07/09/2014

Erevan, Charleroi, Tel Aviv dans Metropolis ce dimanche sur Arte


Une émission qui m'emporte à 100%, dans ces lieu comme dans ces thèmes :

04/09/14


Dossier métropole : Erevan, capitale de l’Arménie – Une métropole en transition

Jadis, Erevan constituait un carrefour entre l’Orient et l’Occident.

Eriwan avec la montagne Ararat

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Erevan est une des plus vieilles villes du monde. Avec 1,2 million d’habitants, c’est la capitale de l’Arménie et la plus grande ville de cet Etat du Caucase d’à peine 3 millions d’habitants. Jadis, Erevan constituait un carrefour entre l’Orient et l’Occident.

La ville d’aujourd’hui garde encore les traces des réfugiés du génocide perpétré par les Turcs ainsi que des décennies de domination soviétique. La cité et sa vie culturelle semblent hésiter entre le carcan de l’Histoire et un vent nouveau qui souffle depuis peu.
Il y a bien longtemps qu’elle a fait sa mue, la cité idéale créée dans les années 1920 dans un style stalino-classiciste par Alexander Tamanian, architecte arménien formé à Saint-Pétersbourg. Aujourd’hui, buildings d’acier et de verre, zones piétonnes, boutiques de luxe et terrasses de café ont changé le visage d’Erevan.

Mais derrière l’affichage d’un capitalisme clinquant, la culture locale reste engoncée dans les vieilles structures soviétiques. Toujours dépendante de Moscou sur le plan économique, l’Arménie a du mal à envisager son avenir. D’autant que la croissance et les investissements sont fortement entravés par les coteries entre gouvernement et oligarques. Depuis 1989, année de l’indépendance, un million d’Arméniens a quitté le pays pour l’Europe et les Etats-Unis.

Metropolis a rencontré des artistes qui sont restés, ou qui, après avoir séjourné au loin, sont revenus dans leur capitale pour faire bouger les lignes. Car les plus récentes institutions culturelles d’Erevan doivent beaucoup à la diaspora arménienne. Comédien et réalisateur, Armen Sargsian a ainsi créé la troupe de théâtre Epsidon. 
Lilit Bleyan, journaliste et violoniste née en 1978 à Erevan, a connu le succès dès son premier album, « Waiting Trains ». 
Quant à Arpenik Mouradian (27 ans), elle a d’abord étudié le design à Paris avant d’ouvrir son atelier dans la capitale arménienne. 
Enfin, le Mkhitar Sebastatsi Educational-Complex placé sous la direction d’Ashot Bleyan est bien décidé à favoriser l’émergence d’une société civile portée par l’éducation, l’art et la culture. Cette initiative est basée à « Bangladesch », ville satellite d’Erevan où une scène artistique et culturelle indépendante a vu le jour. 
par Claudia Kuhland
Edité le : 21-07-14
Dernière mise à jour le : 04-09-14

Liens : http://www.arte.tv/fr/dossier-metropole-erevan-capitale-de-l-armenie-une-metropole-en-transition/7890810.html

