18/09/2014

NIGERIA : Ce soir sur RFI : Interview de Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International France, sur l'usage de la torture dans l'armée nigériane


Les policiers et les militaires nigérians torturent couramment des hommes, des femmes et des adolescents – parfois âgés de seulement 12 ans – c'est ce que démonter encore un rapport, celui d'Amnesty International, publié ce jeudi (18 septembre).

L'armée et la police nigérianes on régulièrement recours à diverses méthodes telles que les coups, les blessures par balle et le viol, selon ce nouveau rapport intitulé « Bienvenue en enfer ». Il détaille les opérations « coups de filet » au cours desquelles des personnes sont arrêtées puis torturées à titre punitif ou pour leur extorquer de l'argent ou leur arracher des « aveux » dans le but de « résoudre » plus rapidement les affaires.

Geneviève Garrigos est la présidente d'Amnesty International France. Elle détaillera les conclusions de ce rapport et les recommandations d'Amnesty, dans Afrique Soir sur RFI, à 20h30 heure de Paris, 18h30 TU, au micro de Mélissa Chemam.


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AMNESTY INTERNATIONAL
COMMUNIQUÉ DE PRESSE

AILRC-FR
Sous embargo jusqu'au jeudi 18 septembre 2014

           Nigeria. La torture dénoncée dans un nouveau rapport

Les policiers et les militaires nigérians torturent couramment des hommes,
des femmes et des adolescents – parfois âgés de seulement 12 ans – au moyen
de diverses méthodes telles que les coups, les blessures par balle et le
viol, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public
jeudi 18 septembre 2014.


Intitulé « Bienvenue en enfer ». Torture et mauvais traitements au Nigeria,
ce rapport détaille les opérations « coups de filet » au cours desquelles
des personnes sont arrêtées puis torturées à titre punitif ou pour leur
extorquer de l'argent ou leur arracher des « aveux » dans le but de «
résoudre » plus vite les affaires.


« Ces pratiques vont bien au-delà des tortures et des homicides dont sont
victimes les membres présumés de Boko Haram. Dans tout le pays, l'ampleur
et la gravité des tortures infligées aux hommes, femmes et enfants
nigérians par les autorités censées les protéger sont insoutenables même
pour les observateurs des droits humains les plus endurcis », a déclaré
Netsanet Belay, directeur de la recherche et du travail de plaidoyer à
Amnesty International.


« La torture n'est pas considérée comme un crime aux termes du droit
nigérian. Le Parlement de ce pays doit immédiatement adopter une loi
érigeant la torture en infraction. Cette mesure est attendue de longue date
et rien ne saurait justifier un nouveau retard. »


Rédigé à partir de centaines de témoignages et d'éléments de preuve
recueillis pendant 10 ans, le rapport d'Amnesty International dénonce
l'institutionnalisation du recours à la torture au sein de la police et les
violences systématiques commises par l'armée dans un pays dont la
Constitution interdit la torture mais qui n'a toujours pas adopté de
législation prohibant cette pratique.


Ce rapport révèle aussi que la plupart des personnes arrêtées sont détenues
au secret – sans contact avec l'extérieur, que ce soit avec leurs avocats,
leurs familles ou les instances judiciaires.


La torture fait tellement partie du système de maintien de l'ordre au
Nigeria que de nombreux postes de police disposent d'un agent
officieusement désigné comme « chargé de torture ». L'éventail des
techniques utilisées est effrayant et comprend notamment l'arrachage
d'ongles ou de dents, la suffocation, les décharges électriques et les
violences sexuelles.


Par exemple, Abosede, âgée de 24 ans, a raconté à Amnesty International les
méthodes révoltantes de la police, qui ont provoqué chez elle des lésions
permanentes :


« Une policière m'a emmenée dans une petite pièce et m'a ordonné de me
déshabiller. Elle m'a écarté les jambes et m'a tiré du gaz lacrymogène dans
le vagin […] Ils voulaient me faire avouer que j'avais commis un vol à main
armée […] Je saignais […] Aujourd'hui encore, je souffre de douleurs dans
l'utérus. »


L'armée nigériane se rend elle aussi coupable de violations des droits
humains du même type et procède à des milliers d'arrestations dans le cadre
de ses opérations de recherche de membres de Boko Haram.


