Journalist at RFI (ex-DW, BBC, CBC, F24...), writer (on art, music, culture...), I work in radio, podcasting, online, on films.
As a writer, I also contributed to the New Arab, Art UK, Byline Times, the i Paper...
Born in Paris, I was based in Prague, Miami, London, Nairobi (covering East Africa), Bangui, and in Bristol, UK. I also reported from Italy, Germany, Haiti, Tunisia, Liberia, Senegal, India, Mexico, Iraq, South Africa...
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Congo Brazzaville : le pouvoir a mobilisé ses troupes
Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Brazzaville pour soutenir le président Denis Sassou Nguesso et son projet de nouvelle consitution qui lui permettrait de briguer un 3ème mandat. Un rassemblement plus important que celui de l'opposition il y a 15 jours.
entre crises et rebonds, un futur ouvert à tous les possibles
Le Monde | • Mis à jour le | Par Robert Boyer (a été directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et directeur de recherche au CNRS. Il a récemment écrit « Economie politique des capitalismes » (La Découverte, à paraître le 29 octobre))
Face à l’incertitude quant au devenir du capitalisme contemporain, un retour sur son histoire et ses grands penseurs s’impose : le capitalisme, aussi contradictoire soit-il, progresse à travers ses grandes crises. Celle ouverte en 2008 ne fait pas exception et marque un redéploiement, entre résilience et risque d’une crise plus sévère encore.
La notion de capitalisme a longtemps été polémique, opposant, d’un côté, des marxistes qui anticipaient son effondrement et, de l’autre, les libéraux qui en vantaient l’efficacité. Pour Fernand Braudel, les marchands sont les acteurs des premières formes du capitalisme.
Grâce à la densification des échanges au long cours, se forment les prix des produits échangés internationalement et se constitue une classe qui s’oppose au pouvoir politique chargé d’un territoire.
On retrouve cette propriété canonique dans la phase actuelle d’internationalisation : le capitalisme transcende les frontières nationales, et les pouvoirs politiques locaux voient leur autonomie se réduire dramatiquement. Karl Marx prolonge et étend cette vision de la transformation de l’espace par le capitalisme, mais il perçoit les conséquences révolutionnaires de l’émergence du capitalisme industriel, qui ouvre une nouvelle période historique. Avec, d’un côté, l’industrialisation de la Chine et, de l’autre, la diffusion mondiale des innovations et des flux financiers, la dernière décennie marque l’entrée dans une période sans précédent.
Toute crise peut être celle de l’effondrement
Enfin, on doit à Rudolf Hilferding d’avoir, le premier, proposé la vision irénique d’une transition vers un capitalisme financier capable de planifier son développement et d’éliminer la possibilité même de crise. Au début de la décennie 2000, financiers et macro-économistes, observant une croissance sans inflation, crurent qu’ils avaient éliminé les cycles économiques. Ils réitéraient ainsi l’erreur de Hilferding, car la plus sévère crise financière depuis l’entre-deux-guerres est venue rappeler l’intuition fondamentale de Marx, à savoir que les crises sont consubstantielles au capitalisme.
A priori, toute crise peut être celle de l’effondrement que prévoyaient les auteurs marxistes. Pourtant, l’histoire économique souligne que les crises et les guerres mondiales furent aussi à l’origine de transformations de grande ampleur, qui ont finalement assuré la survie puis la résilience de ce régime pourtant si contradictoire et conflictuel. La monnaie de crédit, l’impôt sur le revenu, la politique industrielle puis d’innovation, et la couverture sociale, sont autant de conséquences de la conjonction de ces crises et de ces guerres.
LA DIFFUSION MONDIALE DU CAPITAL CRÉE DE NOUVELLES FORMES DE CAPITALISME
Si le processus d’internationalisation, la tendance à l’instabilité économique et l’accentuation des inégalités sont des traits communs à toutes les phases de triomphe de l’esprit du capitalisme, la période contemporaine fait ressortir trois nouveautés majeures. D’abord, un conflit ouvert émerge entre capitalisme et démocratie.
