16/09/2014

Tchad : le nouveau code pénal criminalise l'homosexualité (RFI)


Au Tchad, un nouveau code pénal a été adopté par le conseil de ministres.
Les deux principaux changements sont la suppression de la peine de mort et la pénalisation de l'homosexualité.
L'article 361 bis précise que les peines encourues sont une amende de 50 à 500 000 francs CFA voire 15 à 20 ans de prison.

Selon Florent Geel, directeur Afrique de la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH), les associations de défense des droits de l'homme travaillaient depuis des années à la réforme du code pénal tchadien, mais les dernières éléments de rédaction se sont faits dans le secret et elles n'étaient donc pas au courant de cette article. La FIDH salue la supression de la peine de mort mais dénonce l'article 361 bis tout en dénonçant une démarche électoraliste dans cette pénalisation, qui était loin d'être réclamée au Tchad .

Il reste encore à promulguer ce code pénal et selon Florent Geel, le directeur Afrique de la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH), les organisations de défense des droits de l'homme ont donc encore une marge de manoeuvre pour faire changer le texte.

Florent Geel, directeur Afrique de la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH),
joint par Mélissa Chemam.


TCHADDROITS DE L’HOMME

Tchad: le nouveau code pénal pénalise fortement l’homosexualité

mediaCarte du Tchad.RFI/GeoAtlas
Au Tchad, un nouveau code pénal a été adopté par le conseil de ministres. Les deux principaux changements sont la suppression de la peine de mort et la pénalisation de l'homosexualité. L'article 361 bis précise que les peines encourues sont une amende de 50 à 500 000 francs CFA, voire 15 à 20 ans de prison. Ce code pénal reste encore à promulguer. Joint par RFI, Florent Geel, directeur Afrique de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), condamne l’article en question.
L'ancien code n'était pas assez explicite. Cette fois-ci, l'homosexualité est fortement réprimée. Le gouvernement tchadien explique que c'est surtout pour « protéger la famille et se conformer à la société tchadienne » que ces dispositions ont été introduites.
Selon le directeur Afrique de la FIDH, Florent Geel, les associations de défense des droits de l'homme travaillaient depuis des années à la réforme du code pénal tchadien mais les derniers éléments de rédaction se sont faits dans le secret et elles n'étaient donc pas au courant de cet article.
La FIDH salue la suppression de la peine de mort mais dénonce l'article 361 bis ainsi qu’une démarche électoraliste dans cette pénalisation qui était loin d'être réclamée au Tchad.
« Nous considérons, évidemment, que c’est une régression et que c’est un mauvais signal donné alors que la question de l’homosexualité est une question qui aujourd’hui progresse sur le continent africain et qui fait débat. C’est une évidence. L’Ouganda a cherché à pénaliser cette pratique ; le Nigeria aussi et certains pays s’interrogent mais condamner à des peines aussi lourdes, c’est se réfugier derrière le caractère conservateur de la société tchadienne ; c’est faire fi d’une situation qui, jusqu’à présent, était une forme d’équilibre, ni complètement interdite ni complètement soutenue », a estimé Florent Geel avant d’ajoute que l’homosexualité était « une sorte de tolérance au Tchad et aurait pu le rester » et qu’ il n’y avait « aucune pression politique pour pénaliser cette pratique » dans ce projet de code pénal.
« Agir avant la promulgation du code pénal »
Il reste encore à promulguer ce code pénal et selon Florent Geel, les organisations de défense des droits de l'Homme ont donc encore une marge de manœuvre pour faire changer le texte.
« Ce projet de code pénal - qui a été adopté en conseil des ministres - doit être promulgué et on peut encore essayer de faire changer la donne, au niveau de sa promulgation, et faire en sorte que ce code pénal ne soit pas promulgué en l’état, avec cette disposition », a-t-il précisé.
« Je ne suis pas sûr que la société tchadienne soit plus religieuse qu’une autre société africaine. En tout état de cause, si un certain nombre de défenseurs des droits de l’homme tendent à vouloir s’intégrer au sein de la population et relayer certaines visions populaires, pour autant, le rôle d’un défenseur des droits de l’Homme demeure de défendre des principes et de faire avancer la société sur le respect et l’application de ces principes. C’est parfois difficile mais parfois il faut aussi avoir le courage d’énoncer ces principes », a rappelé, sur RFI, Florent Geel, directeur Afrique de la FIDH.