Mahmood, un jeune garçon de 15 ans vivant dans l'État de Yobe, a été arrêté
par des soldats avec une cinquantaine d'autres personnes, principalement
des garçons âgés de 13 à 19 ans. Il a raconté à Amnesty International que
les militaires l'avaient gardé en détention pendant trois semaines,
l'avaient frappé à maintes reprises à coups de crosse, de matraque et de
machette, lui avaient versé du plastique fondu sur le dos, l'avaient fait
marcher ou rouler sur des tessons de bouteille et l'avaient contraint à
assister aux exécutions extrajudiciaires d'autres détenus. Il a finalement
été libéré en avril 2013.


Dans l'État de Yobe, des soldats ont même arrêté et frappé un garçon de 12
ans ; ils lui ont versé de l'alcool dessus, l'ont forcé à nettoyer du vomi
à mains nues et l'ont piétiné.


« Les soldats arrêtent des centaines de personnes, cherchant celles qui ont
des liens avec Boko Haram, puis torturent les suspects durant un processus
de « tri » qui ressemble à une chasse aux sorcières du Moyen-Âge », a
déclaré Netsanet Belay.


« L'ampleur de la torture s'explique en partie par le fait que personne, y
compris dans la hiérarchie, n'est tenu de rendre compte de ses actes. Le
Nigeria doit changer radicalement de manière de procéder ; il doit
suspendre de leurs fonctions tous les agents contre lesquels il existe des
allégations crédibles de torture, enquêter de manière approfondie sur ces
allégations et veiller à ce que les tortionnaires présumés soient traduits
en justice. »


Dans la plupart des cas d'allégations de torture aux mains de forces de
sécurité qu'Amnesty International a étudiés, aucune enquête satisfaisante
n'a été menée et rien n'a été fait pour poursuivre en justice les auteurs
présumés.


Lorsque des enquêtes internes à la police ou à l'armée sont effectivement
ouvertes, leurs conclusions ne sont pas rendues publiques et leurs
recommandations sont rarement suivies. Sur les centaines de cas examinés
par Amnesty International, aucune victime de torture ou d'autres mauvais
traitements n'a reçu une indemnisation ni aucune autre forme de réparation
de la part de l'État nigérian.


Le gouvernement du Nigeria est conscient du problème et a créé, au cours de
ces 10 dernières années, au moins cinq commissions présidentielles et
groupes de travail sur la réforme du système judiciaire et l'éradication de
la torture. Toutefois, la mise en œuvre des recommandations qui en ont
découlé est d'une lenteur désespérante.


« Le message que nous adressons aujourd'hui aux autorités nigérianes est
clair : ériger la torture en infraction, mettre un terme à la détention au
secret et enquêter pleinement sur les allégations de violences », a déclaré
Netsanet Belay.


« Ce serait un premier pas important vers la fin de cette pratique odieuse.
Il est grand temps que les autorités nigérianes prouvent qu'elles peuvent
être prises au sérieux à ce sujet. »

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AMNESTY INTERNATIONAL
FAITS ET CHIFFRES

AILRC-FR

Nigeria. Le double discours sur la torture
Bien que le Nigeria interdise la torture et les autres mauvais traitements dans sa Constitution et que le pays ait ratifié de nombreux instruments internationaux relatifs aux droits humains qui prohibent cette pratique, les autorités continuent de fermer les yeux sur la torture et ne l'ont pas érigée en infraction dans le droit national. Les Faits et chiffres ci-dessous donnent une idée de l'ampleur du problème et de l'inaction durable du gouvernement.
La torture en chiffres
5 000  nombre minimum estimé de personnes ayant été incarcérées depuis 2009 (début des opérations militaires contre le groupe armé Boko Haram), dont beaucoup ont subi des actes de torture et d'autres mauvais traitements
500 – nombre d'entretiens réalisés par Amnesty International avec des victimes de la torture, des détenus, leurs proches, des défenseurs des droits humains et des avocats pendant ses recherches
20  – nombre de missions de recherche d'Amnesty International au Nigeria sur lesquelles s'appuie ce rapport
12 – nombre de méthodes courantes de torture recensées dans le rapport d'Amnesty International
7 – nombre d'années écoulées depuis que le rapporteur spécial des Nations unies contre la torture a conclu que la torture était « intrinsèquement liée au mode de fonctionnement de la police au Nigeria » et a recommandé qu'elle soit érigée en infraction
7 – nombre d'instruments internationaux interdisant la torture auxquels le Nigeria est partie et qu'il n'applique pas
2 – nombre d'années depuis lesquelles une loi érigeant la torture en infraction est en attente d'examen devant le Parlement nigérian
1 – nombre, dans certains postes de police nigérians, d'agents officieusement responsables de la torture, connus sous le nom de « chargés de torture »

