09/01/2015

Dernières infos à 17h


Le Monde :


LeMonde.fr: 
Nouveaux coups de feu à Dammartin-sur-Goële (télévision)
vendredi 9 janvier 2015 17h04
LeMonde.fr: 
Un point sur la situation à 17 heures :



  • Traque en Seine-et-Marne : les frères Chérif et Saïd Kouachi, les tireurs présumés de “Charlie Hebdo”, sont retranchés dans l’entrepôt d’une imprimerie à Dammartin-en-Goële avec au moins un otage, cernés par un dispositif policier très important. Vers 17 heures, un assaut a été lancé par les gendarmes : des explosions et des coups de feu ont retenti pendant une trentaine de secondes. Le ministère de l'intérieur avait indiqué un peu plus tôt avoir "tenté d'établir un contact avec les forcenés" mais nous ignorons si des négociations étaient en cours.


  • Porte de Vincennes : une prise d'otages est toujours en cours dans une épicerie casher. Le preneur d'otages serait tout seul et il s'agit très probablement d'Amedy Coulibaly, principal suspect de l'attaque de Montrouge, dans laquelle une policière municipale a été tuée hier matin, et dont un lien a été établi avec les frères Kouachi, qu'il connaissait bien. Ici aussi, la police cerne le bâtiment, aucun assaut n'a été donné et nous ne savons pas si des négociations sont en cours.


  • Plusieurs écoles proches de la porte de Vincennes ont été bloquées pendant quelques heures, avant que les parents soient invités à venir chercher leurs enfants.


  • Rue des Rosiers : ce quartier à forte présence juive du 4e arrondissement de Paris est quadrillé par un important dispositif policier. La police a invité les commercees à fermer, et la synagogue de la rue Pavée a annulé les cérémonies prévues ce soir.  

  • Les menaces un temps signalées au Trocadéro et à Rouen étaient de fausses alertes.



LeMonde.fr: Un assaut est en cours à Dammartin-en-Goële (source gendarmes)

et 


L'homme retranché porte de Vincennes et suspecté d'être impliqué dans l'attaque de Montrouge faisait partie d'une délégation qui a rencontré Nicolas Sarkozy en 2009, comme le confirme un article duParisien. Selon nos informations, il a été en alternance chez Coca-Cola sous la forme de contrat de professionnalisation pendant dix mois, de décembre 2008 à septembre 2009.





Le Parisien : 


http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150109.OBS9636/coulibaly-le-troisieme-homme-devait-rencontrer-sarkozy.html

Coulibaly, le 3e homme, devait rencontrer Sarkozy... en 2009

L'homme retranché porte de Vincennes et suspecté d'être impliqué dans les attaques de "Charlie Hebdo" et Montrouge faisait partie d'une délégation qui a rencontré l'ancien président en 2009.


Amedy Coulibaly, l’homme retranché porte de Vincennes et suspecté d’être à la fois le tueur de Montrouge et le troisième homme présent lors du massacre de "Charlie Hebdo" a-t-il rencontré Nicolas Sarkozy, alors qu’il était président de la République en 2009 ?
Selon un article de l’édition locale de l’Essonne du "Parisien", daté du 15 juillet 2009, Amedy Coulibaly, alors âgé de 27 ans faisait partie d’une délégation de neuf personnes en formation en alternance qui devait rencontrer le jour-même, Nicolas Sarkozy en visite sur le thème de l’emploi à Grigny (Essonne). "Le rencontrer en vrai, c’est impressionnant", s’extasiait alors Coulibaly au "Parisien" avant la rencontre prévue avec le chef de l’Etat :
A la limite si le président peut aider à me faire embaucher…"

Vincennnes

Dernières infos sur ce drame sans nom :


LeMonde.fr: 
VINCENNES Nous avons davantage d'informations sur les deux personnes recherchées :





Amedy Coulibaly
, 33 ans, est natif de Juvisy-sur-Orge, dans l'Essonne. Selon des rapports de la sous-direction antiterroristedéjà évoqués par Le Monde, Chérif Kouachi, l'un des auteurs présumés de la tuerie de Charlie Hebdo, et Amedy Coulibaly, étaient deux des principaux disciples de Djamel Beghal, déjà condamné pour terrorisme et prossélyte reconnu de la mouvance radicale takfir, considérée comme une secte au sein de la communauté salafiste.