Ensuite, la diffusion mondiale du capital crée de nouvelles formes de capitalisme, dont la diversité contribue à sa résilience. Mais dans un second temps, cette hétérogénéité, liée à la variété des compromis fondateurs propres à chaque Etat-nation, suscite d’autres contradictions, d’autres sources de crises : qu’on songe aux relations qu’entretiennent le capitalisme financier américain et le capitalisme industrialiste de la Chine.
Enfin, depuis la fin des « trente glorieuses », une série de transformations, en apparence marginales, sont intervenues : l’ouverture progressive au commerce mondial, une silencieuse déréglementation financière, le financement des déficits publics par endettement auprès de la finance internationale débouchent sur une configuration sans précédent des économies nationales comme de leurs relations.
Banquiers centraux, ministres des finances et économistes doivent opérer dans un contexte pour lequel ils ne disposent d’aucune théorie établie. Les théories économiques naissent de ces transformations du capitalisme, et le péril de la situation présente tient au fait que tous continuent à raisonner dans des cadres analytiques que l’évolution du capitalisme a rendus obsolètes.
Logique du marché approfondie et extension géographique
Pourquoi le capitalisme a-t-il survécu à ses grandes crises ? D’abord, par un approfondissement de la logique du marché dans de nouveaux domaines et secteurs, ensuite, par une extension géographique de son emprise, et finalement, par la formation des normes sociales, des attentes des opinions publiques et des idéologies. Ces mécanismes sont à l’œuvre et façonnent d’ores et déjà les capitalismes du XXIe siècle.
La science, l’éducation et la santé sont des secteurs privilégiés d’expansion d’un nouveau capitalisme. Mais le recours au marché implique de notables inefficacités et une explosion des inégalités en matière de revenus et d’espérance de vie. Le projet futuriste d’un homme augmenté grâce aux technologies porte en germe une exacerbation de ces tendances. S’ouvre aussi une alternative dans laquelle ces secteurs seraient financés par la collectivité. Ce pourrait être la base d’un modèle plus égalitaire et inclusif, dans lequel la recherche de la prospérité remplacerait celle du profit et de la croissance.
Le redéploiement du capitalisme dans une variété de contextes sociaux et politiques renouvelle sa diversité, possible facteur de stabilisation de l’économie mondiale, mais ce peut aussi être la source d’un « conflit de civilisations ».
Des opinions publiques façonnées
Enfin, à travers les médias, les grandes entreprises parviennent à canaliser, si ce n’est façonner, les représentations et les attentes des opinions publiques. Mais le succès n’est pas garanti : si aux Etats-Unis, les perdants du jeu économique s’attribuent la responsabilité individuelle de leur échec, en Europe en revanche, l’opinion publique impute crises et chômage de masse aux failles du système et à la responsabilité des élites.
Si le capitalisme mesure sa fragilité lors des crises, celles-ci sont autant d’occasions d’accélérer la destruction d’un ordre ancien et d’explorer de nouvelles sources de profit. Les dernières décennies ont été marquées par l’érosion, voire la destruction, de nombre d’institutions économiques, mais aujourd’hui le dynamisme sans limite du capitalisme met en péril le fondement du lien social : un sentiment de solidarité auquel répond l’organisation de l’Etat.
Reste ouverte la possibilité, encore lointaine, que l’internationalisation débouche, à terme, sur une gestion collective de biens communs globaux, comme la stabilité financière et la préservation du climat. A son tour, un tel changement permettrait l’essor de diverses formes de capitalisme en réponse à la variété des configurations politiques propres à chaque société.
Robert Boyer (a été directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et directeur de recherche au CNRS. Il a récemment écrit « Economie politique des capitalismes » (La Découverte, à paraître le 29 octobre))
A group of volunteers from Bristol have set off for a refugee camp in France with the fixtures and fittings from Banksy’s Dismaland ‘bemusement park’
The dismantled attraction, which stood for a month in the abandoned Tropicana lido in Weston-Super-Mare, was donated to group Aid Box Convoy by the artist following the park’s closure at the end of September.