EXPOSITION PASCAL MAITRE A LA MEP : AFRIQUE(S)


Pascal Maitre, auteur de cette incroyable photo prise à Mogadiscio, Somalie :


© Pascal Maitre / Agence Cosmos



PASCAL MAITREAFRIQUE(S)




MAISON EUROPÉENNE DE LA PHOTOGRAPHIE


Lien : http://www.mep-fr.org/evenement/pascal-maitre/

Pascal Maitre se définit avant tout comme photojournaliste, reporter. Sa photographie fixe le monde, témoigne ; elle est son moyen d’expression pour raconter des histoires.
Pour cette première exposition à la Maison Européenne de la Photographie, Pascal Maitre nous livre quelques unes de ces histoires, comme autant d’extraits de reportages de ses expéditions.
Parmi les 40 pays d’Afrique qu’il a si souvent parcourus, 13 d’entre eux se retrouvent dans sa sélection pour la MEP : Somalie, Erythrée, Niger, RDC Congo, Rwanda, Sierra Leone, Cameroun, Mali, Tchad, Soudan, Burkina Faso, Sao Tomé et Madagascar. Des zones difficiles d’accès mais que Pascal Maitre parvient toujours à franchir.
La ténacité d’un grand reporter.
Pourtant la photographie de Pascal Maitre se révèle tout autant artistique et graphique, que journalistique. Son travail sur les couleurs n’est ni gratuit ni anodin.
Elles servent l’histoire qu’il nous raconte. Elles se fondent ou au contraire se confrontent comme ces vérités paradoxales d’une Afrique qu’il connaît bien. Nettes, franches, brutes, ces couleurs traduisent l’approche directe, frontale et immersive de Pascal Maitre.
“Faire une belle photo, c’est être capable d’être là où ça se passe. Ce qui veut dire anticiper une situation (…) Quand je travaille, c’est comme une plongée. Quand c’est fini, je respire.”
Sur l’Afrique, Pascal Maitre est l’un des seuls à couvrir tous les thèmes s’y rapportant. Ils sont imbriqués tels des strates qui révèlent toute la complexité d’une Afrique plurielle : la nature, les croyances -qui masquent le manque de protection-, l’aspect économique et le travail, les conflits et ses conséquences, mais également la vie nocturne.
Car en Afrique, la vie ne s’arrête jamais.
Récompensé par de nombreux prix, réalisateur de plusieurs photo-reportages pour de prestigieuses publications internationales (Géo, Paris Match, Elle, L’Express, en France, également Geo et Stern en Allemagne, ou encore National Geographic aux Etats-Unis…), Pascal Maitre est également l’auteur de cinq ouvrages : Mon Afrique (en 2000), Madagascar, voyage dans un monde à part (en 2001), La France du Rugby et Sahara, l’économie du rien(en 2006), ainsi que Incroyable Afrique (en 2012).  
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A lire dans Paris Match et sur son site : http://www.parismatch.com/Culture/Art/L-art-explose-a-Kinshasa-593204


RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
L'ART EXPLOSE À KINSHASA

« OzoniSation », c’est le nom de la performance de Julie Djikey. Boîtes de conserve en guise de soutien-gorge, corps enduit d’huile de moteur et de cendre de pneus brûlés.© Pascal Maître

Le 14 septembre 2014 | Mise à jour le 14 septembre 2014

Pascal Maitre et la Maison européenne de la photo rendent hommage à l’Afrique, nouvelle terre promise des créateurs.

