COM - PASSION
"Toutes les langues issues du latin forment le mot compassion avec le préfixe "com-" et la racine "passion" qui, originellement, signifie "souffrance". Dans d'autres langues, par exemple en tchèque, en polonais, en allemand, en suédois, ce mot se traduit par un substantif formé avec préfixe équivalent suivi du mot "sentiment" (en tchèque : sou-cit ; en polonais : wspol-czucie ; en allemand : Mit-gefuhl ; en suédois : med-kansla).
Dans les langues dérivées du latin le mot compassion signifie que l'on ne peut regarder d'un coeur froid la souffrance d'autrui ; autrement dit : on a de la sympathie pour celui qui souffre. Un autre mot, qui a à peu près le même sens, pitié (en anglais pity, en italien pietà, etc.), suggère même une sorte d'indulgence envers l'être souffrant. Avoir de la pitié pour une femme, c'est être mieux loti qu'elle, c'est s'incliner, s'abaisser jusqu'à elle.
C'est pourquoi le mot inspire généralement la méfiance ; il désigne un sentiment considéré comme de second ordre qui n'a pas grand chose à voir avec l'amour. Aimer quelqu'un par compassion, ce n'est pas l'aimer vraiment.
Dans les langues qui forment le mot compassion non pas avec la racine "passio - souffrance" mais avec le substantif "sentiment", le mot est employé à peu près dans le même sens, mais on peut difficilement dire qu'il désigne un sentiment mauvais ou médiocre. La force secrète de son étymologie baigne le mot d'une autre lumière et lui donne un sens plus large : avoir de la compassion (co-sentiment), c'est pouvoir vivre avec l'autre son malheur mais aussi n'importe quel sentiment : la joie, l'angoisse, le bonheur, la douleur. Cette compassion (au sens de soucit, wspolczucie, Mitgefuhl, medkansla) désigne donc la plus haute capacité d'imagination affective, l'art de la télépathie des émotions. Dans la hiérarchie des sentiments, c'est le sentiment suprême."
L'Insoutenable Légèreté de l'être, Milan Kundera, chapitre 9

Le film Leur nuit, est un court-métrage qui a reçu le prix de Fès du court métrage national en 2013. Il raconte l’histoire de Rkia, femme marocaine de quarante ans. Ceux qui la connaissent aiment la surnommer «Kiki». Pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille de quatorze ans, Rkia travaille de nuit en tant que gardienne de parking dans une ruelle de Casablanca : entre six heures du soir et six heures du matin, elle surveille les allées et venues et le parking des voitures. Pendant la nuit, elle rencontre toutes sortes de personnes, fait face aux incidents qui surviennent et parle au téléphone à sa fille laissée seule à la maison. Avec ce film, la réalisatrice Narrimane Yamna Faqir a souhaité parler de femmes de caractère dans la rue.





Rimbaud, le roman d’Harar