15/09/2014

Littérature : Afrique - Anglophonie - Snapshots — Nouvelles voix du Caine Prize chez Zulma le 9 octobre prochain


LITTÉRATURES ANGLOPHONES D'AFRIQUE

Snapshots — Nouvelles voix du Caine Prize


NoViolet Bulawayo (Zimbabwe), Constance Myburgh (Afrique du Sud), Olufemi Terry (Sierra Leone), Rotimi Babatunde, Tope Folarin et Chinelo Okparanta (Nigeria) – Nouvelles traduites de l’anglais par Sika Fakambi.

12,5 x 19 cm • 224 pages
ISBN 978-2-84304-698-8
18 € • A paraître le 09/10/14



En librairie le jeudi 9 octobre 2014




Cette sélection de six longues nouvelles saluées par le Caine Prize pour la littérature anglophone d’Afrique – émanation du fameux Booker Prize – nous démontre superbement l’originalité et la puissance d’invention de cette toute jeune génération d’écrivains. À commencer par NoViolet Bulawayo, qui nous bouscule sans retenue avec son saisissant Snapshots, où tout du long, l’auteur interpelle son héroïne. Une petite fille au départ d’une vie déshéritée, entre un père bronchiteux qui fume sa mort, une mère esclave colérique, ses frères et sœurs qui iront l’un après l’autre tenter la malchance funeste de l’autre côté de la frontière, en Afrique du Sud. La fillette grandit comme un brin d’ivraie épargnée par la faux, vend des œufs durs au chaland quand naissent ses petits seins « à la coque à l’amour ». « Tu as quatorze ans et demi quand tu rencontres Givemore sur Main Street. » Celle que Givemore appelle Sunrise au matin de leur rencontre et Sunset le soir venu ne connaîtra pas l’âge adulte. Mais irrésistiblement contée dans une langue parlée des plus accomplies, son histoire lamentable devient pour nous emblématique du désastre humanitaire au Zimbabwe comme dans tout le « Tiers-Monde », alors que l’immense énergie opprimée de la jeunesse ne demande qu’à inventer l’avenir.

Tous ces auteurs ont en partage des thématiques les plus actuelles, dans des zones d’urbanisation éruptives où règnent violence, misère et corruption, mais aussi les plus folles espérances. Trempée dans les réalités mutantes des grandes cités, cette langue anglaise postcoloniale devient un extraordinaire espace de métamorphose des imaginaires et des sensibilités. On notera la remarquable performance de Sika Fakambi, la traductrice (Prix Baudelaire de traduction de la SGDL 2014 pourNotre quelque part de Nii Ayikwei Parkes) qui, une fois de plus, a su mettre tout son talent, et un véritable génie de la transposition du ton et du rythme, dans ces six traductions.





De gauche à droite et de haut en bas : NoViolet Bulawayo (© Krystal Griffiths), Olufemi Terry (© allrightsreserved), Constance Myburgh (© Julia Bass), Rotimi Babatunde (© Throne Studios/Akinwunmi Osunkoya), Chinelo Okparanta (© Rolex/Bart Michiels), Tope Folarin (© David Fleming).

