Un festival anglais sans pluie ni boue ne serait pas un festival digne de ce nom… Le WOMAD 2015 s’est donc ouvert le jeudi 23 juillet au soir sous une pluie battante. Cela n’a pas empêché les festivaliers et campeurs d’arriver en masse sur le site de Charlton Park, où se tient l’édition historique de ce festival à déclinaison.
Ce qui caractérise le WOMAD est un mélange de découvertes locales britanniques et des performances des meilleurs musiciens des cinq continents, associées à de nombreux ateliers, des événements parallèles, des débats et projections de films.
Cette année, parmi les artistes attendus dès le premier jour de concert, le vendredi, figuraient le duo des Franco-Cubaines
Ibeyi, l’électro franco-orientale d’
Orange Blossom et la formation nigérienne de
Tal National. Pour la première soirée, la scène de la Siam Tent a ensuite accueilli le blues du désert des Maliens de Kidal
Tinariwen sous des tonnerres d’applaudissements.
C'est la performance radieuse de la chanteuse algérienne
Souad Massi, entourée de son groupe dont un percussionniste grandiose, qui suivit, soit une heure entre chaâbi, chants traditionnels, rock mêlé de folk, pop, fado portugais et flamenco, auxquels s’ajoutaient les inspirations poétiques arabo-andalouses de son dernier album.
Pendant ce temps, sur la scène principale, l’Open Air Stage rebondissait aux vibrations du célèbre collectif de rap américain
De La Soul. L’un des credo du WOMAD est de faire se côtoyer les stars anglaises et les nouveaux talents du monde entier.
Parmi les sept scènes du festival, celle du Molly’s Bar a reçu les formations plus intimes. Vendredi, s’y sont produits les percussionnistes ghanéens de
Kakatsi Drummers suivis de la chanteuse de Bristol,
Lady Nade. De son vrai nom Nadine Gingell, elle fait partie des groupes qui montent dans l’ouest de l’Angleterre. Venue l’an dernier en spectatrice, Lady Nade a depuis produit un premier single,
Mind’s Made Up, et joué intensément dans la région sa soul musique qu’elle qualifie de "
folky et moderne", inspirée par les
ladies du jazz Nina Simone, Ella Fitzgerald, Billie Holiday, ainsi que par Leonard Cohen, Lianne La Havas, Katy Perry ou encore Anthony and the Johnsons.
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© M.Chemam
Mbongwana Star, Womad 2015.
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Autre star de Bristol en vedette, le DJ pionnier
Daddy G, membre du groupe Massive Attack, s’est produit sur la scène de la RedTent samedi soir, pour une soirée de mix reggae et dub, accompagné du jeune britannique
MC Deemas J.
À l’autre bout du spectre musical, l’un des temps forts de la soirée de samedi, reste la prestation jazz de l’Israélienne d’origine éthiopienne
Ester Rada et de son groupe aux trois magnifiques cuivres, sur l’Open Air Stage. Elle a été suivie dans un immense enthousiasme par l’apparition de l’Ivoirien
Tiken Jah Fakoly.
Pour avoir une idée de la diversité des artistes invités, il fallait parvenir à voir dans la même après-midi le funk-rock mêlé de pop soudanaise de l’Anglo-Soudanais installé à New York
Sinkane alias
Ahmed Gallab, le blues folk du Néo-Zélandais
Delaney Davidon qui décline à sa sauce, une forme de country music venue du sud-ouest des États-Unis dans les grands espaces des Antipodes, et la vitalité balkanique de l’ensemble
Magnifico, venu de Slovénie.
Les stars viennent de Kinshasa Samedi, alors que le temps se lève, impossible de manquer le collectif époustouflant
Mbongwana Star. Il réunit deux chanteurs kinois, Coco et Théo, leur guitariste également de Kinshasa surnommé Erneuf et le bassiste Liam Farrell, dit Doctor L., originaire d’Irlande, mais basé à Paris. Délivrant une performance inouïe, à l’énergie hors du commun, le groupe électriquement congolais a déchaîné les foules. Son premier album,
From Kinshasa, est en passe de devenir un succès en Grande-Bretagne.
Coco et Theo se sont connus en participant à l’orchestre Staff Benda Bilili, composés de nombreux musiciens handicapés, créé en 2005. Avec Mbongwana Star, ils ont voulu créer
"un style de musique différent" explique Erneuf, comme le prouve leur chanson phare
Malukayi :
"une chanson dans l’esprit traditionnel, mais avec un son bizarre !", résume Erneuf. Coco et Théo chantent principalement en lingala, mais aussi dans d’autres langues de RDC et parfois en français.
Enfin, dimanche, le festival recevait également les très attendus
Ghostpoet et
Laura Mvula, ainsi qu’une seconde performance du chanteur sénégalais
Cheikh Lô, ovationné, et celle du Français surdoué
Chassol. L’
Analog Africa Sound System a clos les festivités par un DJ set multiculturel.
Mélissa ChemamSite du Festival : http://womad.co.uk/