21/11/2015

THEATRE : AU NOM DU PÈRE, DU FILS ET DE JM WESTON, à Paris au Tarmac



Mon article pour Toute la Culture :

AU NOM DU PÈRE, DU FILS ET DE JM WESTON : DEUX FRÈRES BRAZZAVILLOIS À LA RECHERCHE DU PASSÉ PERDUS






A travers une quête d’un objet précieux abandonné, le théâtre de Julien Mabiala Bissila met en scène une recherche de la mémoire, du passé d’une famille qui a vécu « l’indicible »


La langue française est puissante à Brazzaville. Elle sonne et tonne comme nulle part ailleurs, portée par une mémoire vivante de textes et d’auteurs de renoms, de Sony Labou Tansi à Alain Mabanckou. Julien Mabiala Bissila marche sur ces traces. Son texte, fort ou drôle selon les moments, est le pilier du spectacle. Dès leur arrivée, une donnée domine : la ville a changé, les destructions, la corruption et les conflits ont redessiné la ville, et nos deux frères, rentrant d’exil, devront errer pour réapprendre à connaître leur propre passé.
Fable entre souvenirs de guerre et souvenirs de famille, Au nom du père, du fils et de JM Weston met en scène deux frères, Criss et Cross, plus troubadours que voyageurs, de retour à Brazzaville pour l’enterrement de leur père. Enfin, ils cherchent aussi un souvenir : la fameuse paire de chaussures de leur père, des JM Weston, de cette marque française de luxe appréciée des Brazzavillois. Et justement, cette quête frivole n’est pas qu’une coquetterie, car l’élégance, au Congo, est tout une culture et même une éthique de vie : la SAPE, Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes, incarne un art de vivre, en réaction notamment aux décennies de guerre et à la pauvreté, un dandysme à l’africaine. Et c’est en partie ce que démontre bien le spectacle de Julien Mabiala Bissila.
Criss et Cross cherche leur maison de famille. Sur leur route, ils trouvent plus de questions que de bons chemins. Un dialogue s’installe, entre burlesque et émotion. Pourquoi est-il si difficile de reconnaître le passé ? Parce qu’il est douloureux. Criss, qui, comme il n’ose pas danser devant un public, nous annonce-t-il, bien que cela soit prévu, n’aime pas non plus que son frère raconte de travers l’histoire de leurs parents. Mais Cross a dû mal à dire les atrocités. Alors, comme ils tournent autour des bâtiments de leur ancien quartier qui semblent avoir été déplacés avec le temps, les frères tournent autour de leur sujet… La mort des parents.

Heureusement pour eux, dans cette terre de désolation, Criss et Cross retrouvent des proches, des anciens voisins, des cousins, et avec eux de nombreux récits. Ce jeu de monologues entre les dialogues permet aussi de sortir de scène, de jeter aux spectateurs un déluge d’humour avant d’introduire les souvenirs morbides de la guerre et des tueries. Métaphore de l’errance, portée par la langue riche et provocatrice de Julien Mabiala Bissila et le jeu fort des trois comédiens, Julien Mabiala Bissila, Marcel Mankita, Criss Niangouna, Au nom du père, du fils et de JM Weston raconte un Congo haut en couleurs.
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Visuels : Le Tarmac 







20/11/2015

Notre génération - par Albert Camus




"Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. 
La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse". 


Albert Camus


- Partagé jeudi soir par le Théâtre de l'Odéon

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La citation vient de son discours de réception du Prix Nobel de Littérature, remis à Albert Camus en 1957 :



Stèle en hommage à Albert Camus, à Tipaza en Algérie.
Photos prises par moi-même en octobre 2013