Elle avance nue, le corps enduit d’un mélange d’huile de vidange et de cendres. En guise de soutien-gorge, des filtres pour moteurs. Sur le dos, un réservoir d’essence. Entre les mains, un volant relié à une petite voiture faite de bric et de broc qu’elle pilote dans les embouteillages de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, un monstre de 10 millions d’habitants. Julie Djikey est une jeune photographe et performeuse. Elle a baptisé son show « OzoniSation ». Curieusement, les passants ne se scandalisent guère. Sculpteur à Brazzaville, de l’autre côté du fleuve, Sigismond Kamanda Ntumba Mulombo souligne le lien profond du travail de Julie avec la tradition. Il rappelle qu’au Kasaï, « la femme adultère repentie faisait amende en arpentant nue le village », et que « les patientes atteintes de maladies psychosomatiques paradaient enduites de pigments végétaux ».

Fuyant la misère et la guerre civile, ce sont aujourd’hui plus de 380 ethnies qui peuplent « Kin ». Chacune respecte ses rites. Ce qui ne les empêche pas d’en faire des spectacles. Les danseurs de Kpou Ambitri – visage peint en blanc avec des points rouges, pénis enveloppé de paille – se produisent aussi bien lors de cérémonies tribales qu’à l’occasion de festivals populaires où ils se font payer. Proches des milieux d’avant-garde ou simples exécutants de chorégraphies millénaires, ils savent qu’ils ne peuvent échapper à leurs origines. « Notre art, répètent les uns et les autres, ne sert qu’à une chose, contenter nos ancêtres pour qu’ils nous protègent dans cette vie qui ne nous offre aucune protection. » Dans ce pays, l’un des plus pauvres du monde, l’économie informelle représente 80 % du PIB. Pour trouver le franc quotidien, il faut déployer une énergie folle. Toujours être en éveil, en mouvement, pour dégotter la combine, l’arnaque. L’art fait partie de cette stratégie de la survie.
Vieux baroudeur de l’Afrique profonde, le photographe Pascal Maitre a été emporté par le dynamisme des artistes kinois : « Ils gambergent très loin parce qu’il leur faut se démarquer. C’est la seule condition pour qu’on te remarque, que tu attires un public et puis, peut-être, un producteur. » L’art africain contemporain explose. La première foire qui lui a été consacrée, à Londres, à l’automne 2013, ne mentionnait même plus son origine géographique, se contentant comme intitulé d’un énigmatique « I.54 ». Un continent, 54 pays. L’Afrique se réveille. A Kinshasa, on est fier d’être à l’origine de ce renouveau qui s’offre des expérimentations délirantes tout en demeurant très ancré dans le quotidien et l’imaginaire locaux. « Tout commence en 1970, avec l’exposition “Art partout” », explique André Magnin, le directeur artistique de la Contemporary African Art Collection, la collection privée de Jean Pigozzi, héritier d’une célèbre marque automobile française.
« Après les années 1960 et l’indépendance, poursuit Magnin, l’exercice des arts n’est plus l’apanage des élèves de l’Académie officielle. La critique découvre un genre particulier, le fruit de jeunes artistes soucieux de l’environnement et de la mémoire collective. Ils produisent une nouvelle forme de peinture figurative mettant en scène la vie quotidienne. Toute la population s’y reconnaît. » Ils se revendiquent « artistes populaires ». Plusieurs sont devenus des stars mondiales. Chéri Samba, 57 ans, a commencé comme peintre d’enseignes publicitaires, puis est passé à la bande dessinée avant d’inventer la peinture « à bulles ». Des textes viennent renforcer la portée sociale de son message : « Mes racines, c’est le peuple. »
Il accroche régulièrement ses tableaux sur la façade de son atelier. La population kinoise prend l’habitude de venir commenter l’« actualité » qu’il traite avec des couleurs vives et un sens éminent de la satire. En 1982, Jean-François Bizot, le fondateur de Radio Nova, l’invite à Paris. En 1989, Chéri participe à l’expo culte organisée à Beaubourg et à la Villette, « Magiciens de la terre ». Depuis, il a exposé partout. Il s’est mis en scène avec Picasso, histoire, dit-il, de rendre hommage à tous les peintres anonymes africains pillés par le cubisme. Il n’hésite pas à déclarer : « Je ne crois pas être si loin de Michel-Ange. » Moke, né en 1950, se définissait comme le « peintre reporter de l’urbanité ».
Scènes de bar, rencontres galantes, fêtes, disputes, transports publics, cérémonies, André Magnin parle d’« une culture populaire dans toute sa vigueur, effervescente, chahuteuse, drôle et parfois amère ». Moke est mort d’une crise cardiaque en 2001. La veille, il buvait une bière avec son vieux pote Chéri Samba. « Se démarquer, se faire remarquer », Chéri Chérin en est le champion. Ce plasticien a débuté sa carrière artistique avec la Sape (Société des ambianceurs et des personnalités élégantes). Au pouvoir de 1965 à 1997, le dictateur Mobutu, en proie à une crise d’anti-occidentalisme, a voulu imposer aux hommes le port de la veste à col Mao et manches courtes – l’« abacos », pour « à bas le costume ».