It is understood Banksy is also sending out a team of carpenters and builders to help re-use elements of Dismaland to build cooking stations and ‘five communal’ shelters at the camp.
The Bemusement park was originally set to be re-assembled as the ‘Jungle’ camp in Calais but Imogen McIntosh, who is heading Aid Box Convoy, persuaded Banksy to give the materials to their Bristol-based relief effort.
The team with around 300 boxes is understood to be heading to a smaller camp in northern France where conditions have been described as ‘horrendous’.
Speaking to Bristol 24/7, McIntosh said: ‘Dismaland is all taken down now. We are left with huge sheets of wood and materials which we can use.’
According to McIntosh, the camp had rapidly grown in size over the last three weeks with the arrival of 600 extra people which had swelled the population to more than 1,000.
The group plans to make future visits to France to help ‘three other camps in the area’.
Image copyrightBristol 247Image captionThe group Aid Box Convoy will be taking around 300 aid boxes to the refugee camp
The dismantled Dismaland theme park is on its way to a refugee camp in France after Banksy donated it to a group of Bristol volunteers.
The Weston-super-Mare Bemusement park was originally due to go to the so-called "Jungle" camp in Calais, France.
It has now been donated to Aid Box Convoy, which is taking it to a smaller camp where conditions are said to be "horrendous".
The fixtures and fittings will be used to build shelters and cooking stations.
More than 150,000 people visited the Dismaland exhibition at the disused Tropicana site in Weston.
Image copyrightBristol 247Image captionGroup co-founder Imogen McIntosh says the response has been 'brilliant'
Now, eight vehicles and 20 volunteers will take leftovers from Bristol to the camp in northern France. They are also taking with them five tonnes of donated firewood and some 300 aid boxes containing food, toiletries and cooking equipment.
'Huge wooden sheets'
Co-founder of Aid Box Convoy, Imogen McIntosh, said the camp only has basic sanitation and has "grown from 400 people three weeks ago to more than 1,000, with families turning up every day".
Ms McIntosh said Dismaland organisers changed their mind about sending the camp to Calais when they heard there were other camps in France which hadn't received any aid.
She added: "It has all been taken down now and we are left with huge sheets of wood which we can use to build the shelters.
Dismaland is also sending a team of chippies and builders out to the camp, who will be creating any structures that we need with the materials."
Image captionThe convoy of vehicles carrying firewood and aid boxes set off from Bristol on Friday
The group has also been supported by Bristol-based Arcadia Spectacular - known for its festival fire-breathing spider - which has donated a vehicle and trailer.
"People have been so fantastic, it's been such a brilliant response and so much better than we could ever have imagined," added Ms McIntosh.
Massive Attack have announced an early 2016 tour. They'll be joined by Young Fathers, and according to a press release, they'll be touring behind new music.
Details will be revealed "soon," but it's been confirmed that new Massive Attack music will be released later this year.
The last Massive Attack album, Heligoland, was released in 2010.
Prières de rue, crack, pauvreté… Au cœur de la Goutte-d’Or, dans le 18e arrondissement parisien, cette artère – endeuillée en septembre par un incendie criminel – est souvent stigmatisée. Entre construction de logements sociaux et poussée bobo, elle est pourtant en pleine mutation. Visite guidée.
Sur le trottoir, les bouquets sont encore là, fanés. La pluie a délavé les messages accrochés à la gouttière par des amis et des voisins. Sur la porte, l’affichette de La Poste rappelle plus raidement ce qu’il s’est passé ici il y a un mois. « La distribution du courrier est impossible ce jour pour le motif suivant : incendie. » Dans la nuit du 1er au 2 septembre, six adultes et deux enfants sont morts au 4, rue Myrha, dans le 18e arrondissement de Paris. Cet incendie criminel, le feu le plus meurtrier dans la capitale depuis dix ans, a replacé dans l’actualité la rue et son quartier, la Goutte-d’Or, à l’est de la butte Montmartre. Il n’a pas amélioré leur réputation auprès de ceux qui n’y ont jamais mis les pieds, celle d’une des dernières poches de pauvreté et d’insécurité de ce côté-ci du périphérique.