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14/09/2014

Littérature : Presenting Benjamin Wood


Le Complexe d’Eden Bellwether
14 x 21 cm • 512 pages
ISBN 978-2-84304-707-7
23,50 € • Paru le 28/08/14
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LA COUVERTURE EN HD

 IMPRIMER L’ARGUMENTAIRE
LITTÉRATURE


Benjamin Wood

Le Complexe d’Eden Bellwether


Roman traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Renaud Morin

PRIX DU ROMAN FNAC 2014

Benjamin Wood signe un premier roman magistral sur les frontières entre génie et folie, la manipulation et ses jeux pervers – qui peuvent conduire aux plus extravagantes affabulations, à la démence ou au meurtre.

Cambridge, de nos jours. Au détour d’une allée de l’imposant campus, Oscar est irrésistiblement attiré par la puissance de l’orgue et des chants provenant d’une chapelle. Subjugué malgré lui, Oscar ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Premier rouage de l’engrenage. Dans l’assemblée, une jeune femme attire son attention. Iris n’est autre que la sœur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s’accompagne d’étranges conceptions sur son usage hypnotique… 

Bientôt intégré au petit groupe qui gravite autour d’Eden et Iris, mais de plus en plus perturbé par ce qui se trame dans la chapelle des Bellwether, Oscar en appelle à Herbert Crest, spécialiste incontesté des troubles de la personnalité. De manière inexorable, le célèbre professeur et l’étudiant manipulateur vont s’affronter dans une partie d’échecs en forme de duel, où chaque pièce avancée met en jeu l’équilibre mental de l’un et l’espérance de survie de l’autre.
L’auteur du Complexe d’Eden Bellwether manifeste un don de conteur machiavélique qui suspend longtemps en nous tout jugement au bénéfice d’une intrigue à rebonds tenue de main de maître.

“D'autres auteurs avant lui ont exploré la proximité entre génie et folie, mais Wood traite cette thématique familière avec une fraîcheur et une intelligence qui laissent présager de grandes choses à venir.”
TIMES LITERARY SUPPLEMENT




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Actualités et rencontres avec Benjamin Wood 

04/10/2014 RENCONTRE AVEC BENJAMIN WOOD À LIBRAIRIE LA MAISON JAUNELa librairie la Maison Jaune accueille Benjamin Wood pour une rencontre autour du Complexe d'Eden Bellwether, le samedi 4 octobre à partir de 14h.



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The Bellwether Revivals by Benjamin Wood – review

A novel of ideas
  • The Guardian
University list
King's College chapel, Cambridge. Photograph: Adam Davy/PA
  1. The Bellwether Revivals
  2. by Benjamin Wood
  1. Tell us what you think:Star-rate and review this book
"Hope is a form of madness. A benevolent one, sure, but madness all the same." So says Herbert Crest, one of the central characters in Benjamin Wood's debut novel The Bellwether Revivals. In this multi-themed and far-reaching novel, the dichotomies of reason and superstition, sanity and madness, science and faith, are given close and sustained attention.
Oscar is a 20-year-old whose bookishness has prompted him to leave his working-class family in Watford for a life in Cambridge. When passing King's College chapel one evening he is drawn inside by the sound of the organ, and it's here in the congregation that he meets Iris Bellwether, a medical student with whom he falls in love. Gradually, over the course of the novel, Oscar is assimilated into Iris's group of friends, which includes her brother, Eden, the organist whose music drew Oscar into the chapel. 

Eden is a musical prodigy who believes that music – and in particular that of the composer Johann Mattheson – can effect in its listeners physical and spiritual renovation. It is this theory that forms the core of the novel. He is so intent on demonstrating the power of Mattheson's music that he arranges revivals in the composer's style to accompany his own audacious displays of healing (early in the novel he hypnotises Oscar, drives a nail through his hand and then brings about a rapid closing of the wound). 

Iris, suspecting her brother suffers delusions of grandeur and needs psychiatric help, deploys Oscar to help her find proof of Eden's illness. Into the novel comes Herbert Crest, an elderly psychologist whose brain tumour has prompted him to research at first hand a book about alternative medicine and faith healing. It's when Eden begins to administer a course of "treatment" to Crest that the questions around Eden's sanity become paramount.