Sire, Madame, Altesses Royales, Mesdames, Messieurs,

En recevant la distinction dont votre libre Académie a bien voulu m'honorer, ma gratitude était d'autant plus profonde que je mesurais à quel point cette récompense dépassait mes mérites personnels. Tout homme et, à plus forte raison, tout artiste, désire être reconnu. Je le désire aussi. Mais il ne m'a pas été possible d'apprendre votre décision sans comparer son retentissement à ce que je suis réellement. Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d'une œuvre encore en chantier, habitué à vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l'amitié, n'aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d'un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d'une lumière crue ? De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l'heure où, en Europe, d'autres écrivains, parmi les plus grands, sont réduits au silence, et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant ?
J'ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur. Pour retrouver la paix, il m'a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux. Et, puisque je ne pouvais m'égaler à lui en m'appuyant sur mes seuls mérites, je n'ai rien trouvé d'autre pour m'aider que ce qui m'a soutenu tout au long de ma vie, et dans les circonstances les plus contraires : l'idée que je me fais de mon art et du rôle de l'écrivain. Permettez seulement que, dans un sentiment de reconnaissance et d'amitié, je vous dise, aussi simplement que je le pourrai, quelle est cette idée.
Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et s'ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel.
Le rôle de l'écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent. Ou sinon, le voici seul et privé de son art. Toutes les armées de la tyrannie avec leurs millions d'hommes ne l'enlèveront pas à la solitude, même et surtout s'il consent à prendre leur pas. Mais le silence d'un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde, suffit à retirer l'écrivain de l'exil chaque fois, du moins, qu'il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence, et à le relayer pour le faire retentir par les moyens de l'art.
Aucun de nous n'est assez grand pour une pareille vocation. Mais dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu'il accepte, autant qu'il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d'hommes possible, elle ne peut s'accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression.
Pendant plus de vingt ans d'une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j'ai été soutenu ainsi : par le sentiment obscur qu'écrire était aujourd'hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m'obligeait particulièrement à porter, tel que j'étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l'espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s'installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires, qui furent confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d'Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l'univers concentrationnaire, à l'Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd'hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d'être optimistes. Et je suis même d'avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l'époque. Mais il reste que la plupart d'entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d'une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'œuvre dans notre histoire.
Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. Il n'est pas sûr qu'elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l'occasion, sait mourir sans haine pour lui. C'est elle qui mérite d'être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C'est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l'honneur que vous venez de me faire.
Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d'écrire, j'aurais remis l'écrivain à sa vraie place, n'ayant d'autres titres que ceux qu'il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, sans cesse partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu'il essaie obstinément d'édifier dans le mouvement destructeur de l'histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain, dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n'ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d'être, à la vie libre où j'ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m'a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m'aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent, dans le monde, la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.
Ramené ainsi à ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer pour finir, l'étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m'accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n'en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. Il me restera alors à vous en remercier, du fond du cœur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence.
From Les Prix Nobel en 1957, Editor Göran Liljestrand, [Nobel Foundation], Stockholm, 1958
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Pensées au delà de toutes ces mers, pour les victimes de ce surcroît de violences



Cette année 2015 oscille entre de profonds extrêmes, politiquement et émotionnellement.

Souvenirs de la manifestation en soutien des Nigérians le 18 janvier dernier, où nous étions bien peu à soutenir la douleur des autres peuples face au terrorisme.

Mais nous sommes nombreux face aux mêmes menaces.

Pensées pour toutes ces régions ravagées. Ne laissons plus la violence aller si loin.
Pensées aussi pour le seul visage ami croisé dans ce rassemblement parisien pour des souffrances trop souvent jugées lointaines.

Pensées bien sûr pour tous les Maliens et tous les Syriens, chez eux, et sur toutes leurs route. Puisque nous n'avons, à Paris, pour l'instant, plus le droit de nous rassembler...




Reportage à la manifestation #JeSuisNigérian : Paris, dimanche 18 janvier 2015




Un rassemblement à Paris a réuni plusieurs centaines de personnes ce dimanche en hommage aux victimes de Boko Haram. Reportage de Mélissa Chemam avec Daniel Finnan pour RFI 
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Comme Naïma et Patrick, ils sont quelques centaines à avoir bravé le froid pour dire que les victimes du terrorisme en Afrique et en particulier de Boko Haram doivent compter en tant que les autres. Mobilisés spontanément sur les médias sociaux, la plupart des personnes réunies sur le Parvis des Droits de l'Homme au Trocadéro sont jeunes et beaucoup sont Français d'origines camerounaises, tchadiennes ou nigériennes.
Naïma est étudiante en sociologie à Paris et elle est venue pour dire que les Parisiens doivent autant se mobiliser contre le terrorisme qui touche Paris que contre celui qui fait encore plus de morts sur le continent africains.
Réuni à l'initiative d'association comme Générations Futur, ce rassemblement entendait rappeler qu'au-delà de l'effroi provoqué par les attentats djihadistes, la jeunesse, parisienne et issue de la diaspora africaine, veut répondre par un espoir de solidarité nouvelle.