Inutile de remonter jusqu’à Zola, qui en avait fait le décor de L’Assommoir, son roman sur la misère et l’alcoolisme ouvriers. Depuis les années 1990, ce n’est plus à l’alcool qu’on associe le quartier, mais à la drogue. A la même époque, Jacques Chirac s’est illustré avec son célèbre discours sur la cohabitation entre « le travailleur français qui habite à la Goutte-d’Or » et ses voisins de palier : « Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur… »(voir un extrait de ce discours, diffusé au JT d’Antenne 2 le 20 juin 1991). Puis, en 2010, Marine Le Pen a transformé en symboles la rue Myrha et sa petite mosquée, comparant les prières débordant sur la chaussée à l’occupation allemande (ces propos lui valent de comparaître en correctionnelle le 20 octobre prochain pour incitation à la haine raciale).
Photo ancienne du croisement des rues Myrha et Stéphenson. PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Pour en avoir le cœur net, il faut prendre le temps de remonter cette rue Myrha dominée au loin par le Sacré-Cœur, et s’arrêter devant ces immeubles qui racontent chacun la mue d’un des derniers quartiers populaires de Paris.
Au numéro 4, l’immeuble incendié
C’était jusqu’à début septembre un immeuble sans histoire, abritant au rez-de-chaussée un des nombreux taxiphones du quartier, ces boutiques permettant d’appeler à l’étranger à prix réduit. C’était aussi un témoignage discret de la transformation de cette rue où, depuis le début des années 2000, la Mairie de Paris a déjà fait pousser dix-neuf immeubles neufs, en usant de son droit de préemption auprès des vendeurs privés ou des arrêtés de péril de la Préfecture de police pour démolir et reconstruire. En 2001, au début du premier mandat de Bertrand Delanoë, le numéro 4 figurait sur la liste des immeubles insalubres de la capitale, comme une dizaine d’autres dans cette rue. Mais il est sorti de la liste après les travaux engagés par la copropriété. Rien à signaler, ont confirmé les services municipaux lors de leur dernière visite, au printemps.
« C’était un immeuble black-blanc-beur, comme le quartier », résume Thomas, un voisin qui a immédiatement organisé avec sa compagne une collecte sur le site de financement participatif Ulule pour venir en aide aux rescapés. Ils sont une trentaine, employés, petits cadres, étudiants. Parmi les victimes, une famille d’origine sénégalaise en attente d’un logement social, vivant à quatre dans un studio d’une quinzaine de mètres carrés. Choqué, le quartier s’est souvenu de l’incendie, criminel lui aussi, qui avait déjà tué trois personnes en 2011 dans le même pâté de maisons, rue Stephenson. A l’époque, l’incendiaire n’avait pas été retrouvé. Cette fois, un suspect a vite été interpellé, un sans domicile fixe connu dans le quartier, souffrant de troubles psychiatriques : une caméra de vidéosurveillance l’a filmé passant pas loin de l’immeuble peu avant l’incendie, on a trouvé une bougie et un briquet dans ses poches. « Pour une fois qu’ils regardent la vidéosurveillance… », ironise un riverain
Au numéro 28, la mosquée saturée
On pourrait passer sans la remarquer devant une des mosquées les plus célèbres de France, coincée depuis les années 1980 au rez-de-chaussée d’un hôtel modeste, entre une librairie religieuse et une laverie. Célèbre, elle le devient une première fois en juillet 1995 : cofondateur du Front islamique du salut (FIS) en Algérie mais considéré comme modéré, son imam, Abdelbaki Sahraoui, est abattu d’une balle dans la tête, un assassinat annonçant la vague d’attentats qui marquera cet été-là.