Extrait : http://www.arte.tv/guide/fr/051481-008/metropolis


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Ballades en mode mineur : la musicienne belge Mélanie de Biasio
Mélanie de Biasio a récemment sorti son deuxième album, « No Deal ». A 35 ans, elle a déjà un disque d’or à son palmarès. Sa voix fascine, à la croisée de la pop et du jazz. La presse musicale n’hésite d’ailleurs pas à comparer son timbre d’alto à Billie Holiday, Nina Simone, Joni Mitchell ou Beth Gibbons. Ballades sombres et méditatives, incantations à la densité atmosphérique, variations slow motion, phrasé inventif…Mélanie de Biasio signe des mantras qui font croire que le temps s’est arrêté. Metropolis a rencontré la chanteuse à Charleroi, une ancienne cité minière où elle avoue avoir plus appris qu’au Conservatoire royal de Bruxelles.
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Entre passé et présent : les voyages dans le temps de la photographe israélienne Orly Zailer
Qui suis-je ? Quelles sont mes origines ? Qui étaient mes ancêtres ? Comment vivaient-ils ? Que pensaient-ils ? que ressentaient-ils ? Quels sont les traits que je tiens d’eux ? Que se passe-t-il donc quand nous nous glissons dans la peau de ceux qui nous ont précédés ? Orly Zailer a choisi une approche pour le moins insolite pour questionner l’identité par l’expérience photographique. Elle reconstitue de vieilles photos de familles en convoquant les enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants des personnes présentes sur les originaux. Ce voyage dans le temps a commencé lorsqu’Orly Zailer a découvert une photo datant des années 1970 où ses parents affichent un bonheur éclatant. 40 ans plus tard, l’artiste endosse le rôle de sa mère et se photographie avec son compagnon dans une mise en scène similaire. « The Time Elapsed Between Two Frames », le temps qui passe entre deux images, c’est le nom de son projet où elle ramène dans le présent toute la magie d’un instant du passé, confrontant au passage ses protagonistes à leur histoire familiale et aux destins de ceux qui les ont prédécédés.

Entre passé et présent : les voyages dans le temps de la photographe israélienne Orly Zailer

Le but du projet de Zailer : ramener dans le présent toute la magie d’un instant du passé.

„The Time Elapsed Between Two Frames“

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Qui suis-je ? Quelles sont mes origines ? Qui étaient mes ancêtres ? Comment vivaient-ils ? Que pensaient-ils ? Que ressentaient-ils ? Quels sont les traits que je tiens d’eux ? Que se passe-t-il donc quand nous nous glissons dans la peau de ceux qui nous ont précédés ?

Orly Zailer a choisi une approche pour le moins insolite pour questionner l’identité par l’expérience photographique. Elle reconstitue de vieilles photos de familles en convoquant les enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants des personnes présentes sur les originaux. Ce voyage dans le temps a commencé lorsqu’Orly Zailer a découvert une photo datant des années 1970 où ses parents affichent un bonheur éclatant. 40 ans plus tard, l’artiste endosse le rôle de sa mère et se photographie avec son compagnon dans une mise en scène similaire.

« The Time Elapsed Between Two Frames », le temps qui passe entre deux images, c’est le nom de son projet où elle ramène dans le présent toute la magie d’un instant du passé, confrontant au passage ses protagonistes à leur histoire familiale et aux destins de ceux qui les ont prédécédés.

Lien :

Un article de Spiegel Online du 22 avril 2014 sur ce projet (en allemand)

Bonus Web : Orly Zailer parle de la vérité de la photographie (vidéo en anglais).

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05/09/2014

Algérie et Arménie réunies à Venise



Algérie

http://www.armenews.com/mot.php3?id_mot=590

cinéma-Italie-festival-Mostra

Mostra : Algérie et Arménie, deux tragédies en résonance avec le fracas du monde

Venise, 31 août 2014 (AFP) - La guerre d’Algérie et le génocide arménien sont au coeur de deux films touchants et réalistes, entrés en compétition dimanche à la Mostra de Venise, et qui sont étrangement en résonance avec le fracas du monde actuel.

Loin des hommes“, deuxième long-métrage du Français David Oelhoffen, est l’un des films les plus attendus de la Mostra, et pas seulement pour la présence à l’écran du charismatique Viggo Mortensen, à la célébrité planétaire depuis son rôle d’Aragorn dans le “Seigneur des Anneaux“.

Le film, qui s’inspire de la nouvelle d’Albert Camus “L’hôte“, issu du recueil “L’exil et le royaume“, se déroule dans les montagnes de l’Atlas en 1954, au début de ce qui deviendra la guerre d’Algérie.

La rébellion grondant dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes du massif algérien.

Le premier, Daru (Viggo Mortensen), est un instituteur venu d’Espagne, qui parle français et arabe, et qui apprend le français à des enfants algériens. Le second, Mohamed (Reda Kateb), est un villageois accusé de meurtre.