D'après des écoutes téléphoniques, Amédy Coulibaly et Chérif Kouachi rendaient visite à Djamel Beghal, assigné à résidence à Murat dans le Cantal. Lors d'un déplacement commun avec leurs compagnes respectives, ils avaient dû rebrousser chemin juste après avoir Paris. Beghal les prévenant à la dernière minute qu'il ne pouvait les recevoir.



La deuxième personne recherchée par les forces de l'ordre, Hayat Boumeddiene, est âgée de 26 ans. Elle est la compagne de Amédy Coulibaly. Ils étaient déjà en couple en 2010 et, d'après nos informations, elle avait attendu son homme à sa sortie de prison au printemps dernier après quatre ans de détention. Elle l'hébergeait à son domicile depuis sa sortie de prison.


Entendue par la SDAT en 2010, Hayat Boumeddiene avait raconté aux enquêteurs que lors d'une visite au djihadiste Djamel Beghal dans le Cantal, ils avaient pratiqué le tir à l'arbalète.

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Selon nos sources, Hayat Boumeddiene, dont le nom apparaît pour la première fois dans cette affaire, est l'ancienne compagne d'Amedy Coulibaly. Ils vivaient ensemble en 2010 lors de l'interpellation de Coulibaly. Boumeddiene était avec lui lorsqu'il avait rendu visite au djihadiste Djamel Beghal à Murat, dans le Cantal. Il vivait chez elle au printemps dernier.

Les éléments de contexte dans cet article :

Quand Chérif Kouachi rencontrait des djihadistes sur un terrain de foot.




Les Matins de France Culture - Charlie Hebdo : la France face au terrorisme (ven. 9 janvier 2015)




Pour réécouter l'émission de ce matin sur France Culture :




Ecoutez l'émission149 minutes



Charlie Hebdo : la France face au terrorisme 

09.01.2015 - 06:30 Ajouter à ma liste de lecture

La vague d’émotion et d’indignation déclenchée par l’attaque de Charlie Hebdo mercredi ne cesse de prendre de l’ampleur. Partout en France et dans le monde, on se rassemble pour rendre hommage aux victimes, et, simplement, être debout, ensemble face au terrorisme.  On ne connaît pas encore l’ampleur des conséquences que pourra avoir cette attaque, mais déjà certains n’hésitent pas à parler de guerre. Des politiques, des éditorialistes, et dans le Monde daté d’aujourd’hui, le sociologue Edgar Morin, pour qui la guerre internationale a désormais fait irruption « au cœur de la France ». Ce matin, nous voulons essayer de comprendre un peu mieux quelles pourront être les conséquences de cette attaque atroce sur notre pays.

            Sommes-nous désormais en guerre, comme le soutiennent certains, et si oui contre qui et contre quoi ? Aussi, l’attaque de Charlie Hebdo survient en plein débats sur l’islamophobie, alors quelle place donner à ce contexte sociétal ? Et enfin, puisque nous sommes si nombreux à vouloir honorer la mémoire des victimes de cet attentat, que pouvons nous faire de notre indignation ?


Mélissa Chemam, Gilles Kepel, Sandrine Treiner, Ambre Philouze-Rousseau et Mehdi Guiraud FRANCESCA FOSSATI © RADIO FRANCE
            C’est avec Gilles Kepel que nous nous poserons toutes ces questions ce matin. Gilles Kepel est politologue, professeur à Sciences Po, spécialiste de l'islam et du monde arabe et il a notamment publié en mai dernier « Passion  française, les voix des cités ».
            Et nous donnons aussi la parole à trois personnes qui sont allées place de la République à Paris mercredi soir, pour qu’ils nous fassent part de leurs réactions et posent eux aussi leurs questions. Nous sommes donc avec Ambre Philouze-Roussau, 20 ans, étudiante en histoire et en sciences politiques,Mélissa Chemam, 34 ans, journaliste indépendante, et Mehdi Guiraud, 39 ans, data journaliste pour le site Hexagones.fr.