Une décennie plus tard, la petite mosquée de la rue Myrha devient malgré elle un des arguments du débat sur l’islam en France. La fermeture, en 2006, de la mosquée de la rue Tanger, dans le 19e arrondissement, a fait converger ici les fidèles du nord-est parisien. Le lieu de culte sature. Le vendredi, les fidèles en sont réduits à prier dans la rue, bloquant de fait la circulation. En 2010, l’extrême droite s’en empare. Les militants de Riposte Laïque proposent d’organiser rue Myrha un « apéro saucisson-pinard » : un repérage préalable des lieux leur aurait permis de constater que les bars et les rayons charcuterie ne manquaient pas autour de la mosquée. Marine Le Pen attaque à son tour, lors d’un meeting à Lyon : « Pour ceux qui aiment beaucoup parler de la seconde guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’Occupation, on pourrait en parler pour le coup, parce que ça, c’est une occupation du territoire. » La présidente du FN déclinera l’invitation de l’imam à venir visiter la mosquée.
« Quand je suis arrivé dans le quartier, c’était une menuiserie », se souvient le patron de la « librairie-bazar » installée quelques mètres plus bas, un fourre-tout proposant des livres religieux, des tapis de prière (10 euros, 20 pour un tapis « deux places »), des ustensiles, des dattes ou des feuilles de goyave. Comme les autres habitués de la mosquée, il n’est pas entièrement convaincu par la solution provisoire trouvée par l’Etat en 2011 et qui a mis fin aux prières de rue : la mise à disposition d’une caserne de pompiers désaffectée, près du périphérique : « C’est loin, il faut prendre le bus et, avec cinq prières par jour, il faut prendre cinq fois le bus. » La solution définitive se fait attendre. Le dossier reste piégé.
« Avec des instrumentalisations politiques, on court le risque de la prédiction auto-réalisatrice et de créer du communautarisme là où il n’y en a pas », estime Jamel Oubechou, président de l’Institut des cultures d’islam. Installé à un pâté de maisons et inauguré sous Bertrand Delanoë, ce centre culturel propose des concerts et des expositions (celle en cours aborde le kitsch vu par les artistes du Moyen-Orient). Originalité du projet, l’Institut partage le bâtiment avec une association religieuse, propriétaire d’une salle de prière à l’étage. Un deuxième site devait ouvrir sur le même modèle, mi-culturel, mi-cultuel, quelques centaines de mètres plus loin, et offrir une alternative supplémentaire à la mosquée exiguë de la rue Myrha. Mais entre restrictions budgétaires et hésitations sur les subtilités de la loi de 1905 sur la laïcité, la nouvelle maire, Anne Hidalgo, a pour l’instant gelé le projet. Ouverture au « deuxième trimestre 2015 », annonce encore le panneau de la Ville de Paris qui domine le terrain vague.
Au numéro 32, le terrain de pétanque improvisé
Autre terrain vague, autre panneau, promettant pour l’an prochain un immeuble hébergeant « un groupement d’entreprises culturelles ». Le projet prévoit des bureaux pour des labels de musique du monde et des résidences d’artistes. En attendant, le terrain a été confié aux associations locales. Comme La Table Ouverte, qui a transformé une bande de sable en terrain de pétanque. L’association, avec ses cinq salariés et vingt-cinq bénévoles, gère un restaurant associatif à deux pas de là et vient en aide aux précaires.
Au n°32, un terrain vague où un futur immeuble devrait héberger des labels de musiques du monde et des résidences d'artistes. PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Son fondateur, Rachid Arar, est une figure du quartier, dont la rénovation le laisse parfois dubitatif : « Avant, il y avait une âme dans chaque immeuble. Aujourd’hui, il y a des structures métalliques avec du béton. » Pour lui, l’urbanisme ne règle pas tout : « En rasant les immeubles, vous ne rasez pas les problèmes économiques. C’est bien de reconstruire, mais, en parallèle, il faut donner du boulot. » La Goutte-d’Or, 24 000 habitants, affiche un taux de chômage frôlant les 15 %, elle compte 13 % de foyers bénéficiaires du RSA, deux fois plus que la moyenne parisienne, et près de 17 % de ses jeunes sortent précocement du système scolaire.