« CES ARTISTES L’AIMENT TOUJOURS, LEUR BIDONVILLE DE VILLE ! »

En réaction, des jeunes Kinois ont décidé de se saper comme des dandys extravagants. Trois-pièces signés des meilleurs tailleurs de Savile Row ou de Milan, Weston ou Berluti aux pieds, le tout obtenu par des combines plus ou moins avouables, les « sapeurs » ont accédé très vite à la célébrité mondiale. Certains en ont tiré profit. Cherin, lui, y a trouvé son nom : Créateur Hors (série) Expressionniste Remarquable INégalable (CHERIN). Les maquettes géantes de villes futuristes que Bodys Isek Kingelez réalise avec des matériaux de récupération (carton, Plexiglas) valent aujourd’hui des dizaines de milliers de dollars. Bien qu’il se soit longtemps ressourcé dans son village natal, Kingelez, qui rêve d’« améliorer la vie jusqu’au merveilleux », s’éloigne délibérément des représentations que trop de gens ont encore, d’après lui, du continent noir.
Le peintre Pierre Bodo est de la même génération. Les plus grands musées ont montré son travail : Grimaldi Forum de Monaco en 2005, Guggenheim de Bilbao en 2007. Il dit s’inspirer uniquement de ses rêves, « de façon à ne plus me fixer sur des sujets spécifiquement africains ». Il veut « s’adresser au monde entier ». Et pourtant, un de ses principaux thèmes est la sorcellerie, qu’il dénonce. Face aux turpitudes du destin (guerre, sida, malnutrition), le retour de la chasse au Malin s’est imposé pour le plus grand plaisir des sectes évangélistes (protestantes) ou charismatiques (catholiques) qui en ont fait un business juteux. Depuis les années 1990, ce sont les enfants qui font les frais de leurs « cures de nettoyage des âmes ». Trop pauvres pour les nourrir, de nombreuses familles les accusent de leur porter la poisse. Pointés par les pasteurs comme des « enfants sorciers », ils sont chassés de chez eux. Ils seraient une trentaine de milliers dans les rues de « Kin ». A peine sortis des jupes de leur mère, beaucoup acceptent leur rôle de coupable sacrificiel.
« La nuit, j’ai 30 ans et j’ai 100 enfants », confie un bambin. Qui ajoute : « J’ai aussi tué tous les enfants pas encore nés de ma mère. » C’est un véritable maléfice qui s’est emparé de la cité en ruine. « Presque tous ces mecs [les artistes reconnus] ont peur d’être empoisonnés par leurs proches », explique Pascal Maitre.
Exceptionnel sculpteur ne travaillant qu’avec des petites cuillères de métal glanées par les enfants des rues, ardent défenseur de la cause des femmes violées, Freddy Tsimba, 47 ans, évite de manger avec sa famille. Chéri Samba ne sort jamais de chez lui. Pareil pour l’« architecte-maquettiste », fervent admirateur de la culture américaine, qui revendique son mépris pour les folles nuits de Matonge, le quartier chaud qui a fait la réputation festive de la capitale de la RDC : « Vous ne pouvez pas penser le futur quand la musique est aussi forte. » Mais ils l’aiment toujours, leur bidonville de ville ! Sinon, pourquoi y resteraient-ils ? Ils ont de l’argent maintenant, un maximum de contacts dans les pays riches. Ils sont « accros » à « Kin ». A sa rage de survivre, son ironie bravache face aux sales coups, l’intensité de ses fêtes dès qu’il s’agit de célébrer un bon moment. Kinshasa, ses mirages, ses miracles.
Rachel Mwanza s’est retrouvée à la rue à l’âge de 10 ans. Elle se prostituait quand elle a été choisie pour participer à un documentaire sur les enfants de la rue. Un metteur en scène canadien, Kim Nguyen, tombe sur le reportage. Il prépare une fiction sur les enfants soldats, « Rebelle ». Rachel sera sa principale interprète. En 2012, à 15 ans, elle décroche, à Berlin, l’Ours d’argent de la meilleure actrice. 
En 2003, Ricky était un sans-abri qui traînait avec une bande de handicapés. La poliomyélite continue à faire des ravages en Afrique. Il est un peu plus vieux que ses copains qui le surnomment « Papa Ricky ». Ils bricolent vaguement de la zik, mixant de la rumba avec des rythmes reggae et funk. Et puis, ils se lancent. Ils n’ont vraiment rien à perdre. Ils appellent leur groupe le Staff Benda Bilili, ce qui veut dire en lingala « Regarde au-delà des apparences ». Sur les huit musiciens, cinq se déplacent avec des béquilles ou en chaise roulante. Ils ont bricolé un instrument, le « satongé », une boîte de conserve reliée à un arc en bois. « Des sonorités de l’au-delà », s’exclameront les critiques quand le succès viendra. Très vite. Ce sont les pionniers de la « tradimusique ». Suivront Basokin, Konono N° 1, Handi-Folk. Ils répétaient au zoo de Kinshasa. Cinq ans plus tard, les Benda Bilili jouent sur la Croisette pendant le Festival de Cannes. Dans la foulée, ils sortent leur premier album : « Très très fort ». Chéri Samba insiste : « L’art doit changer la vie. »
Jusqu’au 2 novembre à la Maison européenne de la photographie.
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Scotland // Somaliland : mon reportage de 2011 à Hargeisa, 20 ans après le oui à l'indépendance