Leur destin bascule quand Daru est chargé d’escorter Mohamed jusqu’au village voisin pour y être jugé et à coup sûr exécuté. Poursuivis par des cavaliers algériens réclamant vengeance et par des colons français revanchards, les deux hommes se révoltent.

“Le texte de Camus est très court et d’une beauté extraordinaire. Il y a un désert, un prisonnier, quelqu’un qui doit escorter un prisonnier. Il parle aussi de l’engagement politique et de la difficulté d’y voir clair dans un monde où la violence éclate et emporte tout“, a expliqué David Oelhoffen en conférence de presse.

De fait, la violence est partout dans ce film, et dans les deux camps.

L’armée française en prend pour son grade, notamment dans une scène qui montre des Algériens se faire tuer par des soldats français alors même qu’ils se rendent. 

“C’est un crime de guerre“, leur dit Daru.

Cela peut-il raviver certaines plaies de part et d’autre de la Méditerranée  ? “Il n’y a pas de volonté de controverse et si c’était le cas, ce serait bien malgré moi“, s’est défendu le réalisateur. “C’est facile, 60 ans plus tard, de juger la colonisation, qui est une impasse historique. Il se trouve que dans cette région de l’Atlas, en 1954, l’armée française a abattu une cinquantaine d’Algériens, c’est un fait historique. Il faut montrer les choses comme elles se sont passées“, a-t-il ajouté.

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- “Les Arméniens l’attendaient“ -

Autre film, autre période, mais thématique similaire. “The Cut“, signé Fatih Akin, est le troisième volet d’une trilogie “l’amour, la mort et le diable“ du réalisateur allemand d’origine turque. Il nous plonge cette fois en 1915, en plein génocide arménien.

Une nuit, le jeune Nazareth Manoogian est enlevé à sa famille par des gendarmes turcs. Après avoir survécu à l’horreur du génocide des années plus tard, il apprend que ses deux filles jumelles sont vivantes.

Il décide de partir à leur recherche et rencontre pendant son périple des personnes diverses, bienveillantes ou maléfiques.

Tahar Rahim, César du meilleur acteur en 2010 pour “Un Prophète“ de Jacques Audiard, incarne ce père qui ne capitule jamais. Sa prestation a été particulièrement remarquée sur le Lido, le plaçant parmi les favoris pour une place au palmarès de la Mostra qui sera révélé samedi.

“C’est le film que les Arméniens attendaient. Cela a pris du temps, la première génération a dû survivre, la deuxième a dû vivre et la troisième réagir et clamer ce qu’elle devait clamer“, a déclaré l’acteur français d’origine arménienne Simon Abkarian, qui figure au générique.

“Je pense qu’un seul film est insuffisant pour raconter une telle histoire. Le gouvernement turc est toujours très conscient de ce qui se dit au cinéma sur la question arménienne et il y a des lobbies turcs qui savent intervenir quand il le faut“, a-t-il affirmé face aux journalistes.

Par Franck IOVENE
AFP


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Bandes-annonces :


The Cut



Loin des hommes


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Sorties France : le 14 janvier 2015


04/09/2014

Festival America, du 11 au 14 septembre, Vincennes



Du 11 au 14 septembre

Festival America

Vincennes, Val-de-Marne, Ile-de-France
En accueillant près de soixante-dix écrivains des États-Unis et du Canada, cette 7e édition célèbrera la relation qui unit la France à l’Amérique du Nord. Et pour la première fois dans l’histoire du festival, des écrivains français prendront part aux rencontres et aux débats.
Ainsi des auteurs des deux côtés de l’Atlantique pourront partager leurs visions et leurs idées.
Pour la première fois, America s’associera avec le Livre sur la place, qui se déroulera le même week-end à Nancy, une initiative accompagnée par le CNL.