Rachid Arar, fondateur de l'association La Table Ouverte, qui tient un restaurant associatif dans le quartier et a créé un terrain de pétanque provisoire au 32, rue Myrha.
PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Au n° 33, la boulangerie Tembely, ouverte en 2011 par Swan Casenove. PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Juste en face du terrain de pétanque, on fait la queue à la boulangerie Tembely, ouverte par Swan Casenove. Il s’est installé en 2011 au rez-de-chaussée de cet autre immeuble neuf, après avoir remporté un appel à candidatures lancé par la mairie pour relancer le commerce de proximité. Le trentenaire a dû convaincre « beaucoup de sceptiques ». Rue Myrha, cela ne marchera pas, lui disait-on. « C’est archifaux, rigole-t-il. Tout le monde mange du pain, il y a une vraie demande. »
Au numéro 40, l’ancien repaire du crack
Façade blanche et volets vert pomme, l’immeuble de trois étages a été construit en 2010. Côté rue, un cabinet d’architectes en rez-de-chaussée et six logements sociaux. De l’autre côté, à peine visible des passants, un patio agrémenté d’un peu de verdure et surplombé par un duplex, un logement social lui aussi. Difficile d’imaginer que se trouvait là un des principaux squats de fumeurs de crack de la capitale. « Il y a dix ans, quand on se promenait rue Myrha la nuit, on avait l’impression que des briquets s’allumaient et s’éteignaient partout dans le noir, se souvient Pierre Leyrit, directeur de l’association Coordination Toxicomanies. Les “crackers” déambulaient dans les rues, ils entraient dans les immeubles, c’était devenu une espèce de cliché du quartier, en partie vrai. »
Au n° 40, l’un des principaux squats de fumeurs de crack de Paris a laissé place en 2010 à un immeuble abritant un cabinet d’architectes, un patio et sept logements sociaux, dont un duplex. PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
La rénovation urbaine a éparpillé dealers et consommateurs, les chassant plus à l’est, vers les hangars de la SNCF le long des voies ferrées, plus au sud, vers la gare du Nord ou, en sous-sol, sur les quais du métro. « Les usagers n’ont jamais disparu du quartier, simplement on ne les a plus vus, souligne Pierre Leyrit. Ils sont plus en circulation qu’en stagnation, donc on les remarque moins. » Leur nombre aurait même augmenté avec l’arrivée de nouveaux consommateurs, comme des émigrants d’Europe de l’Est. Ou des jeunes du quartier déboussolés.
Au n° 40, l’un des principaux squats de fumeurs de crack de Paris a laissé place en 2010 à un immeuble abritant un cabinet d’architectes, un patio et sept logements sociaux, dont un duplex.
PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Mais plus que la drogue ou la prostitution, c’est désormais la propreté des trottoirs et les vendeurs à la sauvette qui inquiètent les habitants, à en croire les réponses au questionnaire élaboré par la mairie et la Préfecture de police pour dresser le bilan de la « ZSP ». « ZSP » pour « zone de sécurité prioritaire » : en 2012, la Goutte-d’Or est devenu le premier quartier parisien à bénéficier de ce dispositif renforçant et coordonnant les efforts de la police, de la justice et de la mairie (qui a depuis été étendu à deux autres quartiers, dans les 19e et 20e arrondissements). La Préfecture de police ayant refusé notre demande d’entretien avec la commissaire de l’arrondissement, il faut se contenter d’un bilan officiel pauvre en chiffres précis, saluant la hausse du nombre des interpellations pour trafic de drogue, des dossiers de proxénétisme transmis au parquet, des saisies de contrefaçons vendues à la sauvette, mais admettant aussi la difficulté à réduire le nombre d’agressions. Y compris contre les policiers eux-mêmes.