Comme le nord du Royaume-Uni, le nord de la Somalie souhaite être indépendant. Il a meme voté très largement pour le "Yes" lors d'un referendum en 1991, mais l'autoproclamation n'est pas reconnu.

A (re)lire :



Le Somaliland s'est proclamé indépendant il y a 20 ans


     A partir de ce mercredi,  au Somaliland et un peu partout dans le monde, les Somaliens de cette région séparatiste célèbrent les 20 ans de l'auto-proclamation de leur indépendance par rapport à Mogadiscio, le 18 mai 1991. 20 ans que la région s’administre de manière autonome et connaît la paix contrairement au reste de la Somalie. Le 30 mai 2001, 97% de ces habitants ont même voté en faveur de l’indépendance… Coopérant avec les Nations Unies sur de nombreux dossiers somaliens, tels que la lutte anti-piraterie, la région espère un jour être reconnue par la communauté internationale, comme l’est actuellement le Sud-Soudan ou comme le fut récemment le Kosovo. Reportage à Haigeisa, la capitale de la région.

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Hargeisa, capitale du Somaliland… C’est ici que siège depuis 20 ans le gouvernement de cette région du nord de la Somalie, qui s’est proclamée indépendante le 18 mai 1991. 



Sur la place principale d’Hargeisa, tout le monde se dit en faveur de l’indépendance… Comme Ahmed, étudiant.

« En Somalie, il y a toujours des combats, des tueries même, ils sont encore en train de massacrer leur peuple. Ici, nous sommes en paix ! J’espère que la communauté internationale reconnaitra notre indépendance. Vu que les Somaliens sont toujours en train de se battre, moi, je suis très très content de ne plus faire partie de la Somalie ».

En 2010, la dernière élection présidentielle du Somaliland s’est déroulée dans le calme, et sans aucune contestation. Ce miracle démocratique vaut à la région d’être surnommée le « secret le mieux gardé d’Afrique »...



Beaucoup d’habitants de la région expliquent cette différence radicale avec le reste de la Somalie par une culture distincte, comme Abdelrahmane, également étudiant à l’Université d’Hargeisa.

« Ce sont deux nations différentes, vraiment, et je crois que c’est parce que le Somaliland est devenu indépendant en 1960 de la colonisation du protectorat britannique alors que le reste de la Somalie était colonisée par les Italiens ».

Le pays dispose de son propre gouvernement, mais aussi de forces de sécurité, d’un système judiciaire, d’une monnaie, et même d’un drapeau.