Invité(s) :

Gilles Kepel, politologue, professeur à Sciences Po, spécialiste de l'islam et du monde arabe.

Mehdi Guiraud, data journaliste pour Hexagones.fr
Mélissa Chemam, journaliste indépendante
Ambre Philouze-Rousseau, étudiante en histoire et sciences politiques


"Des tueurs qui ont aussi agi contre l’islam", par Tahar Ben Jelloun dans Le Monde



Des tueurs qui ont aussi agi contre l’islam


LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/08/des-tueurs-qui-ont-aussi-agi-contre-l-islam_4552140_3232.html#Z6WwwHQ1y3LCDfvT.99



L’attaque de Charlie Hebdo est un fait de guerre. Sauf que les journalistes qui ont été assassinés n’étaient pas des guerriers. Ils étaient sans haine, sans préjugés. Ils étaient des poètes, des moqueurs, des fous de liberté, des génies dont les armes étaient des crayons de couleur, de l’intelligence de la fantaisie et de la lumière. C’est une guerre contre la liberté d’écrire, de dessiner et de créer. Une guerre sans visage contre la laïcité, contre la tradition de la satire, de l’humour, de la dérision, de la critique acerbe et féconde. Ils auraient voulu déterrer Voltaire, Montaigne et Rabelais et faire de leurs œuvres un feu assassin.

La France est engagée dans des combats importants. Elle est la cible de ceux qu’elle combat au nom des valeurs qui sont son patrimoine et son honneur. Ses soldats font la chasse aux terroristes qui, au nom de l’islam, commettent des massacres de grande barbarie, égorgent des innocents, kidnappent des femmes et des filles, les violent puis les vendent comme esclaves. La France pensait qu’elle ne serait pas éclaboussée par cette horreur. Hélas, elle vient de l’être de la façon la plus odieuse. Nous avons tous perdu des amis dans cette tuerie. La liberté a perdu des citoyens parmi ses meilleurs éléments, des éclaireurs qui décryptaient l’actualité avec une rare pertinence.

Si les tueurs ont crié « Allah Akbar », c’est aussi contre l’islam et les musulmans qu’ils ont agi. C’est une guerre déclarée contre la démocratie dont les institutions et les lois rendent possible un islam républicain. Cela fait longtemps que les musulmans de France l’ont compris ; peut-être ne se mobilisent-ils pas assez pour dénoncer avec fermeté ces assassins qui salissent l’islam et le message du Prophète. C’est rare qu’ils soient invités dans les émissions de grande audience. Aujourd’hui, plus qu’avant, ils savent qu’ils n’échapperont pas aux amalgames, au soupçon. Ce serait faire le jeu de ces tueurs sans état d’âme, déterminés et cruels que de suivre cette dérive.

Ces derniers temps, on aurait dit qu’une chasse était ouverte contre l’islam et les musulmans, montrés du doigt chaque fois qu’une certaine France perd confiance ou se laisse aller à trouver des boucs émissaires pour expliquer la crise morale ou pour gagner des électeurs. Il y avait dans l’air quelque chose de mauvais, des rumeurs et des humeurs où le racisme suintait des pages de livres qui ont eu pas mal d’échos. Un racisme décaféiné, qui n’a pas l’air de faire mal, mais qui se cachait derrière des suppositions, des anticipations.

On a fait commerce de peur et de haine, de fantasmes et de crise d’identité. Les immigrés extracommunautaires étaient visés. Aujourd’hui ils ont mal, parce que des barbares ont commis un crime atroce au nom de leur religion.

Il faut que la France saisisse le message de cette nouvelle terreur : la guerre est portée sur son territoire. Dans quelle mesure est-elle préparée pour affronter des tueurs hyper-armés, bien entraînés et décidés à semer la mort ?