Ecoutez-les ici :


Reportage #JeSuisNigerian, Paris, Trocadéro, 18 janvier 2015




'CANZONE'. Music is Love. Love is Music.



 More music! Music non stop...

I haven't listened to much music in days. I usually listen to music hours a day, most of the time the same record for a few days, when it's good from the beginning to the end, when it lives with me and stays on in my head even in the corridors, the staircase, the office where I can actually not keep on listening to it.

But after Friday, after a concert venue was destroyed into our city of light and music, something was blocked. Just a couple of songs came in, calling from inside: 'The Present Tense' by Radiohead, and 'Redemption Song', which needs no introduction. I also thought about 'Teardrop' a lot, about 'False Flags', but didn't dare opening the pandora's box of emotions. Ibrahim Maalouf's 'Beirut' found its way, no lyric, just pure melancholy and such a relevant title. 

Now, tonight an hour of music just forced its way through the blocked doors. And brought with it the first feeling of happiness in days, as music always does. A happiness still embedded with some deep sadness, as more conflict is being sent as an answer to increasing violence, into a spiral of hatred. 

But music is love, my love, as Chassol would state. And that's probably why love songs sometimes find their way as suitable to express any form of sufferance. Because love is music. 



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Tonight's song:


Don Backy - CANZONE (1968)







Don Backy - CANZONE (1968)

(testo di Don Backy; musica di Don Backy e Detto Mariano) 
3° a Sanremo
(Adriano Celentano - Milva)

Nel più bel sogno, ci sei solamente tu
sei come un'ombra che non tornerà mai più
tristi sono le rondini nel cielo
mentre vanno verso il mare
é la fine di un amore.

Io sogno e nel mio sogno vedo che
non parlerò d'amore, non ne parlerò mai più
quando siamo alla fine di un amore
piangerà soltanto un cuore
perché l'altro se ne andrà
Ora che sto pensando ai miei domani
son bagnate le mie mani
sono lacrime d'amore.

Nel più bel sogno ci sei solamente tu
sei come un'ombra che non tornerà mai più
questa canzone vola per il cielo
le sue note nel mio cuore
stan segnando il mio dolore.
Questa canzone vola per il cielo
le sue note nel mio cuore
stan segnando il mio dolore.


19/11/2015

Robert Del Naja / Giancarlo Neri - AudioGhost68. The audio.



This made my day on October 17, 2015. And again today, one month later. And it will for many other days along my life.

From Italy to Cuba via Paris and Prague, the sound of the year 1968 made into an alive soundtrack for an art performance held in the art piece by Alberto Burri in Sicily's Grande Cretto, Gibellina, Sicily.

Masterpiece.



Robert Del Naja / Giancarlo Neri - AudioGhost 68






Massive Attack’s Robert Del Naja and artist Giancarlo Neri (“The Writer”, Hampstead Heath, London 2005) teamed up on October 17th to create an opera of light and sound at Alberto Burri’s “Grande Cretto”, the largest permanent land artwork in Europe. The work was built on the ruins of the village of Gibelina between 1985 and 1989.

Gibellina was totally destroyed by a violent earthquake in 1968.

Robert cut together a collage of sound for 1968 and a method for it's delivery. 250 FM radios were placed around the 27.4 acre site in order to create a distributed audio network. The soundtrack was then broadcast by a local radio station, transmitting the ghostly voices and music of that time. Giancarlo Neri designed a subtle but beautiful kinetic light installation, providing the participants with head mounted torches to self illuminate their journey through the dark.

Cretto di Burri, Gibellina, Sicily.