Is Eden gifted or deluded? When does eccentric behaviour become pathological? What is the role of faith in the modern world? "Our modern faith in science has become just as blind as our old-fashioned faith in God," Iris ventures. There are issues of genealogy and class too: to what extent is Eden a product of his wealthy and exacting parents? Can – should – Oscar leave his job as a care assistant in a nursing home to pursue his education, and escape the legacy of his hard upbringing?
This is an accomplished novel, suffused with intelligence and integrity. 
Wood gives voice to theories and ideas in a lucid and accessible way. If the novel's closed world of privileged Cambridge students becomes a little stultifying at times, there are moments of expansive beauty that compensate – an imaginary moonlit tennis game between Oscar and Iris, for example. And there are characterisations that are both moving and comic – Paulsen, one of the residents in Oscar's care home, trying to work out how many grooves there are in his ceiling's Artex, explaining that "a man can't go to his grave without closure on a matter like that". 
Where the novel falters perhaps is in its ability to support the weight of its themes. On the whole the characters are not deeply drawn and are very much defined by the needs of the plot. This is certainly the case for the fascinating Eden, who could merit a novel of his own, but it applies even to Oscar, who appears to have no life, physical or mental, outside the immediate demands the story makes of him. In itself there is nothing wrong with this approach, and this skilful novel has flow, pace and a lightness of touch. But when the ending comes – and it is a really crushing ending – there is the feeling that the characters have been too sparely sketched and the tone too light to bear up under the force of that outcome.
Samantha Harvey's All Is Song is published by Jonathan Cape.
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THEATRE - A SUIVRE : aux Bouffes du Nord, 'Quand je pense qu'on va vieillir ensemble', et aux Amandiers 'La Mouette'



THÉÂTRE - du 08 octobre 2014 au 18 octobre 2014

Quand je pense qu'on va vieillir ensemble

Une création collective des Chiens de Navarre Dirigée et mise en scène par Jean-Christophe  
 
© Ph. Lebruman
« Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » écrivait si fort Stig Dagerman, seul au fin fond de sa forêt suédoise. Au milieu des montagnes comme au milieu des feux rouges, nous avons tous le même cri désespéré, la même continuelle et difficile recherche de consolation qui nous anime pour continuer à vivre et affronter le monde.
C’est si bon alors de se réunir (en cercle et chaussettes de préférence) pour s’écouter les uns les autres, pour tout remettre à zéro et panser nos plaies. Quitte à perdre la raison, ou l’élocution. Les Chiens de Navarre tentent ainsi l’expérience spectaculaire de la réconciliation avec soi-même. Pour mieux interroger l’enfant triste qui claque des dents en nous.

« Deux choses me remplissent d’horreur : le bourreau en moi et la hache au-dessus de moi. » Stig Dagerman
« Pleure, tu pisseras moins. » Anna Dagerman (la mère)