Au-delà de cette épreuve, au-delà de l’émotion et de la colère, au-delà du besoin de justice, il faut que la société française, ses partis politiques, sa société civile, que nous tous prenions conscience que les fondements de notre pays, ses valeurs et ses traditions sont visés et menacés, que ce n’est pas une dérive de quelques voyous en mal de vengeance, mais c’est une volonté radicale et féroce d’empêcher que des musulmans puissent vivre leur religion en terre laïque, dans le respect des lois de la République, de les isoler et d’en faire les ennemis de la France. C’est pour cela que nous devons tous résister, car nous sommes tous concernés.


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Paris : deux jours après


Dernières infos et précisions du site du Monde : Lemonde.fr


Sur les attaquants, toujours recherchés :



Saïd et Chérif Kouachi forment une cellule «  familiale  » dont on ne connaît pour l’instant pas les éventuelles ramifications. Ce qui est certain, c’est qu’avant d’être soupçonné d’être l’un des auteurs des assassinats de  Charlie Hebdo, Chérif, le cadet, a appartenu à un groupe que l’on pourrait aujourd’hui  considérer  comme l’un des «  pionniers  » du djihad à l’étranger.

De nationalité française, né dans le 10e  arrondissement de Paris, Chérif, qui se faisait  appeler  «  Abou Issen  », a été condamné, le 14  mai 2008, à trois ans de prison dont 18 mois avec sursis dans le dossier dit de la «  filière des Buttes-Chaumont  », qui envoyait des candidats au djihad en  Irak  entre 2004 et 2006.

Vous retrouverez plus d'information sur ces deux hommes dans l'article du Monde :  "La fratrie Kouachi, de la petite délinquance au djihad".


C'est une carte d'identité qui a mis les enquêteurs sur la piste de Saïd et Chérif Kouachi, les deux auteurs présumés de l'attaque meurtrière qui a coûté la vie, mercredi 7 janvier, à douze personnes et blessé onze autres dans les locaux de Charlie Hebdo, à Paris. Oubliée, selon une source policière, par l'un des frères Kouachi dans la première voiture qui leur a permis de prendre la fuite, elle a permis à la police de dresser leur portrait et de fonder l'espoir de les intercepter.



Les informations détenues notamment par les agents de la Direction de la sécurité intérieure (DGSI) permettent, dans l’après-midi, d’identifier les différents points de chute de deux hommes. Une homonymie conduit d’abord les enquêteurs dans un appartement de Pantin (Seine-Saint-Denis). Ils se rendent ensuite à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), une ville où Chérif Kouachi s’est marié et a vécu. Enfin, les forces de police tentent de retrouver leur trace à Reims et dans sa région, notamment à Charleville-Mézières, dans les Ardennes.
Ils ne trouvent aucun des deux hommes, qui sont de nationalité française, mais leur présence avérée et récente dans un appartement du quartier de la Croix-Rouge, à Reims, donne lieu à une longue perquisition et une analyse minutieuse du logement par la police scientifique. Des proches susceptibles de livrer des éléments sur la traque des fugitifs sont placés en garde à vue dans la soirée du mercredi 7 janvier.
Au milieu de la nuit qui suit l’attentat, un proche de la compagne de Chérif Kouachi, dont le nom circulait sur les réseaux sociaux, se livre au commissariat de Charleville-Mézières afin d’écarter, explique-t-il aux policiers, les soupçons qui semblent peser sur lui. Né en juillet 1996, il n’était, jeudi matin, pas considéré comme un suspect ayant participé à l’attaque. De source policière, on indiquait même, jeudi, au Monde, qu’« aucune charge » ne pesait contre lui et qu’il ne s’agissait, pour l’heure, « dans son cas, que de simples vérifications ».