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Link: https://www.youtube.com/watch?v=Rp-VPgDF2dw

Link to my article on the performance: http://toutelaculture.com/non-classe/audioghost68-ou-redonner-vie-au-village-oeuvre-dart-dalberto-burri/





France and the Paris Attacks' response: Why it's important to be cautious



French democracy in danger


In Brookings Institution


 
As a French-born citizen, it is hard to describe one’s feeling after what happened on that very dark Friday, November 13. Shock, dismay, sadness, sense of belonging? A couple of days ago before all this happened in Paris, while attending a conference, someone volunteered and praised France to me in the middle of a wide-range conversation. “You French have understood the world long time ago.” What did he mean exactly?
Having spent 20 years of my working life outside my country, I try to keep a fair judgment about France. I am grateful for a national culture that has given me such an intellectual opening. Although I spent most of my working life abroad, I do not belong to the bitter, tax-exiled expatriate group. In 2004, I went back to France to work, and spent a decade there before moving again last year across the Atlantic. In 2014, I stood for election and briefly held political office, which helped me understand the pressure faced by some of my fellow citizens.

A France coping with globalization

A secular country for over two centuries, France has been coping with globalization, sometimes with difficulty. Our colonial past kept haunting us; so did World War II, the Algeria War, and even the student movement of 1968. The 1970s and 1980s were prosperous; no one had doubt France was to remain one the world’s most powerful, richest, and leading nations. Things didn’t go so well perhaps lately, with the rise of unemployment, growing de-industrialization, and perhaps the realization that our multicultural society was not as happy as we—the mainstream—thought it was.
Immigration, either from our former colonies or from the rest of the world, was strongly encouraged by most of the successive governments. Although the integration of newly-arrived citizens was fairly easy at the beginning in the 1960s (when economic growth and jobs weren’t an issue), it became increasingly problematic at times of high unemployment, especially in the case of the second and especially the third generation who felt left over by the society.
The French system has its well-known flaws, such as the size of our public sector, but it is one of the birthplaces of Western democracy. Thinkers like Diderot, Montesquieu, Voltaire, and Rousseau all played key roles in the creation of a thoughtful modern France, which included and still include the imperatives of free speech, resistance to tyranny, and religious tolerance. The French constitution of the 5th Republic provides the right of all members of the same civil society, provided they have subscribed to these fundamental principles: to vote, to education, to employment, and to expression irrespective of ethnic background and faith.
The republic’s motto—liberty, equality, fraternity—is engraved on the walls of every single public building, and resonate for every French citizen—and many others, too. For over 1,000 years, Paris has been France’s capital and one of the world’s most important cities, a city of lights where lofty ideas (and sometimes eccentric ones) would originate. People like Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Raymond Aron, Samuel Beckett, Eugene Ionesco, Tahar Ben Jelloun, André Glucksman (an advocate of tolerance who passed away days before the attacks) built their careers and reputations out of a certain Parisian free spirit. Today, these values, this spirit, and this society are being challenged at heart by the one of the nastiest forms of ideology, and by its most radical translation: suicide bombing.

How the Paris attacks are different

The Paris attacks are quite different from anything we have seen, including the terrible acts that bloodily targeted the satirical magazine Charlie Hebdo and the Kosher supermarket of Vincennes in January. The cartoonists had been deemed “provocative,” thus long-considered “obvious targets;” an attack against a Jewish place was seen as “retaliation” for the situation in the occupied territories and France’s support for Israel.
This time, it will be not be enough to blame the French system, presumably for its lack of integration of all groups. It is mainstream France that was targeted: soccer fans in the National Stadium where France was playing its best ally Germany; young music fans of all races at the Bataclan; professionals enjoying their drink on a Friday night, or just people on their way home. The orchestrated attacks targeted a generation of young adults who lived in one of the city’s most dynamic quarters where families and singletons alike enjoy the lively streets of the old Paris. These acts were committed against French values, and mainly by French passport holders. How would they know otherwise about the Bataclan, a small Parisian concert venue?
Over the past few days, countless French voices expressed a common feeling: that we should “carry on,” that no terrorist will ever be able to overthrow French (or Western) cherished values. But we need to acknowledge the fact many of the second or third generation immigrants, sometimes badly hit by unemployment, feel rejected by the system. Meanwhile, the refugee crisis is threatening the European Union’s free circulation rule: For the first time since the Schengen regulation was introduced, the French president has declared a closure of borders; this should be music to the ear of isolationist leaders from countries like Hungary, Poland, or Slovakia who are linking migration and terrorism. We should do our utmost to avoid this language.