Jean-Christophe Meurisse 
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26 SEPT. — 12 OCT. 2014
LA MOUETTE
Mise en scène Frédéric Bélier-Garcia
Texte Anton Tchekhov
La Mouette
Photo Stephane Tasse
Des êtres cherchent à retenir les promesses de l’enfance, dans l’amour ou par l’art… Garder vivant, en eux, le cadeau des espérances premières, du temps des possibles. On annonce une comédie, une tragédie survient. La Mouette est un regret furieux de la vie. Les personnages semblent y attendre une fête qui n’a pas eu lieu.
Frédéric Bélier-Garcia met en scène ce grand cabaret de l’existence, qui marque le retour au théâtre de Nicole Garcia.
Traduction Antoine Vitez - éditions Actes SudAvecEric Berger, Magne-Havard Brekke, Nicole Garcia, Jan Hammenecker, Michel Hermon, Ophelia Kolb, Manuel Le Lièvre, Agnès Pontier, Stéphane Roger, Brigitte RoüanScénographieSophie Perez et Xavier BoussironCostumesCatherine Leterrier et Sarah LeterrierCréateur coiffuresFrédéric SouquetLumièreRoberto VenturiSonAndré SerréCollaboration artistiqueValérie NègreProductionNouveau Théâtre d’Angers – Centre dramatique national Pays de la LoireEn partenariat avecFrance Inter, Télérama et France 3 Paris Île-de-France
Une Mouette enchanteresse. […] Qu’il est réjouissant de voir une Mouette atteindre des sommets. […] Fluide et clair, le texte expose, sans pathos, les tourments des personnages dans le décor intimiste et astucieux de Sophie Perez. […] On est émus et enchantés par ce « quintal d’amour » que voulait transmettre Tchekhov.Nathalie Simon - Le Figaro et vous
La Mouette, pièce mythique de Tchekhov sur la vanité de la vie et de l’art, prend son envol sur la scène de Frédéric Bélier-Garcia. Du grand théâtre.Véronique Hotte – La Terrasse
Représentations
du mardi au samedi à 20H30,
sauf jeudi à 19H30, dimanche à 15H30Durée2H30Tarifsde 8 € à 28 €

Emission - France Culture : Addis-Abeba dans 'Ville-Mondes'


Villes-Mondes
Emission Villes-Mondes
le dimanche de 15h à 16h

ADDIS-ABEBA VILLE-MONDES Escale 2 

14.09.2014 - 15:00
Escale 2:  « Addis, nouvelle fleur »

Production : Laurent Védrine - Réalisation : Céline Ters - Technique : Pierric Charles

Fondée à la fin du XIXème siècle sous l’impulsion de l’empereur Ménélik II, Addis-Abeba la « Nouvelle Fleur », littéralement en amharique, dégage toujours le parfum des hauts plateaux d’Ethiopie. Malgré l’éruption radicale de la mondialisation, la ville est toujours aussi cette cité des collines verdoyantes et de petits quartiers enclavés, pleine de prières, d’ateliers d’artisans, de boucheries, de bars, d’écoles et de paysans nomades. Ville polyglotte et diplomatique, riche de langues sémitiques, nilotiques, arabiques et autres dialectes du monde entier. Un voyage guidé par les évocations, les réminiscences et les odeurs, entre sources sulfureuses, récits militants panafricains, influences arméniennes et européennes, mythologies romantiques et ferroviaires, et le souffle métis de plusieurs générations de musiciens urbains...

Avec:
Makeda Ketcham, anthropologue
Anne Chapalain, chargée de mission à l’Agence Française de Développement à Addis-Abeba
Fasil Giorghis, architecte et urbaniste
Melaku Belay, danseur traditionnel
Giulia Bonacci, chercheuse et historienne
Varktes Nalbandian, commerçant, représentant de la communauté ethio-arménienne
Olaf Boelsen, musicien, saxophoniste du groupe Jazzmaris 
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THEATRE : « Idiot ! Parce que nous aurions dû nous aimer » (La Colline / Les Amandiers)


Sur l'une des pièces les plus attendues de la rentrée, l'article de Jean-Pierre Thibaudat :

« Idiot ! Parce que nous aurions dû nous aimer », un acte de théâtre ravageur s(a)igné Vincent Macaigne

J.-P. Thibaudat
chroniqueur
Publié le 14/09/2014 à 15h08

Scène de « Idiot ! Nous aurions dû nous aimer » (Samuel Rubio)
L’entrée dans la salle se fait à fond les décibels (des bouchons pour les oreilles sont à disposition des spectateurs). Arpentant la scène un type hurle pour se faire entendre, faisant un instant baisser le magma de musiques techno-rock où se mêle l’hymne de la Russie, il nous apostrophe, il parle d’une fête, d’un anniversaire et nous invite comme ses acolytes à boire une bière (« c’est gratuit ! »). Qui veut monte les quelques marches qui mènent à la scène, se sert.
Ainsi commence, dans une chaude et tonitruante ambiance « Idiot ! Parce que nous aurions dû nous aimer », un spectacle écrit et mis en scène par Vincent Macaigne. Le spectacle a été créé au Théâtre Vidy de Lausanne, en Suisse, pays où Fedor Dostoïevski conçut et commença à écrire « L’Idiot  »