Le Centre national du livre labellisera aussi deux rencontres à America, dimanche 14 septembre à 17h :
L’AMOUR DE LA LANGUE FRANÇAISE
Cette langue, c’est elle qui unit les trente-trois millions de francophones qui vivent aujourd’hui en Amérique du Nord. C’est encore elle qui les unit aux Français et à tous ceux qui parlent cette langue de par le monde. Elle est notre culture commune. Elle est notre bien commun, le véhicule de nos idées et de nos émotions, de nos histoires et de nos rêves. Des écrivains partagent leur amour des mots et de la littérature écrite en français.
• Avec Dany Laferrière, Herménégilde Chiasson, Zachary Richard et Perrine Leblanc
PORTRAITS DE FEMMES
Tout comme l’homme, la femme tient une place de choix dans la littérature. Il y a mille et une façons d’être une femme, dans les livres comme dans la vie. Des écrivains partagent leur regard sur la féminité et sur leurs personnages.
• Avec Henry Kénol, Yanick Lahens, Wally Lamb, J. Courtney Sullivan


"The Cut" de Fatih Akin en compétition à Venise, fresque turco-arménienne sur grand écran de par le monde



Article publié sur le site de RFI :
CINÉMA 

«The Cut», une fresque de Fatih Akin sur le génocide arménien

media« The Cut » de Fatih Akin.Gordon Muehle Bombero International
    Le cinéaste allemand d’origine turque Fatih Akin est entré en compétition à la 71e Mostra de Venise avec son nouveau film. The Cut se trouve parmi les vingt productions qui briguent le Lion d’or et c’est l’un des films les plus attendus du festival.




    Huit ans, c’est le temps qu’il a fallu à Fatih Akin pour faire aboutir son projet sur le génocide arménien. Un sujet tabou en Turquie, pour lequel le cinéaste a dû affronter de multiples obstacles, entre autres l’impossibilité de trouver un acteur turc pour jouer le personnage principal du film.
    C’est donc le Français Tahar Rahim qui incarne Nazareth, un jeune maréchal ferrant, laissé pour mort par l’armée turque en 1915. Lorsqu’il rentre chez lui, il découvre que sa famille a été massacrée, à l’exception de ses deux filles.
    The Cut est une ode à la souffrance du peuple arménien. Une fresque à l’ancienne, didactique, mais sans subtilité, très mélodramatique, avec des dialogues et des effets de style appuyés. Ici les Turcs parlent le turc, mais les Arméniens conversent en anglais. Un parti pris très artificiel, mais c’était sans doute le prix à payer pour que le film et grâce à lui, la reconnaissance du génocide arménien, bénéficie d’un rayonnement international.The Cut sera-t-il projeté en Turquie? Fatih Akin l’espère, mais rien n’est moins sûr.
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    27/08/2014

    Dernier reportage pour les Matins d'Eté 2014 de France Culture : traductrice et passeuse de livres


     Dernier reportage pour les Matins d'Eté de France Culture... L'été est toujours trop court!

    Reportages matins d'été
    Chronique Reportages matins d'été
    du lundi au vendredi de 7h23 à 7h29
    Ecoutez l'émission6 minutes

    Rosie Pinhas-Delpuech, auteur, traductrice et passeuse de textes

    27.08.2014 - 07:23 Ajouter à ma liste de lecture
    C'est l'heure de la rentrée littéraire. En France, un tiers des romans publiés entre août et octobre sont des romans étrangers traduits, mettant en lumière le rôle des traducteurs, en particulier pour les langues dites rares. Ces découvreurs sont aussi des passeurs de textes.
    Cette année, les éditeurs français se sont passionnés par des littératures de plus en plus lointaines, venues du monde arabe et de Turquie par exemple, au point de former de plus en plus de traducteurs de la langue turque.
    Le Centre nationale du livre a ainsi mis en place des projets de formation exceptionnels et une Ecole de Traduction.  
    Rencontre avec Rosie Pinhas-Delpuech, traductrice du turc et de l'hébreu, dd'auteurs tels Yaacov Shabtaï, Etgar Keret et Sait Kaik Abasiyanik, auteur elle-même et co-directrice de cette Ecole de Traduction Littéraire.
    Un reportage de Mélissa Chemam.