Une fratrie suspecte


Saïd et Chérif Kouachi, qualifiés, par les autorités, « d’armés et dangereux »étaient toujours en fuite, jeudi matin. Estimant qu’ils pouvaient bénéficier d’un « réseau de soutien »et craignant « qu’ils puissent, de nouveau, se livrer à un acte sanglant », la préfecture de police de Paris a diffusé dans la nuit un appel à témoins.
Saïd et Chérif Kouachi forment une cellule « familiale » dont on ne connaît pour l’instant pas les éventuelles ramifications. Ce qui est certain, c’est qu’avant d’être soupçonné d’être l’un des auteurs des assassinats de Charlie Hebdo, Chérif, le cadet, a appartenu à un groupe que l’on pourrait aujourd’hui considérer comme l’un des « pionniers » du djihad à l’étranger. De nationalité française, né dans le 10e arrondissement de Paris, Chérif, qui se faisait appeler « Abou Issen », a été condamné, le 14 mai 2008, à trois ans de prison dont 18 mois avec sursis dans le dossier dit de la « filière des Buttes-Chaumont », qui envoyait des candidats au djihad en Irak entre 2004 et 2006.
Entendue en 2010, sa compagne, animatrice en crèche, avait revendiqué le port du voile intégral depuis son pèlerinage à La Mecque en 2008. Chérif Kouachi l’avait épousée le 1er mars 2008, avec, pour seul témoin, son frère Saïd. Il est sa seule famille depuis le décès de ses parents. Relu à l’aune des événements actuels, le procès des Buttes-Chaumont montre comment en dix ans, des jeunes du 19e arrondissement de Paris, âgés à l’époque d’une vingtaine d’années, sont passés de la volonté de se battre en Irak à celle de mener des attaques terroristes sur le sol français.
Chérif Kouachi a connu une partie de ses complices au collège. A l’époque, il est considéré comme le plus violent et le plus impulsif de tous. Ses camarades lui attribuent déjà des projets d’attentats terroristes contre des commerces juifs à Paris. Avec ses copains, il commet des larcins dans le quartier des Buttes-Chaumont, dans le 19e : vols, drogue, petits trafics. Son attrait pour le « djihad » apparaît en 2003, lorsqu’il commence à fréquenter la mosquée Adda’wa, à Stalingrad. Cheveux mi-longs, carrure athlétique, mâchoire carrée, Chérif Kouachi admet à la barre, en 2008, avoir été « un délinquant ». « Mais après j’avais la pêche, je calculais même pas que je pouvais mourir. »


A la mosquée, il rencontre le futur chef de la filière irakienne, Farid Benyettou. A peine plus âgé que lui, le jeune homme se vante d’une connaissance approfondie de l’islam et joue les prédicateurs à la sortie de la prière. Avec lui, les jeunes gens suivent des cours de religion, à leur domicile et dans un foyer du quartier. Certains s’y rendent presque tous les jours et coupent, peu à peu, les ponts avec leurs familles. Leur mode de vie change radicalement. Ils arrêtent de fumer, cessent les trafics, visionnent des vidéos sur le djihad. Les images de l’intervention américaine et britannique, en mars 2003, en Irak, les fascinent. « C’est tout ce que j’ai vu à la télé, les tortures de la prison d’Abou Ghraib, tout ça, qui m’a motivé », raconte, lors du procès de 2008, l’un des proches de Chérif Kouachi.
S’ils se radicalisent en moins d’une année et cherchent à gagner l’Irak, Chérif Kouachi et ses camarades apparaissent à la barre comme un petit groupe amateur. Une sorte de bande de « pieds nickelés » qui comparaît libre, à l’exception de l’un d’entre eux. Ils s’entraînaient en faisant des footings dans le parc des Buttes-Chaumont et ils « voulaient jouer dans la cour des grands sans être vraiment prêts », avait-on entendu à la barre. « Plus le départ approchait, explique alors Chérif Kouachi, plus je voulais revenir en arrière. Mais si je me dégonflais, je risquais de passer pour un lâche. » Un fidèle plus âgé de la mosquée lui avait appris à manier la kalachnikov.