Fumée, boue, mousse et détritus en pagaille

Ceux qui suivent Vincent Macaigne depuis « Requiem 3 » présenté au festival Mettre en scène à Rennes en 2008 jusqu’à son « Hamlet au moins j’aurais laissé un beau cadavre » au festival d’Avignon 2013 ne seront pas surpris. Et plus que ravis de constater que l’énergumène embrase toujours autant qu’il embrasse le théâtre avec une démesure intacte. La notoriété acquise entre temps via le cinéma (comme acteur pour commencer) n’a en rien coupé l’élan vital rageur et la saine sauvagerie qui habitent cette bête de théâtre et illuminent ses spectacles.
Il y a aura de la fumée, de la boue noire, de la mousse, des détritus en pagaille, un mur qui s’écroule, un grand lustre, des corps nus et maculés d’huile, de boue, des visages défigurés de poudre d’or. Il y aura une hache que l’on aiguise à la meule électrique avant d’aller en découdre, des bondieuseries qu’on foutra en l’air, des corps qui trébuchent, se cassent la gueule au pied des spectateurs et des bâches en plastique au premier rang pour se protéger de tout ce qui gicle.
Il y aura un banc vert, un portefeuille perdu, un vase chinois et des histoires de chemins de fer comme attendus par les amoureux du roman. Il y aura des têtes de cerfs empaillés et une tête gonflable de Mickey, des murs en plexiglass contre lesquels se fracasser ou écrire sa détresse, des peluches décharnées, des seaux d’eau, de lait, d’encre, des ballons de fête foraine. Tout un bazar, un chaos, du théâtre « live » à mourir, et au-dessus de la scène un déroulant d’aéroport qui indique la destination : Saint-Pétersbourg, 1868.

Une adaptation libre et fidèle à la fois

Roman prétexte à une méga récréation ? Récréation si l’on veut, récréation assurément, prétexte nullement. Ce spectacle est sans doute l’adaptation à la fois la plus libre et la plus fidèle du roman de Dostoïevski qu’il nous ait été donné de voir sur une scène de théâtre. Et, pour ce qui me concerne, le plus accompli à ce jour des spectacles de Vincent Macaigne.
Tout ce bric-à-brac scénique et sonore n’en est pas un. La fièvre du plateau prend sa source dans l’écriture fiévreuse de « L’idiot » de Dostoïevski, le roman « qui lui coûta le plus de tourments » comme l’écrivait Pierre Pascal, et dont l’ambition première, comme l’auteur le note dans un de ses carnets, était de « représenter un homme absolument excellent » dans un monde sale, pourri où l’argent corrompt tout, où la passion est un agent de destruction massive.
Dostoïevski entendait faire du prince Mychkine « un sphinx », un personnage qui « se révèle lui-même sans explications de la part de l’auteur », Macaigne en fait tout autant. « Le Prince c’est le Christ » notait pour finir Dostoïevski et ce sont des tableaux représentant le Christ qui, défilant en version séance diapo, accompagnent le préambule du spectacle avec, plus tard dans le cours du spectacle, en bonus, un tableau « vivant » de la chose.