COP 21 and regional councils elections

France will be in the news again soon with two major developments: In less than two weeks, Paris will host a massive world event: the COP 21 conference on climate change, welcoming thousands of state and governments leaders, company executives, environment experts, and non-state actors. In addition to the very top issue of climate, my belief is that COP 21 will turn into another rally for democratic values. After this shocking wave of attacks, democrats of all nations will probably need this, too.
Secondly, on December 6 and 13, France will see important elections for the country’s 22 regional councils. On Friday, all party leaders jointly decided to suspend the campaign but—just like schools, government offices, companies which have reopened on Monday—there is no reason why the campaign should not start again. There is no guarantee, though, that far right leader Marine Le Pen will not take advantage of the situation to scare the French electorate even further. Even before the Paris attacks, the odds were that the National Front might win a majority of seats in at least two regional executives in the Northern region and in Provence.
For all these reasons, it has never felt better (with the exception of 1944 perhaps) to receive support from our allies from around the world, people we share values with. As France’s longest ally, the United States plays a central role in this support. The French may be a proud people (too proud, I sometimes hear), but they will never forget the wave of humanity which is reaching Paris at this traumatic moment. France is at war, so are free societies.
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Philippe Le Corre is a visiting fellow in the Center on the United States and Europe at Brookings. His research focuses on Asia-Europe political and economic relations, China’s foreign policy, and France. He is also a lecturer at Johns Hopkins University’s Krieger School of Arts and Science in Washington, D.C.

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link: http://www.brookings.edu/blogs/up-front/posts/2015/11/16-french-democracy-in-danger-lecorre?utm_campaign=Brookings+Brief&utm_source=hs_email&utm_medium=email&utm_content=23872422&_hsenc=p2ANqtz-9iuxzBvsGHc7IoXMUjFm23rN51epZJiFiO7oTLgPA20pJ1NkkguLJ48MBtk3fHVnLFKoWMYUcQgmHdejSWx97lbBI_bw&_hsmi=23872422