Radicalisation en prison


Si, entre 2003 et 2005, les départs en Irak s’échelonnent, chacun s’organise comme il peut pour ne pas éveiller les soupçons. Pour justifier leur départ, ils affirment souvent vouloir « perfectionner leur arabe ». Certaines familles s’inquiètent de leur absence. Mais, preuve que la menace qu’ils représentent pour la France n’est pas encore considérée comme très importante, les signalements émanant des familles ne suscitent pas le même empressement que celui qu’ils causeraient aujourd’hui. Une fois parvenus à Damas, en Syrie, ils sont accueillis dans des écoles coraniques salafistes où certains diront plus tard qu’on leur a « bourré la tête ». Très vite, ils passent la frontière syro-irakienne. Chérif Kouachi n’a jamais quitté le sol français : il est interpellé, à Paris, en janvier 2005.
Lors de l’année et demie qu’il passe en prison, de janvier 2005 à octobre 2006, à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), Chérif Kouachi fait la connaissance de celui qui deviendra son nouveau mentor : Djamel Beghal. Cet homme, qui se fait appeler Abou Hamza, purge une peine de dix ans de prison pour un projet d’attentat fomenté, en 2001, contre l’ambassade des Etats-Unis à Paris.
A sa sortie de prison, en 2006, Chérif Kouachi travaille à la poissonnerie du magasin Leclerc de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Selon les policiers de la sous-direction antiterroriste (SDAT), il conserve alors des liens avec certains de ses anciens complices des Buttes-Chaumont. Il aurait participé, selon la SDAT, à la préparation de l’évasion d’une autre figure de l’islam radical, Smaïn Ait Ali Belkacem, condamné, en novembre 2002, à une peine de prison à perpétuité pour sa participation à l’attentat de la station RER Musée-d’Orsay, en octobre 1995.
Incarcéré de nouveau en mai 2010 sur la base de ces soupçons, Chérif Kouachi est libéré le 11 octobre de la même année. Faute de preuves suffisantes, le parquet de Paris requiert un non-lieu le 26 juillet 2013, et ce « edépit de son ancrage avéré dans un islam radical, de son intérêt démontré pour les thèses défendant la légitimité du djihad armé », note le réquisitoire. Un magistrat contacté par Le Monde se souvient de ce dossier. « A l’époque, nous ne pouvions pas deviner sa dangerosité. On n'allait tout de même pas le condamner pour avoir joué au foot… »

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INFLUENCE DE LA FILIERE DU 19E EN TUNISIE


L’influence de cette filière irakienne du 19e arrondissement de Paris a, enfin, été décelée en Tunisie après l’assassinat, les 6 février et 25 juillet 2013, de deux opposants politiques, Chokri Belaïd et le député Mohamed Brahmi. Ces deux meurtres, qui ont plongé la Tunisie dans une crise profonde, ont été revendiqués par des membres d’Ansar Al-Charia, un groupe salafiste radical créé en mai 2011 ayant fait allégeance à l’Etat islamique.
Le meurtre de ces deux opposants a été revendiqué, le 17 décembre 2014, par un proche de Chérif Kouachi, un Franco-Tunisien nommé Boubaker Al-Hakim et connu sous le nom de « Abou Mouqatel ». « Nous allons revenir et tuer plusieurs d’entre vous. Vous ne vivrez pas en paix tant que la Tunisie n’appliquera pas la loi islamique », assure t-il alors. Selon le ministère de l’intérieur tunisien, l’intéressé est « un élément terroriste parmi les plus dangereux, objet de recherches au niveau international », déjà recherché pour trafic d’armes en Tunisie.
Boubaker Al-Hakim est considéré comme un exemple par « ses frères d’armes ». Il est l’un de deux fondateurs des filières irakiennes des « Buttes-Chaumont ». Présent en Irak dès 2002, il a, selon ses propres dires en garde à vue, séjourné à quatre reprises en Irak avant d’être condamné dans ce dossier. Au procès de la filière du 19e, en 2008, il était le seul détenu. C’est sur lui que pesaient les charges les plus lourdes.
Vingt-quatre heures après l’irruption sanglante des frères Kouachi dans les locaux de Charlie Hebdo, la DGSI s’interrogeait, jeudi, sur les liens pouvant exister entre tous ces hommes – Kouachi, en France, Benghalem en Syrie et Al-Hakim en Tunisie. Depuis le début de la crise syrienne, les services de renseignement craignaient que les jeunes recrues djihadistes formées sur le sol syrien organisent des attentats terroristes sur le sol français. Finalement, l’attaque spectaculaire tant redoutée n’est pas venue de ces novices, mais de l’ancienne garde déjà passée en Irak que l’on croyait, à tort, assagie.
Voir l'analyse de notre journaliste Jacques Follorou en vidéo : « Charlie Hebdo » : comment les suspects ont échappé à la vigilance des autorités