Une nouvelle version, plus intense

Ayant vu le spectacle lors de sa création au théâtre de Vidy à Lausanne dont Vincent Baudrier (ex co-directeur du festival d’Avignon) vient de prendre la direction, j’ajoute qu’il était assez vertigineux de voir le héros de retour en Russie raconter qu’il arrive de Suisse où il a passé quatre années pour soigner ses « crises ». Son bienfaiteur étant mort entre temps, son médecin le professeur Schneider (« il guérissait et l’idiotie et la folie, en plus il assurait l’éducation et prenait sur lui le développement spirituel ») vient de le renvoyer sans le sous à Saint-Pétersbourg.
Le prince raconte s’être « réveillé des ténèbres » quand un soir à Bâle il a été réveillé par « le cri d’un âne ». D’un seul coup « tout s’est éclairci » dans sa tête. Cet épisode ne figure pas (sauf erreur) dans la version scénique mais le cri de l’âne travers tout le spectacle de Macaigne.
En 2009, il avait déjà monté « Idiot ! », une première version. Il y revient, on revient toujours à Dostoïevski, avec une force décuplée par un travail d’écriture, bien plus intense, plus radical que celui de la première version, m’a-t-il semblé (difficile d’aller plus avant car les textes des deux versions n’ont pas été publiés et ne sont pas, pour l’instant, accessibles). Macaigne adapte le roman mais, plus encore, il dialogue avec lui-même, avec nous spectateurs, avec l’auteur et ses personnages limités au premier cercle.
Tandis que les spectateurs s’installent et que la sarabande sonore ne perd rien en intensité et que la distribution des gobelets de bière ne mollit pas, au milieu du plateau, un homme, là depuis le début, reste figé mais comme absent ou indifférent à ce qui l’entoure. Il nous regarde. C’est Hippolyte. L’homme n’est pas vieux, mais son médecin l’a prévenu : un mal le ronge (phtisie), ses jours sont comptés. A quoi bon vivre ? Autant décider sa mort plutôt que de la subir.

« Même si je vous crie dessus... »

Ce personnage est secondaire dans le roman. Cependant, dans ses notes de travail, Dostoïevski dit avoir pensé en faire « le principal axe de tout le roman ». Macaigne en fait un pivot de son spectacle : au début donc, il nous regarde, à l’entracte c’est lui qui ira haranguer le public et à la fin, son suicide enfin réussi annonce la fin du spectacle. Dans le dossier de presse, les seuls mots cités du texte sont les siens. Et ces mots c’est plus à nous qu’aux autres personnages qu’il les adresse :
« Regardez-moi, parce que même si je vous crie dessus, même si j’ai souvent hurlé et pire râlé à tout bout de champ, même si parfois j’ai été égoïste à en mourir, et même si jamais je n’ai pas su vous aimer ni dire quoi que ce soit de bon et de réconfortant quand il aurait fallu être bon et réconfortant, même si j’ai disparu tant de fois en laissant seule ma propre famille (…) même si je n’ai pas pu surprendre tous ceux qu’il aurait fallu surprendre pour que la vie puisse enfin encore une fois, encore une petite fois, être un peu, un tout petit peu magique et surprenante, même si je n’ai pas serré fort la main des nouveaux contre mon cœur et les aimer et tomber définitivement et entièrement avec eux dans la boue et aimer ça la boue avec les nouveaux, même si jamais je ne serai cet homme noble et fort et bon et aimant qu’il aurait fallu être pour que tout ça ne soit pas si long et si chiant, et si sombre et si… Je vous ai aimés, mon Dieu, comme je vous ai aimés, vous tous là devant moi (…). »
Un texte signé – saigné – Macaigne, d’après Dostoïevski, avec un lyrisme qui lui est propre. Hippolyte est là comme un frère, Thibault Lacroix, l’acteur qui interprète le rôle accompagne Macaigne depuis le début ou presque (comme la plupart des acteurs).
Tout le travail d’adaptation et de réécriture est à l’aune de ce texte.
La fête d’anniversaire dont il est question, c’est celle des 25 ans de Nastassia Filippovna à « la pâleur terrible » et à « la beauté aveuglante » (Servane Ducorps). Ce soir-là l’égoïste Totski (Rodolphe Poulain), l’homme qui l’a élevée et l’a violée régulièrement, veut s’en débarrasser. Marché a été conclu avec Gania Ivolguine (Thomas Rathier) pour 75 000 roubles, mais le chef de bande Rogojine (Dan Artus qui assiste aussi Macaigne à la mise en scène) renchérira sous l’œil toujours aux aguets de Lebedev (Emmanuel Matte). Le mariage ne se fera pas, au demeurant Gania croit aimer Aglaïa Ivanovna (Pauline Lorillard) qui, elle, en pince pour le prince Mychkine, l’idiot (Pascal Reneric).