Pour le Ministre de l’Information,  Ahmed Abdi Mahmoud, ce sont ces succès institutionnels que la communauté internationale devrait considérer pour reconnaître l’indépendance de la région.
  
« En Somalie, tout le monde veut être président mais nous ne sommes pas comme ca, nous avons créer des lois et des projets de lois pour nommer le président et lui nomme les ministres, nous avons aussi un Parlement et une chambre des aînés, nous sommes vraiment différents. Les Somaliens eux n’y arrivent pas, et ce depuis 21 ans ».

Malgré cela, le Somaliland reste pauvre, et son économie dépend a plus de 50% de l’agriculture et de l’élevage des nomades…

Et la reconnaissance internationale reste à conquérir alors que les grandes puissances refusent d’admettre l’échec et la partition de la Somalie…

            Melissa Chemam, à Hargeisa, pour BBC Afrique


17/09/2014

Chad's new anti-gay penal code part of "terrible" trend



Chad's new anti-gay penal code part of "terrible" trend

Rights activists are calling on Chad to scrap plans to criminalise homosexuality.
The Robert F. Kennedy Center for Justice and Human Rights is urging Chadian President Idriss Déby to reject proposed changes to the penal code.
Under those changes, gays and lesbians could spend up to 20 years in jail.
Kerry Kennedy, the president of the Robert F. Kennedy Center, says sending homosexuals to jail is a violation of Chad's own constitution

Listen to the audio:

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Kofi Annan mobilisé dans la lutte contre Ebola


EBOLA SANTÉ ET MÉDECINE ETATS-UNIS 

Ebola: Barack Obama dévoile le plan d’aide américain. Kofi Annan lance un appel.

Kofi Annan mobilisé dans la lutte contre Ebola
Aujourd'hui membre du groupe The Elders et président de sa propre fondation, la Fondation Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a publié une tribune sur Ebola. Il s'insurge de l'action insuffisante des gouvernements des pays développés tout en saluant les récentes déclarations cubaines et américaines. Il lance un appel urgent à une augmentation de l'aide et spécifiquement aux envois de personnels qualifiés. Un appel qui intervient à moins de 48 heures de la réunion, prévue jeudi, au Conseil de sécurité de l'ONU.


Ce qui est important c’est d’avoir du personnel, des médicaments et des protections pour le personnel soignant. Si les gouvernements peuvent fournir cela, c’est très important. C’est pour cela que j’ai suggéré que l’on envoie des groupes formés qui peuvent travailler tout de suite, en équipe.
kofi AnnanAncien secrétaire général de l’ONU16/09/2014 - par Mélissa ChemamÉcouter

L'ONU, OCHA, demande un milliard de dollars pour contrer Ebola


Dernier point sur RFI :
ONU EBOLA 

Un milliard de dollars nécessaires pour contrer Ebola

mediaUn panneau de prévention du virus Ebola dans les rues d'Abidjan, en Côte d'Ivoire.REUTERS/Luc Gnago
    L'ONU a affirmé, mardi 16 septembre, que désormais près d'un milliard de dollars sont nécessaires pour lutter contre Ebola en Afrique de l'Ouest, soit le double des fonds demandés il y a moins d'un mois. Les Nations unies tablent à présent sur 20 000 cas d'ici la fin 2014. Près de la moitié des fonds seront destinés au Liberia. La fièvre hémorragique Ebola a ainsi tué 2461 personnes en Afrique de l'Ouest depuis le début de l'année.
    Lors d'une réunion à huis clos à Genève, la responsable des opérations humanitaires des Nations unies, Valérie Amos, a averti que « la capacité des trois principaux pays affectés - Guinée, Liberia et Sierra Leone - à répondre aux besoins essentiels de la population est sur le point de s'effondrer ».
    Valérie Amos, responsable des opérations humanitaires des Nations unies, le 16 septembre à Genève.REUTERS/Denis Balibouse
    Valerie Amos a rappelé que les trois pays sont dans des situations d'après-guerre et sont excessivement menacés par l'épidémie. Elle a souligné trois risques majeurs :
    « En premier lieu, nous devons prévenir le risque d'un effondrement complet des systèmes de santé des pays affectés. Nous estimons que plus de personnes sont mortes d'effets secondaires ou de maladies contractées après Ebola - comme le paludisme, la tuberculose et des maladies chroniques, ou pendant des accouchements difficiles -, que d'Ebola même. Deuxièmement, la sécurité alimentaire dans les pays touchés est très inquiétante, alors qu'il s'agit de pays parmi les plus pauvres du monde. Troisièmement, la question sanitaire et la gestion de l'eau vont être critiques. »
    Ocha, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, va mettre son expertise en matière de coordination au service d'un nouveau plan d'action : un plan qui lie les différentes agences de l'ONU, les gouvernements des pays touchés, les ONG impliquées et les partenaires occidentaux.
    Les détails de ce plan restent très vagues :
    - Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a commencé à acheminer de l'aide à 1,36 million de personnes dans les trois principaux pays affectés par l'épidémie, et attend « les contributions pour continuer à monter en puissance » ;
    - De son côté, le comité d'urgence de l'OMS sur Ebola est chargé de « réévaluer la situation » et de « décider si des mesures temporaires supplémentaires doivent être prises pour réduire la propagation internationale » de l'épidémie. Ses conclusions sont attendues en fin de semaine.

