then, in December, “anti-balaka” groups started attacking the Muslim communities in retaliation. “We have never been through such a crisis before,” he says, “with so many direct attacks against civilians”.
The Abbot is still worried about the few hundred Muslims left at the school. “It will take time for the local Christians to forgive, and some of the anti-balakas want me to push the retaliation further”. Every day, he sees attacks against Muslim women. In fact, they need to be escorted by the African-led force MISCA to go to the local markets.  

Houses looted

The mosque was set on fire two months ago and its imam, Ismail Nafi, is living at the school camp too, along with his deputy Mahamat Adjaro and secretary Hamid Mango. “All our houses have been looted or destroyed,” he explains. The small market where Muslims used to sell vegetables and meat was also destroyed.
“WFP has been the only resource for our community,” the imam adds. “But it won’t be enough as trade has been very much affected and livestock slaughtered”.
The crisis is far from over. Most Muslims want to flee Bossangoa, but some are still arriving. Among the new arrivals are Hamad and his children. The children’s mother is not there because she was murdered by anti-balakas in February while they were living in Bangui.
After that, they fled the capital and came to Bossangoa, where the remaining Muslims helped them, sharing some of their food supplies with them.
WFP continues food distributions to all displaced people in CAR in need of assistance. Since January, around 250, 000 people have received food assistance in the country each month, including the Muslim people of Bossangoa.
--

Link:
http://www.wfp.org/stories/car-displaced-muslims-struggle-keep-going-northern-town

MON ARTICLE SUR LES MUSULMANS DE BOSSANGOA POUR LE PAM


A Bossangoa, les musulmans déplacés à l’école Liberté comptent les jours et les vivres


Avant la crise, plus de 8000 musulmans vivaient dans la ville de Bossangoa, au nord-ouest de la République centrafricaine. Ils sont à présent moins de 1000. Apeurés, traumatisés, la plupart d’entre eux veulent eux aussi partir pour fuir les violences, vers le Tchad et le Cameroun, ou du moins à l’extrême nord du pays vers la frontière tchadienne. Depuis janvier, ils ne vivent que grâce à l’aide humanitaire, et comptent les jours et les vivres.
Melissa Chemam

Aishatou et sa famille
Copyright : WFP/Melissa Chemam

Les violences en Centrafrique ont engendré des déplacements de populations massifs, dans les communautés musulmanes comme chrétiennes. Près de 950 000 personnes sont déplacées dans le pays selon le Haut Commissariat aux Refugiés de l’ONU (HCR), et 80 000 sont partis au Tchad, 62 000 en R. D. Congo, 35 600 au Cameroun et 10 800 en République du Congo. 
Mère de trois enfants, Aishatou espère aussi quitter l’Ecole Liberté, le seul lieu qui a pu accueillir les musulmans de Bossangoa depuis le début de la crise. Son mari et celui de sa fille, Habiba, ont fui vers le Tchad, mais elle, ses trois filles et sa petite-fille ont dû rester; il n’y avait pas de place pour tout le monde dans les convois. 
« Nous vivons ici, au sein de l’école qui nous sert de refuge, depuis septembre dernier. Avant cela, toute notre famille vivait dans le quartier de Sembe. Sur les quinze membres de ma famille, dix sont partis au Tchad; ils ont été évacués en janvier », raconte Aishatou, entourée de sa fille Habiba et sa petite-fille Samzam, cinq ans.
« Il n’y avait pas assez de place pour nous tous dans le convoi; tellement de gens sont partis en même temps… ».
Aishatou espère pouvoir partir rapidement au Tchad, elle aussi, avec le reste de la famille, le temps que la sécurité revienne dans le pays pour les musulmans. 
Ensuite, elle espère que « toute la famille pourra revenir ». 
Depuis l’automne, la famille vit grâce à l’aide du Programme alimentaire mondial (PAM). Elle a reçu une ration de nourriture en janvier dernier qui leur permet de vivre et de gérer le quotidien. « Nous avons reçu du riz, de la farine de maïs, de l’huile, du sel, mais aussi du savon », raconte Habiba, regardant sa fille jouer avec les autres enfants qui vivent dans le camp de l’école.
Avant la crise de septembre et la bataille de décembre, les Musulmans de Bossangoa y vivaient en paix. Ils étaient commerçants ou éleveurs de bétail. Originaires du Tchad pour nombre d’entre eux, la plupart étaient mariés avec des Centrafricaines, ajoute l’Abbé Dieudonné Yanfeibona, qui travaille avec le PAM sur le principal site de distribution de nourriture à l’évêché. Les premières distributions ont démarré en octobre. L’Abbé se rappelle comment les violences ont débuté en septembre quand les milices Seleka à dominance musulmane ont attaqué Bossangoa. En décembre, les milices autoproclamées d’autodéfense et nommées anti-balaka ont ensuite commencé à attaquer les communautés musulmanes de la ville, en représailles. 
« Nous n’avions jamais connu une telle crise auparavant », regrette l’Abbé, « avec de telles attaques contre les civils ». L’Abbé s’inquiète d’ailleurs toujours pour le sort des quelques centaines de musulmans de la ville qui restent à l’Ecole Liberté, car selon lui « il faudra beaucoup de temps pour que les Chrétiens d’ici pardonnent et certains anti-balakas promettent de poursuivre leur vengeance ». Chaque jour, il voit de plus des attaques contre les femmes musulmanes qui ont désormais régulièrement besoin d’être escortées par les forces africaines de la MISCA pour se rendre sur les marchés locaux où elles avaient l’habitude de travailler. 
La mosquée a quant à elle été complètement détruite il y a deux mois. L’imam Ismaïl Nafi  vit aussi à l’Ecole Liberté, tout comme son adjoint Mahamat Adjaro et son secrétaire Hamid Mango. « Toutes nos maisons ontété pillées ou détruites », explique-t-il. Le petit marché où les musulmans vendaient des légumes et de la viande a aussi été brûlé et détruit en décembre. « Et le PAM a été la seule ressource pour notre communauté pendant tout ce temps », ajoute l’imam Nafi, « mais cela ne suffira pas car le commerce a été très affecté et le bétail tué ». 
La crise n’est pas finie. Alors que la plupart des Musulmans veulent fuir Bossangoa, d’autres y arrivent encore, comme la famille d’Hamad. Il travaillait à Bangui avec sa femme et ses enfants, mais elle a été assassinée par des anti-balakas en février dernier. La famille a dû fuir la capitale. Il sont ainsi arrivés à Bossangoa où, au moins, la petite communauté musulmane qui y existe encore les a accueillis, partageant une peu de la nourriture distribuée restante avec eux.  
Le PAM continue ses distributions alimentaires pour les déplacés dans la ville mais aussi dans tout le pays pour ceux qui ont besoin d’aide. Depuis janvier, 250 000 personnes par mois ont reçu de la nourriture dans le pays dont 8 000 musulmans à Bossangoa, 32 000 autres en avaient reçu en décembre dans cette ville dévastée, principalement des chrétiens. 

--