Les « vêtements bizarres » du prince Mychkine

Cette soirée dont Macaigne fait la matrice de sa première partie, arrive dans le roman au bout de deux cent cinquante pages. Beau renversement proprement théâtral. Entre temps sont apparus bien d’autres personnages, d’autres viendront encore, une quarantaine en tout.

Scène de « Idiot ! Nous aurions dû nous aimer » (Samuel Rubio)
La force dramaturgique du spectacle est dans cette condensation (une soirée d’anniversaire, et les mêmes des années plus tard dans la seconde partie) et dans cette concentration (huit personnages).
Dostoïevski ne s’attarde pas à décrire les paysages, seul l’humain l’intéresse et plus les tourments des âmes et la teneur des propos que les accoutrements. Du prince Mychkine, l’auteur note qu’il est affublé de « vêtements bizarres » (traduction André Markowicz). Macaigne prend ces mots à la lettre en se souvenant aussi que le Docteur Schneider avait dit au prince qu’il était « un enfant absolu ».
Dans la seconde partie, du temps a passé, le prince est devenu riche (héritage d’un lointain parent), il apparait en habit de lumière, en roi du music-hall, comme si la boule des cabarets s’était déroulée sur son corps en jetant ses éclats – superbe vision. L’affrontement entre Nastassia et Aglaïa va pouvoir donner lieu à une scène intense sous l’œil de tous, y compris des techniciens du théâtre, et d’abord du prince Mychkine qui, aimant l’une et l’autre comme on aime l’eau et le feu, ne sachant plus où donner de la tête, a le tournis.
Seule la toute fin m’a semblé en dessous du roman mais elle en garde cependant l’essentiel : l’épuisement. Des corps, des âmes. Une douceur « étrange » (le mot revient souvent dans « L’Idiot ») nous envahit semblable à celle que diffuse l’acteur Macaigne dans les films dont il est le prince.
Alors à quoi bon en rajouter ? Balancer pour finir « Avec le temps » de Léo Ferré, chanson sublime, m’a semblé plus qu’une facilité, une erreur. On n’a pas besoin de ça. On est plein de sang, de rires et de larmes. On déborde.
En sortant du théâtre, on allume une cigarette, et on se remémore ces vers de Pouchkine (« Elégie ») que Dostoïevski cite dans « l’Idiot » :
« Et que l’amour de son sourire ultime
Eclaire encore ma chute dans l’abîme »
Et on se dit que « Idiot ! Parce que nous aurions dû nous aimer » c’est exactement cela.
Encore ceci : les photos qui illustrent cet article ne rendent que très imparfaitement compte du spectacle dont elles sont pourtant extraites. Macaigne les a choisies à dessein : de « belle images ». Autrement dit des leurres. Le spectacle, c’est autre chose. La vie même du théâtre.
« Ce qui compte, c’est la vie, oui la vie seule – sa découverte incessante, éternelle, le processus de cette découverte – et non la découverte en tant que telle ! » dit Hippolyte. Ou Macaigne.
INFOS PRATIQUES
'Idiot! Parce que nous aurions dû nous aimer"
d'après "L'idiot" de Dostoievski, écriture, mise en scène, conception visuelle et scénographique, Vincent Macaigne


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