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    Sur Rosie Pinhas- Delpuech : 

    Eléments de bibliographie : 
    Anna – Une histoire française
    Insomnia
    Suites byzantines

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    26/08/2014

    Nigeria, Ghana, USA, UK... Voyageons avec Taiye Selasi et son 'Ravissement des innocents'


    Et mon article sur ce meme livre pour Toute la Culture :

    http://toutelaculture.com/livres/fictions/le-ravissement-des-innocents-sublime-roman-dun-retour-aux-origines-entre-afrique-et-amerique/





    Sublime roman d’un retour aux origines, entre Afrique et Amérique

    Un premier roman fleuve, foisonnant, qui emporte dès les premières pages au cœur de cette famille dispersée du Ghana aux Etats-Unis en passant par Londres, le Mali et le Nigeria,  ‘Le Ravissement des innocents’, ‘Ghana Must Go’ en anglais original, livre une fresque d’un style très fort, porté par une écriture à la fois moderne et poétique, un des incontournables de la rentrée littéraire.

    Les quatre enfants du Docteur Sai ont tous une face exceptionnelle. Un aîné exceptionnellement doué pour la chirurgie, comme son père, Olukayode, dit Olu, deux jumeaux d’une extrême beauté comme leur mère, Kehinde et Taiwo, et une petite dernière, Sadie, qui a survécu grâce à son père à une naissance qui la condamnait, brillante étudiante, elle aussi. Une fratrie qui impose le respect, fascine par sa réussite et incarne une véritable apologie de l’immigration contemporaine américaine. Car Kweku Sai s’est installé aux Etats-Unis pour étudier la médecine et oublier son Ghana natal. Et sa sublime femme, Fola, elle Nigériane, descendante d’une riche famille dont la lignée est marquée par le personnage de la grand-mère écossaise, Maud, mais aussi de nombreux traumatismes, est d’accord avec lui. Le couple impose le respect et a tout pour nager dans le bonheur dans le froid décor des hôpitaux d’un Boston contemporain.

    Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. Il s’en est fallu de peu, mais lorsque les quatre enfants nous sont présentés au début de ce roman qui capte par sa beauté stylistique dès les premières lignes, ils sont éparpillés, et comme leur mère Fola le ressent jusque dans son propre corps, ils cachent tous une blessure originelle, liée au départ de ce père respecté, adoré, idéalisé, c’est selon.

    Le premier chapitre est en lui-même un tournant : Kweku, médecin acclamé aux Etats-Unis, est désormais retourné vivre au Ghana, et sur le seuil de sa mort. Sa vie a eu raison de sa force hors norme, qui lui a permis de surmonter des obstacles épais, et de s’extraire de la misère où il est né. Or ce matin-là, il se lèvera pour mourir. Son cœur va lâcher, et il se retrouve seul dans son jardin, sa nouvelle femme dormant profondément dans leur chambre chaude, méditant sur ses erreurs et ses manques. Des trois parties du roman, la première, intitulée ‘Le Retour’, relate à la fois les derniers instants de cet homme sorti de sa chambre trop tôt un matin, sans ses pantoufles, saisi par une crise cardiaque, et les étapes de sa vie qu’il revoit défiler, avec un art narratif rare, fin, profond, poétique, qui sublime le sens de ces événements à la fois universels (la séparation d’une famille, les relations frères – sœurs, la fin d’un amour, l’injustice et l’immigration) et particulièrement intimes, rendus dans toute leur unicité.

    Une épopée familiale moderne prise dans la dualité amour / mort

    Le livre s’ouvre sur une présentation des noms ghanéens et nigérians ainsi qu’un arbre généalogique, mais nul besoin de croire que cette histoire va nous perdre. Bien au contraire. Peu de romans familiaux trouvent aussi rapidement un tel sens.