Au numéro 70, l’immeuble en construction
Des ouvriers s’activent encore sur le dernier immeuble sorti de terre, qui doit accueillir treize autres logements sociaux, et, au rez-de-chaussée, un restaurant. C’est la dernière fierté de Ian Brossat, élu communiste de l’arrondissement et adjoint au logement d’Anne Hidalgo. « Je ne suis pas nostalgique de ces années où il y avait des incendies toutes les nuits à la Goutte-d’Or, explique-t-il. La difficulté est de rénover sans gentrifier. Le seul moyen de faire ça, c’est le logement social. C’est le privé qui boboïse. »
Dans ce coin de Paris, selon l’Observatoire des loyers de l’agglomération parisienne, le loyer médian tourne autour de 22 euros le mètre carré dans les immeubles anciens, et 25 dans le neuf. Contre 6 à 12 euros dans le logement social, selon les plafonds de ressources des candidats et les appartements proposés. D’après Ian Brossat, aucun risque que la Goutte-d’Or connaisse la même évolution que d’autres quartiers populaires, comme un peu plus à l’ouest dans l’arrondissement, au pied de Montmartre, ou plus au sud dans le 10e arrondissement, autour du canal Saint-Martin : « Vu la proportion de logements sociaux, le risque d’embourgeoisement général du quartier est faible, voire relève du fantasme. »
Au n°36, un vestige de l’église évangélique du Nazaréen, aujourd’hui fermée. PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Dans la rue Myrha elle-même, les indices d’un éventuel « embourgeoisement » sont effectivement rares. A quelques mètres de l’immeuble incendié il y a un mois, on peut croiser sur le trottoir quelques créateurs de sites Web ou designers, mais eux viennent travailler ici : derrière une façade anonyme et une cour intérieure se cache une ancienne manufacture de boutons du XIXe siècle, murs en briques et poutres métalliques, rachetée, rénovée et transformée en « espace de co-working » par Didaxis, un groupe spécialisé dans le portage salarial. Côté rue, on a conservé l’enseigne « Lalande & Collin », dernière trace visible du passé industriel et artisanal de la rue.
Au n° 8, une ancienne manufacture de boutons transformée en espace de co-working.PHOTO YANN STOFER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Pour mesurer la mue du quartier, il faut par exemple traverser le trottoir, tourner au coin d’un nouveau terrain vague, traverser la rue Cavé qui, elle, a pu conserver ses immeubles anciens, et faire une pause à l’ombre de l’église Saint-Bernard, célèbre pour avoir accueilli à l’été 1996 plus de 200 sans-papiers et subi en conséquence l’assaut des CRS. Autour du square, les terrasses de La Môme ou du Mistral Gagnant, un vieux rade du quartier récemment rénové, font le plein.
Même les touristes commencent à apprécier les charmes du quartier, grâce à Airbnb plus qu’aux prix attractifs des petits hôtels vieillissants du coin (de 25 à 40 euros la nuit dans les établissements de la rue Myrha). « Cet été, on a tout eu, des Allemands, des Colombiens… on est quand même à 500 mètres de Montmartre », raconte Saidi Malik, un des deux jeunes patrons du Mistral Gagnant. « Chaque semaine, il y a un nouveau couple qui s’installe, se réjouit Salem Yahmi, l’autre patron. Ils étaient locataires aux Abbesses [au pied du Sacré-Cœur, NDLR], ils sont descendus dans le quartier, c’est plus accessible. »
On peut même y faire de bonnes affaires : selon la Chambre des notaires parisienne, à l’achat, le mètre carré se négocie en moyenne à 7 880 euros dans la capitale, mais à seulement 6 200 euros à la Goutte-d’Or pour l’instant. Reste que, à Paris, le bobo, c’est toujours l’autre. Saidi Malik rigole encore des réactions de certains clients quand les deux enfants du quartier ont rénové le café : « Il y a des gens qui sont là depuis seulement trois ans et qui nous disent : “Vous faites un truc bobo !” »