    16/09/2014

    CHAD: RFK Center urges Chad to reject anti-LGBT revisions to penal code


    Following yesterday's news on RFI:

    RFK Center
    RFK Center urges Chad to reject anti-LGBT revisions to penal code

    (September 16, 2014 | Washington, D.C.)
    Kerry Kennedy, President of the Robert F. Kennedy Center for Justice and Human Rights, today urged Idriss Déby, the president of Chad, to reject proposed changes to the nation's penal code that would criminalize LGBT (lesbian, gay, bisexual, and transgender) people. The changes, approved by Chad's cabinet, now await approval from the parliament and President Déby.
    "By criminalizing homosexuality, Chad's proposed penal code is an instrument of discrimination, not of justice," said Kerry Kennedy. "I urge President Déby and the Chadian parliament to reject any attempts to make prejudice the law of the land."
    "The principle of nondiscrimination is enshrined in all human rights instruments signed and ratified by the Chadian government," said Santiago A. Canton, Executive Director of RFK Partners for Human Rights. “The proposed changes to Chad’s penal code show total disregard for the country’s international obligations."
    The RFK Center has worked closely with LGBT rights advocates in Africa and throughout the world for several years, most notably with 2011 RFK Human Rights Award Laureate Frank Mugisha in Uganda, where a high court recently overturned that country's Anti-Homosexuality Act.
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    Media Contact
    Jeffrey Smith
    Africa Advocacy Officer
    Tel: (202) 463-7575
    smith@rfkcenter.org
    Twitter: @Smith_RFKennedy

    Ebola : Kofi Annan appelle à déployer des mesures exceptionnelles


    Ce soir, l'invité de RFI dans le Afrique soir sera Kofi Annan, membre des Global Elders et Président de la Fondation Kofi Annan.

    Voici sa tribune publiée hier matin sur sa page Facebook :



    Ebola Crisis: Urgent Need for Exceptional Measures

    Statement by Kofi Annan

    Geneva - The recent generous contributions of the Bill and Melinda Gates Foundation and other donors, public and private, to the emergency efforts to contain the Ebola outbreak in West Africa are critical. However, additional resources are urgently required so that the countries affected by the outbreak have the means to control and reverse the deadly progress of the disease.

    The rapid deployment of facilities and expertise to the countries affected is essential to prevent the virus from spreading. The current capacities available in West Africa to deal with the outbreak are stretched beyond breaking point. 

    Special units for handling highly contagious diseases should be made available by partner countries, including from military resources. Other countries in the region should follow Ghana’s example and facilitate air bridges to ferry personnel and medical supplies to the countries in need.

    The virulent and devastating nature of the Ebola outbreak demands rapid and exceptional measures, which I urge governments and organizations in the region and beyond to implement without delay. Such measures must include effective coordination of the aid that is being mobilized to ensure that it has maximum impact.
    Kofi Annan, Chair of the Kofi Annan Foundation.

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    Sur Twitter :


    Kofi Annan parlera plus tard à de au sujet de la crise de l' .


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     Kofi Annan parlera plus tard à de au sujet de la crise de l' .