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/attaque-contre-charlie-hebdo/article/2015/01/08/attaque-a-charlie-hebdo-que-sait-on-des-deux-suspects-recherches_4551181_4550668.html#MXfYQwT2muG0C5WS.99

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Extension du domaine du djihad


LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par 


lus d’un quart de siècle après la fatwa condamnant à mort Salman Rushdie pour avoir critiqué l’islam, la République islamique d’Iran se retrouve aux côtés de l’écrivain d’origine indienne et d’expression anglaise pour condamner l’ignominieuse attaque contre Charlie Hebdo et l’assassinat de douze personnes. Ce paradoxe illustre les mutations du djihadisme depuis 1989. Elles sont au nombre de trois.

Un djihadisme « sunnisé »


Alors que les attentats-suicides et la martyrologie djihadiste avaient été adaptés à la théologie musulmane par des organisations chiites telles que le Hezbollah dans les années 1980, sous l’influence de la République islamique d’Iran et de son Guide suprême, l’ayatollah Khomeyni, cette forme de violence extrême est devenue aujourd’hui l’apanage de l’extrémisme sunnite. Ce basculement s’est fait d’abord par imitation, à l’instar du Hamas palestinien, « formé » par le Hezbollah libanais au début des années 1990. Puis, les impasses et échecs successifs de l’islam politique sunnite, empêché de parvenir au pouvoir par les urnes (comme ce fut le cas du FIS en Algérie, en janvier 1992) ou incapable de sortir d’une culture de la violence, l’ont radicalisé.
Le soutien des pays occidentaux aux régimes sunnites, qu’il s’agisse de monarchies conservatrices (Arabie saoudite, Qatar) ou d’autocraties soi-disant laïques (l’Egypte de Moubarak puis de Sissi, l’Algérie des généraux et de Bouteflika), a donné corps au projet d’Al-Qaida et de son fondateur, Oussama Ben Laden : frapper l’ennemi lointain – l’Occident – pour déstabiliser l’ennemi proche – les régimes arabo-musulmans, sommés de choisir leur camp dans la « guerre contre le terrorisme » à la suite du 11-Septembre. Enfin, l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis de George W. Bush a achevé de radicaliser les sunnites, persuadés que Washington avait offert Bagdad sur un plateau aux chiites et à leur parrain iranien. Tandis que le monde sunnite n’a cessé de s’affaiblir et se fragmenter, l’axe chiite s’est de plus en plus comporté en puissance hégémonique.
C’est dans ce contexte de « guerre de Trente Ans » du Moyen-Orient que la frange la plus radicale de l’islamisme sunnite, incarnée par Abou Moussab Al-Zarkaoui, se voyant assiégée par l’ennemi iranien (chiite et perse) d’une part, et les Etats-Unis de l’autre, s’est mise à agir en minorité persécutée, perdant tout sens des proportions et mettant sur le même plan les ignominies d’Abou Ghraïb, les crimes de Bachar Al-Assad ou les caricatures de Charlie Hebdo. L’impuissance et la lâcheté conduisent souvent à s’en prendre à la cible la plus facile : les minorités (chrétiens, Kurdes, Yézidis), les civils chiites… et les caricaturistes de Charlie.