    Kweku, comme rattrapé par le destin de sa famille pauvre laissée derrière lui au Ghana, frappée par de nombreuses morts précoces dont celle de sa petite sœur – les  désignés « ravissements des innocents », est en effet tombé de son piédestal, victime d’une injustice professionnelle, et s’est fait renvoyer de l’hôpital devenu le pilier de sa nouvel vie d’homme. Et il ne l’a pas supporté. Alors il a fui. Sa femme, la brillante et belle Fola, qui a abandonné ses propres études de droit pour l’épauler et construire leur famille, doit alors s’occuper seule de leurs quatre merveilleux enfants.

    Que ces personnages sont beaux. Doués, complexes, forts de leurs faiblesses, les quatre enfants du docteur ont – chacun à leur façon – été traversés par cette absence du père. L’aîné allait entrer à l’université quand leur père les a abandonnés ; la petite dernière n’était qu’une enfant. Amenés à se retrouver autour de l’enterrement  au Ghana, les parcours restés hermétiques pour le reste de la fratrie vont devoir se connecter de nouveau, malgré les souffrances cachées de chacun.

    Leurs histoires et chemins respectifs nous mènent ainsi tour à tour à Brooklyn, Londres, Bamako ou encore Lagos, sans jamais perdre le lecteur, un tour de force diégétique. Se développent ainsi une épopée familiale, et une réflexion sur l’acceptation ou la haine de soi, un choix qui se pose devant chaque migrant, et d’autant plus aux yeux de ses enfants, et qui rejoint là une problématique profonde de la littérature américaine. Le roman plonge aussi dans une double interrogation : sur l’amour et sur la mort : « On ne peut continuer à perdre ses proches et à l’accepter », se demande Fola, « s’ils continuent à mourir (…) – pourquoi l’amour ? », insiste-t-elle. Olu, lui, apprend, malgré sa peur extrême de l’abandon, par son professeur, qu’une « relation n’a d’autre sens que la mise en scène condensée du drame de la vie et de la mort. (…) Un jour l’amour tiédit. (…) Ainsi l’homme apprend que la mort est une réalité ». 

    Et avec cette dualité vient aussi une réflexion sur l’identité, ce que ‘être’ veut vraiment dire, à travers la quête perpétuelle des jumeaux par exemple, Taiwo à la souffrance trop enfouie, incapable d’être à la hauteur d’elle-même, de sa beauté et de ses nombreux talents, et Kehinde, l’artiste qui ne sait pas s’il arrive vraiment à vivre. « Celui qui a honte n’a jamais l’impression d’être chez lui », constate Taiwo, une fois au Ghana paternel.


    Saluons aussi l’exceptionnelle traduction de Sylvie Schneiter, qui rend admirablement ce texte en français, un livre qui a connu un succès retentissant l’an dernier en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, où Taiye Selasi, née à Londres de parents ghanéen et nigérian comme ses personnages, est à 34 ans déjà devenue un des auteurs prometteurs de la littérature anglophone actuelle.



    'Le Ravissement des innocents' / Ghana Must Go by Taiye Selasi - extract in English