18/11/2015

More news from Raqqa, Syria



Strikes on Raqqa in Syria Lead to More Questions Than Results


New York Times 




BEIRUT, Lebanon — First France and then Russia answered Islamic State attacks on their citizens with a strategy of direct reprisal: intensified airstrike campaigns on Raqqa, the militants’ de facto capital within Syria, meant to eliminate the group’s leadership and resources.
But on Tuesday in the early hours of those new campaigns, there seemed to be more questions than decisive results. Chief among them: Why, if there were confirmed Islamic State targets that could be hit without killing civilians, were they not hit more heavily long ago? And what, in fact, was being hit?
More broadly, the Raqqa airstrikes are renewing a debate about how effective such attacks can be in defeating or containing the Islamic State, also known as ISIS or ISIL, without more commitment to measures like drying up its financial support, combating its ideology or — what outside forces on all sides so far appear to have ruled out — conducting a ground assault.
Several people in Lebanon, Syria and Turkey who have been able to make contact with relatives in Raqqa say the recent French airstrikes — a barrage of about 30 on Sunday night and seven more on Monday — did not kill any civilians. But neither did they inflict serious military damage, those people said, instead hitting empty areas or buildings, or parts of the territory of factory complexes or military bases used by the Islamic State.
Abdullah, a Syrian concierge in Beirut who reached his sister in Raqqa on Tuesday, said that in the case of the seven French airstrikes on Monday, “all these strikes are targeting abandoned empty locations.” The day before, he said, the 30 French airstrikes hit mainly the outskirts of the city. “Thank God, no civilians died,” he said.
The activist group Raqqa Is Being Slaughtered Silently, which opposes both the Islamic State and the Syrian government, also insisted that no civilians had been killed in the French barrages. It had yet to post information about the Russian airstrikes that took place on Tuesday, lacking more recent updates.
More French airstrikes, reaching 25 to 30, struck Raqqa late Tuesday, according to the Syrian Observatory for Human Rights, a monitoring group in Britain that has a network of contacts in Syria. Many of the strikes hit deserted areas that had already been struck, but casualties were reported in addition to property damage, the group said.
Although the United States has conducted spot strikes within Raqqa, like the one said to have killed the Islamic State media figure known as Jihadi John, American officials say concern about the large civilian population remaining in the city has precluded heavier bombing. And even under the current rules of engagement, Syrians have reported numerous instances of civilian casualties from American airstrikes, including one in May in the town of Bir Mahli that killed at least 60 people.
Many of the group’s command posts in Raqqa were identified long ago, but they are in places that get heavy civilian traffic or where the Islamic State is holding civilian prisoners, like the main security office known as Point 11, inside a soccer stadium.
Despite its importance as an Islamic State operational center, Raqqa has remained much more intact than Syrian cities like Homs and Aleppo, where the Syrian government has focused its efforts to eliminate rebel groups. Over the past year, though, government bombardments of the city have become more frequent, sometimes hitting schools and other civilian infrastructure, residents say.
Still, even in recent months, people have fled to Raqqa from places they perceive as more dangerous. Numerous residents have moved there from Palmyra, recently taken by the Islamic State and newly coming under government airstrikes.
Outside of anecdotal accounts, damage assessment in Raqqa is inherently difficult. Islamic State fighters over the past several months have been closing Internet cafes and monitoring the remaining ones more closely, making it difficult for residents to reach the outside world and to speak freely when they do. Tallking to journalists is particularly risky, as was demonstrated in dramatic fashion by the murder in southern Turkey of two activists for Raqqa Is Being Slaughtered Silently.
A Syrian government supporter from Raqqa who now lives in Beirut, Lebanon, and describes himself as a kind of freelance informant for government forces, said there had long been airstrikes in or around Raqqa nearly every day. Sometimes they are executed by Syrian warplanes, other times by the American-led coalition and more recently by Russia, the informant said, using only a nickname, Shadi, to protect family members still in Raqqa. But he added: “They don’t have too much impact on ISIS’s military situation.”
Instead, the strikes within Raqqa have hurt locals at least as much as the Islamic State fighters who live among them, he said. In the airstrikes that have hit crowded city areas, “one Daesh member gets killed, and 10 civilians,” he said, using an Arabic acronym for the group.
And while strikes are sometimes reported to have hit Islamic State military bases, Shadi said such strikes may sound more significant than they really were, because the bases are large and open and their territory may be hit without doing any real damage.
Despite his allegiance to the Syrian government, Shadi said that as a practical matter government airstrikes tended to hit less precisely, whereas American ones had sometimes been accurate enough to kill Islamic State commanders in their cars.
Earlier Russian airstrikes in Syria, including a few on Raqqa but also in other parts, had not proved much better than the government ones, because, he said, Russians lacked “people on the ground.”
Also complicating the international effort is the disagreement between Russia and the United States over whom and what to target. Russia insists that there is little distinction between the Islamic State and other insurgent groups, like the Qaeda-affiliated Nusra Front and some American-backed factions. The United States insists that the focus should be on the Islamic State, and that some other insurgent groups are legitimate opposition forces.
That lingering dispute was on display on Tuesday as Russian missile strikes hit the provinces of Idlib and Aleppo farther west, in areas where the Islamic State has no known territory. In the town of Atareb, according to local insurgents, a group that has been battling the Islamic State and receiving American support was hit.
The Institute for the Study of War, a Washington research group that has advocated more robust American intervention in Syria, recently called for a loosening of the rules of engagement for United States warplanes — in other words, a relaxing of efforts to avoid killing civilians.
Shadi and other Raqqa residents said that — aside from the moral objections — such a plan made little sense: Islamic State fighters in Raqqa seem more concerned about the ground offensive being prepared by Kurdish militias that have received American support.
Shadi said the fighters had been pressuring males as young as 15 to join them to “fight the Kurds” and, if they refuse, imposing a “tax” to be used to buy a weapon for a fighter.
“They are facing death every day,” Shadi said of residents, adding many families had sent a member to join the Islamic State because they need money or protection against the group.
The Raqqa activists insisted there were no civilian casualties in the French airstrikes, and insisted in a Twitter post that they would not withhold such information.
“Our group will be the first who will report about any civilians who will be killed or injured by any Airstrikes, whether this Airstrikes by Coalition or#France or #USA or #Russia” or by the Syrian Army, “so please stop Publishing lies.”
They added: “of course we don’t like to see people afraid from the Airstrikes and Explosion but we support any action will take #ISIS out from #Raqqa.”
At the same time, they posted maps from Google Earth of the areas where they said some of the strikes had hit — some of which are in open areas and some of which have been abandoned.
The activists said that despite the fear, some residents enjoyed a few moments of freedom when fighters took cover during airstrikes, especially women who step out on their balconies without worrying that the fighters will order them to cover up.
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"La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots"