Un djihadisme mondialisé


Depuis les attentats du 11-Septembre, le territoire du djihad n’a cessé de s’étendre. Il court désormais de la Mauritanie aux Philippines, suivant une ligne discontinue mais presque rectiligne sur les deux tiers du globe terrestre. Cette mondialisation du djihadisme est nourrie par une militarisation constante de la lutte menée contre lui.
Paris, qui avait participé a minima à la guerre d’Afghanistan et avait refusé de s’embarquer dans l’aventure irakienne, est désormais en pointe de la lutte antidjihadiste depuis son intervention au Mali. Autopromue gardienne du Sahel avec l’opération Barkhane, la France a été la première à livrer des armes aux Kurdes irakiens et à rejoindre les Etats-Unis dans leur campagne aérienne contre l’Etat islamique (EI) en Irak. Déjà dans le collimateur, elle est désormais une cible privilégiée des djihadistes. Après New York, Madrid, Londres, il était hélas prévisible que Paris soit un jour frappé par une attaque terroriste à haute valeur symbolique. Plusieurs projets et tentatives ont été déjoués. Mais s’il est devenu difficile de perpétrer des attentats à la bombe ou de détourner un avion, l’attaque contre Charlie Hebdo n’a pas un but différent : frapper la société visée d’effroi, semer la division en son sein pour faire des musulmans des boucs émissaires et, en fin de compte, les radicaliser à leur tour.
Si le djihad a étendu son emprise, il s’est aussi rapproché : l’EI a exploité au maximum les réseaux sociaux et l’Internet pour recruter, se dispensant ainsi de passer par des mosquées ou des individus. Enfin, la Syrie, plus proche et accessible que les zones tribales pakistanaises, a permis l’afflux en masse, depuis l’Occident notamment, de milliers de candidats au djihad, dans des proportions jamais connues jusqu’à présent. La France, qui compte la plus importante communauté musulmane d’Europe, est l’un des pays les plus affectés par ce phénomène.

Un djihadisme divisé


L’émergence récente de l’Etat islamique sur la scène du djihad global a posé un défi inédit à Al-Qaida. La proclamation du califat par Abou Bakr Al-Baghdadi entame en effet l’autorité spirituelle et organisationnelle d’Ayman Al-Zaouahiri, le successeur de Ben Laden à la tête d’Al-Qaida. Cependant, loin d’affaiblir les deux organisations, cette rivalité les pousse à se surpasser, sur le terrain pour le contrôle de territoires et de ressources, mais aussi dans l’organisation d’attaques en Occident, à haute valeur symbolique dans la galaxie djihadiste. L’EI, qui a largement recruté des jeunes Européens, dispose ainsi d’un atout de taille. Pour lui faire pièce, l’état-major d’Al-Qaida, basé dans les zones tribales pakistanaises et menacé constamment par des drones, aurait envoyé plusieurs cadres en Syrie, notamment certains venant de sa filiale yéménite (Al-Qaida dans la Péninsule arabique), la plus fidèle aux héritiers de Ben Laden et la plus aguerrie, dans le but d’y former un groupe uniquement consacré à la préparation d’attentats en Occident : il s’agit de Khorassan, une organisation mal connue mais ciblée à plusieurs reprises par des raids américains depuis septembre. Dans un cas comme dans l’autre, les meurtriers présumés de Charlie Hebdo correspondent au profil.











Vendredi matin dans Les Matins de France Culture



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Emission Les Matins
du lundi au vendredi de 6h30 à 9h



Charlie Hebdo : la France face au terrorisme 

09.01.2015 - 06:30
Avec en première partie Gilles Kepel, Politologue, professeur à Sciences Po, spécialiste de l'islam et du monde arabe. 

Il sera rejoint en deuxième partie par :

Mehdi Guiraud, Data journaliste pour Hexagones.fr
Mélissa Chemam, Journaliste indépendante 
Ambre Philouze-Rousseau, Etudiante en histoire et sciences politiques 


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