    Ghana Must Go by Taiye Selasi – extract

    In this extract from the author's novel about a family torn apart by events, a student encounters US misconceptions of Africa
    • The Guardian
    Dr Wei started also, his deep, bossed gong laugh. "I say this to say that I admire the culture, your culture, its respect for education above all. Every African man I have ever encountered in an academic setting excelled, barring none. I haven't met a single lazy African student, or a fat one for that matter, in 40 years here. I know it sounds crazy, we laugh, but believe me. I teach undergraduates. I see it every day. African immigrants are the future of the academy. And the Indians." He paused here to finish his tea.
    1. Ghana Must Go
    2. by Taiye Selasi
    1. Tell us what you think:Star-rate and review this book
    While Olu sat, smiling, an odder thing still: to be enjoying Dr Wei's conversation. Ling had always reviled him as arrogant, unyielding, charming to a point and indifferent beyond. She'd never gone home for vacation in college, finding overseas community service work to do instead. She'd skipped her sister's wedding so as not to see her father, and ignored the man's calls when they came, twice a year, the one – September second – for an off-key "Happy Birthday," the other Chinese New Year for "Kung Hei Fat Choy." Olu knew better than to probe, and he didn't, for 15 years almost had never once asked: honey, why don't we drive out to Newton to see them? or what did he do to you? Never once asked. And Ling didn't either: what had happened to his father, why they'd never been to Ghana (they'd been everywhere else), why he'd balked only recently at an email from Fola inviting them for dinner on Christmas? Instead, they hung there between them, in Allston, New Haven, now a 10-minute walk from where Olu once lived: all the questions and heartbreaks, unanswered, untreated, just left there to dry in the silence and sun.
    So Olu was shocked now to find himself smiling, at ease with this man whom Ling hated so much. There was something even appealing about Dr Wei's manner, the efforts of the fastidious mathematician to make friends. As smug as he seemed, the hair smoothing betrayed him: Dr Wei was self-conscious, of what was unclear. Perhaps of the accent that coated his consonants, a threat to the facile delivery, the r's? Perhaps of the slightness of build, further slighted by nearness to Olu's own wide-chested frame? Perhaps of the sadness alive in his pupils, as present as laugh lines around his bright eyes? Or of something else, dark, Olu couldn't see what, but could sense that this man was no stranger to shame. And was opening his mouth to say "Interesting" or suchlike when Dr Wei smoothed down his hair and went on.
    "You know, I never understood the dysfunctions of Africa. The greed of the leaders, disease, civil war. Still dying of malaria in the 21st century, still hacking and raping, cutting genitals off? Young children and nuns slitting throats with machetes, those girls in the Congo, this thing in Sudan? As a young man in China, I assumed it was ignorance. Intellectual incapacity, inferiority perhaps. Needless to say I was wrong, as I've noted. When I came here I saw I was wrong. Fair enough. But the backwardness persists even now, and why is that? When African men are so bright? as we've said. And the women, too, don't get me wrong, I'm not sexist. But why is that place still so backward? I ask. And you know what I think? No respect for the family. The fathers don't honor their children or wives. The Olu I knew, Oluwalekun Abayomi? Had two bastard children plus three by the wife. A brain without equal but no moral backbone. That's why you have the child soldier, the rape. How can you value another man's daughter, or son, when you don't even value your own?"
    Olu was silent, too startled to speak.
    "You can't." Dr Wei opened his hands: QED. "Your mother, for example.Ms Savage. Not Mrs. With a  different last name than yours.
    Sai. Is that right? I'm assuming – and it is just an assumption, I acknowledge – that your father left your mother to raise you alone?"
    Olu sat, frozen, too angry to move.
    "Exactly. And there's your example. Your father. The father is always the example." He paused. "Now you may say, 'No, no, I'm not like my father –' "
    "No," Olu mumbled.
    "And that's what you think, but –"
    "I'm just like my father. I'm proud to be like him." Just barely a whisper through Olu's clenched teeth. Dr Wei, caught off guard, tipped his head and looked at Olu – who, hands and chest trembling, looked steadily back. Said, "He's a surgeon like I am, the best in his field," and the rest in an outpour, one soft seething rush: "The problem isn't Ling wants to marry an African. It's not that she's marrying me, and she will. No, the problem is you, Dr Wei. Your example. You're the example of what they don't want. Both of them, Ling and Lee-Ann, and why is that? Why aren't there pictures of them in your place? What was it, 'the father is always the example'? Both of your daughters prefer something else."
    Ling appeared now in her coat, holding Olu's.
    Aaaaaaa-men. "Lacrimosa," the choral climax.
    Dr Wei cleared his throat, but before he could speak Ling grabbed Olu and left. Out the door, just like that.

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