La belle chronique de Matthieu Conquet sur France Culture ce matin :

http://www.franceculture.fr/emission-la-revue-musicale-de-matthieu-conquet-eagles-of-death-metal-apres-le-13-nov-2015-11-16



16.11.2015 - La Revue musicale de Matthieu Conquet 


"La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots" 4 minutes Écouter l'émission

« La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots » et ceux de Wagner ont été à nouveaux repris sur les réseaux sociaux, à la radio, depuis vendredi soir, depuis que la musique s’est arrêtée au Bataclan, alors que les Eagles Of Death Metal étaient sur scène.



« La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots » et ceux de Wagner ont été à nouveaux repris sur les réseaux sociaux, à la radio, depuis vendredi soir, depuis que la musique s’est arrêtée au Bataclan, alors que les Eagles Of Death Metal étaient sur scène.


J’avais eu l’occasion de vous parler d’eux jeudi dernier, il ne paraît pas inutile d’y revenir, puisque beaucoup désormais savent le nom du groupe, sans forcément les connaître.

Certains fans les suivent depuis 2004 avec l’album « Peace, Love, Death Metal » titre en forme de blague puisqu’il n’est jamais question chez eux ni des Eagles, ni de death métal (comme cela a pu être dit) et encore moins de satanisme. Josh Homme et Jesse Hugues qui fondent le groupe, jouent avec beaucoup de dérision sur les codes machos et un certain esprit crasseux de l’Amérique où ils ont grandit. En plus des paroles hilarantes (où toutes les métaphores et jeux de mots à base d’essence, de moteur et de cambouis sont filées) lisez les notes du livret du disque : ils saluent en premier lieux Chuck Berry et Little Richards, deux pionniers noirs du rock (un rock ambigu et jamais bas du front) insistant –et ce sont les derniers mots- sur la place des femmes telle qu'ils la conçoivent : « ladies in the front, mens to the back ».

Ce jeu des images et des postures, on le retrouve dans leurs paroles et même dans la langue, avec un terrible accent « pas bien, exprès » en français.

« I Love You All The Time » : est-ce vraiment la musique des Eagles of Death Metal qui rassemblerait « des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité » (comme le déclare Daech), est-ce leur récente tournée en Israël, le fait qu’ils soient blancs et américains, ou bien encore l’histoire même de la salle du Bataclan qui a prédestiné au choix de cette salle ? En tout cas frapper dans un concert de rock ; la cible était définie et choisie depuis longtemps comme le confirmait samedi le juge anti-terroriste Marc Trévidic.

A ceux qui doutaient encore du pouvoir de la musique aux yeux de certains intégristes. N’en doutons pas pour nous-mêmes. On se quitte avec un des derniers titres de l’album des Eagles Of Death métal, une reprise de Duran Duran, Save a prayer : « Ne prie pas pour moi maintenant, garde ta prière pour demain matin »


Extraits diffusés :
Got A Woman
I Love You All The Time
Save a prayer
« Zipper Down » (T-Boy Records – Universal)